[Société] Promouvoir l’esport à La Réunion

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L’esport, ou sport électronique en français, séduit de plus en plus d’adeptes. Les esportifs s’affrontent, sur Internet ou en réseau local, seuls ou en équipes, dans des compétitions de jeux vidéo. À La Réunion, l’association Make your clutch souhaite promouvoir la discipline sur le département. Explications avec son président, Pierre Tambouran.

Présentez-nous votre association Make your clutch.

Elle a été créée l’année dernière. Make your clutch a pour objectif d’organiser des événements esport à La Réunion et de promouvoir la pratique auprès des joueurs et du public. Nous avons une douzaine de membres avec des profils variés. Au sein de la structure il y a le bureau qui gère les tâches administratives et plusieurs équipes réparties dans différents pôles : communication, événementiel, technique, relations extérieures et stream. Les pôles ne sont pas encore complets parce que l’association est assez récente et qu’elle fonctionne avec des bénévoles. On a actuellement besoin de ressources humaines.

Sur quel modèle économique repose l’esport ?

Toute une économie s’est créée autour du esport. Il y a les organisateurs d’événements qui développent par exemple des tournois en ligne ou physiques, qu’on appelle LAN (Ndlr : Local Area Network ou tournoi en réseau local en français). Il y a aussi les éditeurs de jeux vidéo qui proposent des produits ou des contenus payants. Et enfin, il y a les joueurs. Ces trois pôles interagissent ensemble et plusieurs modèles économiques s’articulent autour de cette discipline. Par exemple, on peut se faire sponsoriser par des entreprises ou avoir des abonnés sur la plateforme de streaming Twitch.

Et comment fonctionne votre association ?

On veut se centrer sur l’organisation, on n’a pas vocation aujourd’hui à créer des équipes ou à participer à des compétitions. Nous avons fait trois événements en ligne l’année dernière, mais il faut savoir qu’en France il est interdit de faire payer l’inscription aux tournois en ligne, parce que c’est considéré comme une sous-catégorie des jeux de loterie. Les seuls moyens pour nous d’être économiquement viable sont d’organiser des LAN, d’attirer des sponsors ou d’avoir des clients qui nous commandent un événement en lien avec l’esport. Notre volonté est de créer un cercle vertueux, à l’échelle locale. En multipliant les tournois, les joueurs et les équipes pourront se focaliser sur leur jeu et se développer, les spectateurs pourront se divertir et les sociétés réaliseront qu’il y a un coup à jouer et investiront. Pour le moment on ne travaille pas encore des entreprises locales, mais on espère que ça viendra.

Comment se porte la discipline à La Réunion ?

Il y a un mouvement qui se crée et des équipes se forment mais ce qu’il manque aujourd’hui ces sont des événements réguliers. C’est ce qu’on souhaite apporter. J’ai vu des joueurs très talentueux et très compétents qui n’ont pas su passer le cap en métropole parce que leur conditionnement à La Réunion n’a pas favorisé leur intégration là-bas. Demain, on pourrait créer une fédération réunionnaise pour que les joueurs puissent participer chaque année à un tournoi et s’améliorer. Si on va plus loin, l’idée à terme serait de réaliser des fiches par joueur et par équipe avec toutes les statistiques des différentes compétitions de La Réunion. Ce serait une belle vitrine pour eux et ça pourrait attirer les recruteurs.

Un autre frein, c’est le manque de compétition hors Réunion. Actuellement, les joueurs rencontrent à chaque fois les mêmes personnes. Et il faut savoir que nous sommes éloignés des serveurs qui se trouvent en Europe. Quand on joue, il y a toujours un décalage de quelques millisecondes et c’est très pénalisant. Aujourd’hui, il y a des serveurs en Afrique du Sud et en Asie , alors pourquoi pas faire un tournoi Océan Indien ?

Beaucoup de stéréotypes circulent autour des adeptes de jeux vidéo. Ils sont vus comme des solitaires, des personnes déconnectées de la réalité et parfois violentes. Clichés ou réalité ?

S’il n’ y a pas eu de travail de sensibilisation en amont, il peut y avoir des dérives et les joueurs peuvent se renfermer sur eux-mêmes. Dans les situations extrêmes, il y a d’autres paramètres que les jeux vidéo, qui font que ça explose. Heureusement, ce sont des cas isolés. Mais, les dérives existent et on ne peut pas le nier. C’est aussi notre mission de mettre des choses en place pour éviter cela. C’est pourquoi, on aimerait aborder ces sujets dans les compétitions, avec des professionnels comme le docteur Mété, chef du service addictologie au CHU. C’est un enjeu public, et il faut en parler aux joueurs, dans les familles voire au sein de l’Education nationale.

D’autres voix estiment que l’esport n’est pas une discipline sportive. Quel est votre point de vue ?

C’est un sport et cela pour plusieurs raisons. D’abord, toute une filière s’est développée autour de la discipline. Aussi, le modèle de recrutement et les tournois reprennent les codes classiques de la compétition sportive. De même, l’esport prône beaucoup de valeurs comme le respect de la pratique et de l’adversaire, mais aussi l’esprit d’équipe. Les esportif sont également soumis à un entraînement régulier et ils doivent être rigoureux. Mais aujourd’hui, la compétition n’est pas à la portée de tous parce que ça demande des moyens financiers. Pour que ça se démocratise il faudrait que les institutions reconnaissent l’esport comme un sport à part entière.


L’association organise en ce moment un tournoi sur le jeu League of Legends. Les inscriptions sont closes mais les spectateurs pourront suivre la compétition à partir de la semaine prochaine sur la plateforme Tournament. Les phases éliminatoires se dérouleront du 15 au 19 mars et les phases finales les 20 et 21 mars. Plus d’informations sur les réseaux sociaux de l’association.

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Le monde du jeu vidéo a ses propres codes et son propre vocabulaire. Make your clutch, par exemple, est un anglicisme qui désigne le fait d’être décisif. C’est une expression très utilisée dans l’esport, qui incite un joueur à faire la différence dans une situation difficile.

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clicanoo

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