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La mise en place du couvre-feu a quelque peu échauffé les esprits dans certains quartiers de l’île. Et, comme d’habitude, les poubelles rangées au bord du chemin qui en ont fait les frais… Chaque année, ce sont plusieurs centaines de bacs à ordures qui se retrouvent ainsi fondues sur les trottoirs et chaussées de l’île, entre autres victimes de dégradations de mobilier urbain.
Sur trois intercommunalités de La Réunion (CINOR, CIREST, et TCO), c’est ainsi un total de 4 551 poubelles qui ont été déclarées brûlées ou volées en 2020. Et encore plus en 2019, conséquence du mouvement des Gilets jaunes fin 2018. L’exception se trouve à la CASUD, où le nombre de poubelles vandalisées peut se compter sur les doigts d’une main…
C’est un véritable casse-tête pour les habitants de certains quartiers “sensibles”, où régulièrement des vandales décident de s’en prendre aux poubelles du quartier, sagement posées sur le trottoir. Plusieurs centaines de bacs à ordures ménagères finissent chaque année brûlés, au grand dam des riverains, habitants ou commerçants de ces endroits.
Dernièrement, depuis l’instauration du couvre-feu, des émeutiers à divers endroits de l’île, que soit à Sainte-Clotilde ou au Chaudron à Saint-Denis ou encore de la Rivière-des-Galets au Port, se sont amusés à brûler plusieurs poubelles sur la voie publique. Ces faits récurrents obligent les intercommunalités à fournir à leurs usagers de nouveaux bacs régulièrement.
D’ailleurs, si les données des intercommunalités font la distinction entre bacs volés et bacs brûlés, dans les faits, dans bien des cas les poubelles volées finissent ensuite brûlées.
Qui qu’il en soit, l’administré, lorsque sa poubelle est vandalisée ou volée, n’a pas à débourser un euro pour avoir un nouveau bac. Mais le coût de cette maintenance, parfois conséquent, est financé par la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM).
En deux mois et demi, déjà 275 bacs à remplacer sur le territoire de la Cinor
A la Cinor par exemple, plus de 2 000 interventions de maintenance sont réalisées chaque année pour un coût de 320 000 euros HT. Pour les communes du territoire, soit Saint-Denis, Sainte-Marie et Sainte-Suzanne (représentant un parc d’un peu plus de 130 000 bacs roulants, jaunes et gris confondus), l’interco comptabilisait l’année dernière un total de 2 030 poubelles à remplacer, dont 412 d’entre elles ont été déclarées brûlées. 2021 a déjà son lot de bacs partis en flammes : au bout de deux mois et demi, ce sont déjà 99 poubelles qui ont été signalées brûlées, et 179 volées, sur les trois communes du Nord.
Plus à l’Est, sur le territoire de la Cirest (Bras-Panon, Plaine-des-Palmistes, Saint-André, Saint-Benoît, Sainte-Rose, Salazie), les poubelles semblent moins craindre les incendies : sur l’ensemble de ses communes, on comptabilisait 739 bacs brûlés ou volés en 2018, 1 070 en 2019, 746 en 2020, et 68 sur les premiers mois de cette année.
Le remplacement des bacs brûlés ou volés y est facturé dans le cadre du forfait de maintenance, qui représente un budget de 340 000 euros par an.
Des chiffres qui flambent en 2019
L’intercommunalité de l’Ouest elle, consacre en 2021 une enveloppe globale d’1,5 million d’euros, pour la maintenance mais aussi l’acquisition des bacs à ordures de son territoire, qui englobe les communes de Saint-Paul, La Possession, Le Port, Saint-Leu, et Trois-Bassins.
En 2020, les usagers du TCO avaient rapporté un nombre de 465 poubelles brûlées, et 1 310 poubelles volées, pour un coût TTC de 114 000 euros. Contre 1 484 et 1 490 en 2019, pour un coût de 235 000 euros TTC.
On remarque ainsi que sur chacun des territoires dont nous avons pu accéder aux données, le nombre de poubelles vandalisées a flambé en 2019 par rapport à 2018 ou à 2020. Pourquoi ?
L’explication réside en partie dans la survenue, en 2019, de quelques mouvements de violences urbaines, notamment autour de la visite d’Emmanuel Macron fin octobre. Dans plusieurs villes, des feux de poubelles avaient été allumés dans les soirées autour du 24 octobre 2019. Quelques actes de vandalisme avaient également été observés le 31 octobre suivant, comme on en observe ces dernières années lors de la soirée d’Halloween.
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933 poubelles brûlées pendant les manifestations de Gilets jaunes sur le territoire du TCO
Mais ces mouvements n’expliquent pas à eux seuls la différence de bacs remplacés en 2019 par rapport aux autres années. Au TCO, on nous explique ainsi qu’après les violences urbaines de novembre et décembre 2018, lors du mouvement social des Gilets jaunes, les demandes de poubelles ont continué durant plusieurs mois, et leur livraison s’est étalée de la fin 2018 au début 2019. Un retard de livraison qui s’expliquait à ce moment-là par les containers maritimes déroutés lors de la crise des Gilets jaunes.
L’intercommunalité a même les chiffres précis des dégradations de poubelles pendant ce conflit qui a marqué le département. Sur le territoire du TCO, ce ne sont pas moins de 933 bacs à ordures qui ont fini brûlés, disparus, ou volés pendant les manifestations de novembre-décembre 2018.
Cette année 2021, 328 poubelles ont d’ores et déjà été détruites dans l’Ouest, dont 84 depuis l’instauration du couvre-feu, pour un montant de 5 600 euros ! Ca en fait de l’argent parti en fumée… (voir encadré sur le coût des bacs roulants).
Enfin, la vie nocturne dans le Sud semble être beaucoup plus paisible pour les poubelles… L’intercommunalité de la CASUD (Saint-Philippe, Le Tampon, Saint-Joseph, l’Entre-Deux) elle, fait figure d’exception. “On a quasiment pas de poubelles brûlées ou volées“, déclare Christophe Chien Chow Chine, le directeur du service environnement. “On en a eu un peu pendant les Gilets Jaunes, mais les autres années, on en a très peu. De mémoire, deux ou trois par an, pendant les Florilèges, et en 2020, aucune !”. Un véritable exploit, en comparaison avec les chiffres des autres intercommunalités.
La CIVIS, contactée elle aussi, n’avait toujours pas donné réponse à notre demande à l’heure où nous écrivons. Nous réactualiserons cet article avec ses données, dès réception.
J.CTS
Combien coûte une poubelle neuve ?
Le prix du bac à ordures neuf varie en fonction de son volume : de 50 euros pour le plus petit, de 140 litres, à 200 euros l’unité pour le plus grand, de 500 litres. Ces prix peuvent sensiblement varier selon les interco et les modèles de poubelles : ainsi, à la Cinor, on nous indique que leur prix va de 50 euros pour celle sur deux roues, d’une contenance de 120 à 360 litres, à 150 euros pour celle sur quatre roues, d’une contenance de 500 ou 600 litres.
Que faire si ma poubelle a été brûlée ?
Le fonctionnement est généralement le même dans toutes les intercommunalités : en cas de poubelle dégradée, brûlée, ou volée, une autre est fournie sans qu’il y ait à débourser le moindre euro, mais à une condition. Les usagers doivent d’abord passer par une déclaration de vol ou perte, généralement auprès de la police municipale, et obtenir un récépissé à présenter à son intercommunalité qui fournira un nouveau bac.
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