En Argentine, suspicions et bataille judiciaire autour de la mort de Diego Maradona

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Des fans du footballeur argentin Diego Maradona appelaient à un rassemblement, mercredi 10 mars, au pied de l’Obélisque à Buenos Aires, afin de dénoncer ceux qu’ils estiment responsables de la mort de leur idole.

Au pied de l’Obélisque, le lieu de tous les rassemblements à Buenos Aires, des banderoles sont accrochées : « Justice pour Diego », « Ils n’auront pas ton pardon », clament-elles, tandis qu’une fanfare, ponctuée de chants en l’honneur de Diego Maradona, est rejointe par des groupes de supporteurs. Des fans du footballeur argentin, mort à l’âge de 60 ans le 25 novembre 2020, appelaient à un rassemblement mercredi 10 mars – « 10M », une allusion opportune au numéro de son maillot et à la première lettre de son patronyme – afin de dénoncer ceux qu’ils estiment responsables de la mort de leur idole.

« C’est un assassinat, ses médecins l’ont laissé mourir », accuse Violeta Rojas, 50 ans

« C’est un assassinat, ses médecins l’ont laissé mourir, ça me file des frissons. S’ils l’aimaient vraiment, ils auraient pris soin de lui », accuse Violeta Rojas, 50 ans, une photo du joueur embrassant la coupe du monde remportée par l’Argentine en 1986, dans les mains. « Son entourage cherchait à le voler, ils nous ont enlevé notre idole. Aujourd’hui, Diego devrait être vivant, sur un terrain de foot », tempête Nahuel Castaño, 28 ans, le bas du visage recouvert d’un masque à l’effigie de l’icône, qui était, au moment de sa mort, entraîneur du club argentin Gimnasia La Plata.

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Plus de trois mois après le décès de « Dios », « Dieu », comme le baptisent certains Argentins, les suspicions pesant sur une partie de ses proches, les révélations sur son suivi médical et les rebondissements judiciaires rythment toujours la vie médiatique du pays. « Ce rassemblement signe aussi la continuité d’un deuil et confirme de nouveau le mythe de Diego Maradona, remarque Juan Branz, sociologue spécialiste du sport. Dire “On l’a tué” et non “Il est mort” contribue à cette narration épique et mélodramatique. »

Sept personnes mises en cause

Deux jours après son décès, une enquête avait été ouverte afin de déterminer une éventuelle négligence dans les traitements médicaux administrés à l’ex-champion. Les termes de l’autopsie sont formels : il est mort des suites d’« un œdème pulmonaire aigu secondaire et [d’]une insuffisance cardiaque chronique exacerbée ». Mais ce sont les décisions prises par l’équipe médicale qui l’a accompagné jusqu’au dernier moment qui posent question.

Les regards se sont très vite tournés vers Leopoldo Luque, neurochirurgien, parmi les premiers visés par l’enquête. Le pays a découvert son visage quelques semaines plus tôt : au début de novembre, Diego Maradona, la santé chancelante après une vie marquée par les excès, avait été opéré d’un hématome au cerveau. Ses supporteurs étaient alors restés suspendus aux bulletins médicaux complets, empathiques, livrés par le neurochirurgien au pied de la clinique où se trouvait son patient.

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Le 29 novembre, alors que Diego Maradona est déjà enterré, le médecin a tenté de s’expliquer face à une nuée de caméras à la porte de son domicile. « Je ne suis pas le responsable […] il n’y a pas d’erreur médicale », se défend-il à la suite de perquisitions menées à son domicile et à son cabinet. « Il s’agit d’un infarctus chez un patient dont les caractéristiques font qu’il est totalement logique qu’il meure de cette façon-là, malheureusement », poursuit-il, visiblement perturbé et évoquant, la gorge nouée, l’épineux suivi d’un patient ingérable.

Outre Leopoldo Luque, six personnes sont désormais mises en cause : une psychiatre, un psychologue, deux infirmiers (un homme et une femme), le coordinateur des infirmiers et un médecin coordinateur de l’hospitalisation à domicile. Leurs noms, entre autres, apparaissent au gré d’un montage vidéo du site d’actualités argentin Infobae, publié à la fin du mois de février, et qui livre les messages échangés par l’entourage du joueur les jours précédant sa mort.

Dans un registre parfois grossier, qui se réfère au patient comme au « gars » ou au « gros [qui] va finir par crever », l’équipe médicale déplore un cercle intime laxiste qui encouragerait Diego Maradona à la consommation d’alcool, de marijuana et de « pilules ».

Mesquineries et manipulations

Les filles de Maradona, Giannina et Dalma (première et deuxième à gauche sur la photo), ainsi que son ex-femme, Claudia Villafane (au centre), étaient présentes à la manifestation, mercredi 10 mars, à Buenos Aires.

D’autres échanges laissent apparaître les mesquineries et manipulations de ses proches, aux motifs intéressés. « De [l’hospitalisation à domicile] dépend le travail de tout le monde. Le travail de nombreuses personnes dépend de moi […] il y aura de l’argent pour tout le monde », aurait écrit Maximiliano Pomargo, beau-frère de l’avocat de Diego Maradona, Matías Morla, une autre figure du clan. L’avocat est pourtant l’un des premiers à avoir réclamé justice, fustigeant une ambulance qui aurait trop tardé à arriver sur les lieux le jour du décès. Aucun des deux hommes n’est visé par l’enquête sur la mort du joueur.

« Je vous jure que j’irai les chercher, chacun d’entre eux », a écrit Giannina Maradona sur les réseaux sociaux

« L’entourage [de Diego Maradona] ne laissait pas ses filles [Dalma et Giannina] s’approcher de leur père, ni avoir une communication fluide avec lui comme elles l’auraient souhaité », dénonce Juan Manuel Dragani, avocat des filles du joueur, plaignantes dans le cadre de l’enquête, et présentes au rassemblement mercredi 10 mars. « L’enquête pourrait mener à une mise en examen pour homicide involontaire, non-assistance à personne en danger et faux et usage de faux », anticipe l’avocat, alors que les révélations évoquent également l’imitation de la signature de l’icône.

« Je vous jure que j’irai les chercher, chacun d’entre eux », a écrit Giannina Maradona sur les réseaux sociaux au début de février. « Mes clientes ne cherchent pas une punition mais la vérité », insiste leur avocat. Juan Manuel Dragani attend beaucoup d’une commission médicale qui se penche, depuis lundi 8 mars, sur le tableau clinique de Diego Maradona.

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Gravité précise de sa pathologie cardiaque, pertinence du traitement recommandé, possibles contre-indications soulevées par les médicaments prescrits, bien-fondé de l’hospitalisation à domicile : les experts, guidés par une série de questions formulées par le parquet, scrutent les derniers jours de l’ex-footballeur et son suivi médical. Leurs conclusions pourraient être livrées d’ici deux à trois semaines.

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