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D’un vol classique d’entraînement à un vol qu’il n’oubliera jamais : le Saint-Joséphois Kévin Benard est passé par toutes les émotions. Et pour cause, victime d’une panne, son avion a dû amerrir. Et lui, ouvrir son radeau de survie.
C’était un simple vol d’entraînement, comme il en réalise souvent. Élève pilote à Cannes Aviation Academy, Kévin Benard est monté vendredi dans son petit avion, un Diamond DA40, en compagnie d’un camarade et d’un instructeur. Objectif : réaliser plusieurs exercices entre Cannes et la Corse. C’est lui, l’enfant de Saint-Joseph, 29 ans, qui prend les commandes pour la première partie du vol. «La météo était superbe, il n’y avait rien à signaler, tout se passait bien», raconte-t-il.
“Cela n’arrive vraiment jamais”
Kévin Benard cède ensuite sa place à son ami pour effectuer le retour de Calvi vers Cannes. L’instructeur en profite pour leur poser des questions sur l’avion et les valeurs normales de vol, « car si ça bouge, on se fait moins surprendre », explique Kévin Benard. Ironie du sort, cinq minutes plus tard. Sur le tableau de bord, deux alarmes se mettent à sonner. Placé à l’arrière du petit avion, le Réunionnais le sait : l’heure est grave. « Ce modèle d’avion est géré par un calculateur électronique, explique l’intéressé. Si on le perd, on perd le moteur. Mais il y en a toujours deux sur l’avion, au cas où. Sauf que là, l’alarme était sur les deux. Ça n’arrive vraiment jamais. »
“On va s’en sortir”
Dans le cockpit, les trois hommes restent calmes. L’instructeur reprend les commandes. « On va s’en sortir », leur glisse ce dernier, tout en réalisant les manœuvres pour redémarrer le moteur… En vain. « Bien sûr, j’ai eu peur, relate Kévin Benard, mais je me suis dit que j’étais coincé dans cette situation et qu’il fallait faire au mieux. » Il équipe les autres pilotes de gilet de sauvetage, prépare le canoë de sauvetage. L’instructeur envoie un message d’urgence à la radio. Et se prépare à la seule manœuvre d’urgence qui s’impose : l’amerrissage.

« On est descendu jusqu’à la mer, raconte Kevin Benard. On a déverrouillé les portes, pour ne pas qu’elles restent bloquées avec la pression de l’eau. Ma porte s’est arrachée, il y avait le vent… C’était un peu compliqué pour moi. Je me suis dit qu’on n’allait peut-être pas y passer mais qu’on allait se faire très mal. »
“Le freinage était très très brutal”
Avant l’impact, le jeune homme serre très fort le siège devant lui et contracte son corps le plus possible. « Le freinage était très très brutal », décrit-il. Mais son instructeur, expérimenté, vient de réaliser un super amerrissage, une manœuvre pourtant très délicate. « L’eau est rentrée très vite dans l’appareil, on s’est détaché et on est sorti sur l’aile, poursuit l’élève pilote. On avait de l’eau au niveau des tibias. On a sauté dans l’eau et on a gonflé le canoë. ». Lui et ses deux compagnons d’infortune se hissent sur le bateau de fortune. Ils sont sains et saufs. L’instructeur est lui, légèrement blessé au visage. Quelques instants plus tard, ils voient leur avion faire un angle droit sur la mer et couler à pic. Par deux fois, ils viennent d’échapper au pire.
“Ça aurait pu être beaucoup plus dramatique”
Il est 18 heures, la nuit tombe et les trois hommes, mouillés, ont froid. « On n’était pas rassurés », avoue Kévin Benard, ancien infirmier en réanimation au CHU de Saint-Denis . « Mais on était dans l’optique de se soutenir, se réchauffer, on se parlait de tout et de rien ». Le temps paraît si long. Jusqu’à apercevoir avec bonheur un petit avion de tourisme se pointer au-dessus de leur tête. Les rescapés saisissent l’un des deux feux de Bengale qu’ils ont en leur possession. L’avion les a repérés. « Une heure après, un avion de chasse est arrivé », se souvient celui qui termine ses deux années de formation pour devenir pilote de ligne. Après 2 h 30 ou 3 heures sur l’eau, dans la nuit, ils aperçoivent un hélicoptère. Deuxième feu de Bengale. «Il a recadré la zone», pense Kevin Benard.
Plus tard, un second hélicoptère de l’armée de l’air -un Puma- arrive sur eux. Les deux amis se font hélitreuiller de manière classique, leur instructeur sur civière. Frigorifiés, ils sont réchauffés et transportés à l’hôpital d’Ajaccio, où ils resteront la nuit. Tous sont en bonne santé. «Ça restera une belle histoire à raconter car ça aurait pu être beaucoup plus dramatique, préfère positiver le Réunionnais. J’y pense encore beaucoup mais ça ne m’a pas enlevé ma flamme.» Une flamme née sur la piste de Roland-Garros, là où il a effectué ses premiers vols. Là où l’idée de se reconvertir comme pilote est née.
Kilian Kerbrat
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