« Oui, nous sommes entrés dans l’Histoire » – Jeune Afrique

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Décédé ce lundi 8 mars à l’âge de 89 ans, Djibril Tamsir Niane était une grande figure universitaire de l’Afrique de l’Ouest. En 2018, Jeune Afrique avait rencontre cette figure de l’histoire politique et intellectuelle de son pays. Il racontait alors ses souvenirs, de l’enthousiasme des premières années de l’indépendance à l’exil en passant par la prison sous Sékou Touré.

Fin avril 2018, lors de la clôture de la manifestation Conakry, capitale mondiale du livre, Djibril Tamsir Niane avait inauguré, en présence du président Condé, la première bibliothèque privée du pays. Construite juste en face de sa villa de toujours, à Belle-Vue, dans le quartier conakryka de la Minière, elle porte son nom. Jeune Afrique l’avait rencontré quelques semaines plus tard. Nous republions aujourd’hui l’entretien qu’il nous avait accordé, alors que l’historien et dramaturge est décédé lundi 8 mars à Dakar, à l’âge de 89 ans.*

À lui seul, Djibril Tamsir Niane était la mémoire vivante de l’Afrique de l’Ouest. Aussi grand en taille et en notoriété qu’il était modeste et réservé, il faisait depuis longtemps partie des figures universitaires majeures de l’Afrique contemporaine, qu’il a d’ailleurs toutes côtoyées, tels le Sénégalais Cheikh Anta Diop, le Malien Amadou Hampâté Bâ ou le Burkinabè Joseph Ki-Zerbo, son ami, avec lequel il a codirigé la publication du volume IV de l’Histoire générale de l’Afrique, sous les auspices de l’Unesco.

Si l’on évoque régulièrement l’histoire du Mandé et, en particulier, celle de l’empire du Mali, qui domina la sous-région du XIIIe au XVIIe siècle, c’est en grande partie grâce à l’immense travail de recherche de Djibril Tamsir Niane, compilé dans son ouvrage le plus célèbre, Soundjata ou l’épopée mandingue.

Après un diplôme d’études supérieures en histoire médiévale à l’université de Bordeaux, Djibril Tamsir Niane a participé au tout début de l’ère Sékou Touré à la grande réforme de l’enseignement. Il a notamment contribué à mettre l’histoire de l’Afrique au cœur des manuels scolaires. Mais son intégrité et sa franchise conduiront à son arrestation, en 1961, alors qu’il était membre du bureau du syndicat des enseignants. Il sera détenu au célèbre camp Boiro avant de recouvrer la liberté, quelques années plus tard, pour enseigner de nouveau à l’Institut polytechnique de Conakry, puis, en 1972, sera contraint de s’exiler avec sa famille au Sénégal, où il devint un proche conseiller de Léopold Sédar Senghor.

Jeune Afrique : Quels souvenirs avez-vous des premiers jours de l’indépendance ?

Pr Djibril Tamsir Niane : Je me souviens d’abord de la visite du général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958. Il a été bien reçu par Sékou Touré. À l’époque, j’étais jeune, je venais de terminer ma licence et me destinais à la recherche.

Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’esclavage dans l’opulence

Je me souviens que toute la ville de Conakry a été mobilisée pour acclamer de Gaulle. Pour nous, il était le sauveur de la France durant la Seconde Guerre mondiale. Oui, il a été vivement acclamé.

Mais les paroles des deux hommes ont donné un tout autre tour à cette visite. Le ton du discours de Sékou Touré fut fort et ferme : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’esclavage dans l’opulence. » Après que la foule l’eut applaudi et eut hurlé sa joie, de Gaulle prit la parole et répondit calmement que l’indépendance était à la disposition de la Guinée, qu’elle pouvait la prendre le 28 septembre en votant « non ». C’était net. C’était la rupture.

Le général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958.

Le général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958. © COSMOS

Comme on le sait, la France a tout fait par la suite pour faire échouer le projet politique de Sékou Touré. Dès 1959, les difficultés entre les deux pays commencèrent. La Guinée s’est dressée, elle est entrée en révolution. Elle a traversé de grandes épreuves, et le pouvoir de Sékou Touré s’est raidi. Il s’est maintenu au pouvoir durant vingt-cinq ans, un pouvoir dictatorial, sanglant. On vivait sur le qui-vive en permanence. Et, dans le même temps, on était en face d’une France hostile, qui ne baissa officiellement les armes qu’en 1978, lorsque le président Giscard d’Estaing fit une visite à Conakry.

Quand la France s’est retirée, quelle a été l’atmosphère dans le pays ?



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JeuneAfrique

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