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Le 18 février dernier, l’UFC-Que choisir a publié un rapport incendiaire sur le tatouage. Selon l’association de défense des consommateurs, sur les vingt encres les plus couramment utilisées en France pour tatouer, seules cinq répondent aux normes nationales et européennes. Les autres, contiendraient des composants toxiques. Forcément, dans la profession, la sortie de ce rapport a fait grand bruit, les tatoueurs s’offusquent et s’indignent. Pour eux, l’UFC Que choisir se trompe de cible, ce serait plutôt les tatoueurs clandestins qu’il faudrait pointer du doigt. À La Réunion, des tatoueurs marron sévissent depuis des années.
Un rapport accablant
Les trois quarts des encres de tatouage les plus utilisées en France présentent un risque sanitaire élevé, d’après l’étude de l’UFC-Que choisir. L’association de défense des consommateurs a effectué des tests en laboratoire sur vingt encres de tatouage parmi les plus utilisées en France commandées sur internet. Dans le détail, selon ces analyses, seules cinq encres répondent aux normes en la matière existant en France et en Europe, fixant la liste des substances qui ne peuvent pas entrer dans la composition des produits de tatouage.
En résumé, 75% des produits testés présentent des taux de substances indésirables « au-dessus des seuils réglementaires, parfois à des niveaux « accablants ». Parmi les composants toxiques : des colorants interdits, des conservateurs, des substances cancérigènes… Les résultats des tests sont « alarmants », estime l’UFC-Que choisir qui a repéré « les colorants C.I 74260, C.I. 73915, Isothiazolinones, hydrocarbures aromatiques polycycliques, amines aromatiques, derrière ces noms incompréhensibles pour le commun des mortels se cachent des produits chimiques présentant un risque avéré pour les êtres humains, puisqu’ils sont pour la plupart cancérigènes, et de ce fait encadrés par diverses réglementations », souligne l’association.
Quinze encres sont élaborées aux États-Unis, deux en Chine, seules les trois dernières proviennent de l’Union européenne.
Pas de panique !
Si la sortie du rapport de l’UFC Que choisir n’est pas passée inaperçue, elle n’a pas pour autant créé une vive inquiétude du côté des tatoués ou futurs tatoués. « J’ai vu l’information passer » explique Romain, un grand gaillard tatoué sur les bras « mais je n’ai pas flippé, j’ai toujours fait attention aux endroits où j’allais me faire tatouer, je vérifie l’hygiène… Si un salon de tatouage est clean, il n’y a pas de raison qu’il y ait un souci ». Sa copine Amélie, elle aussi tatouée, partage son avis « j’ai une dizaine de tatouages, je n’ai jamais fait de réaction allergique ou quoi que ce soit. Comme Romain, avant de me faire tatouer, je vérifie la réputation du salon sur internet, je fais toujours une visite pour me renseigner avant de me faire tatouer et si j’ai le moindre doute, je ne saute pas le pas. C’est déjà arrivé une fois ».
Aurélie est en pleine réflexion pour se faire tatouer, elle a lu attentivement le rapport de l’UFC-Que choisir et concède qu’elle a aujourd’hui quelques appréhensions « c’est difficile de savoir où un tatoueur se procure ses encres, si elles ne sont pas périmées ou si elle contiennent des produits dangereux pour la santé. Le tatoueur peut vous dire ce qu’il veut. Cette histoire m’a un peu stressé mais j’ai beaucoup de gens tatoués autour de moi et personne n’a jamais eu de problème » souffle la jeune femme.
Ali est également circonspect « je ne m’étais jamais posé de question sur les encres de tatouage. Je pensais que c’était très contrôlé ». Le jeune homme explique comment il s’est fait tatouer « c’est un gars du quartier, un gars la cour comme on dit, qui a fait le travail. Il avait des gants et tout mais c’est vrai que maintenant, je me demande où il achète son encre… » Mais Ali n’est pas pour autant paniqué « si son encre était vraiment de très mauvaise qualité, je pense que ça fait longtemps que j’aurais eu des soucis » dit-il.
Levée de boucliers chez les tatoueurs
Pour ces personnes rencontrées à Sainte-Clotilde, ce n’est pas la peur qui domine. Les principaux intéressés, eux, sont plutôt en colère contre ce rapport de l’UFC Que choisir qui pointe du doigt leur profession « tous les 3-4 ans, une nouvelle polémique sur le tatouage revient sur le devant de la scène, c’est lassant » explique Pierrot, organisateur de la convention du tatouage à La Réunion et membre du syndicat national des artistes tatoueurs (Snat). Le tatoueur de l’Étang-Salé les hauts tient à mettre les choses au clair « les tatoueurs professionnels achètent leurs encres chez des professionnels. Ces encres répondent aux normes de qualité en vigueur et depuis 2011, nous avons une obligation de traçabilité. Les encres utilisées lors d’un tatouage sont notées sur la fiche du client et ces fiches sont ensuite archivées pour au moins dix ans. On y retrouve le numéro de lot de l’encre utilisée, son étiquette, sa couleur etc… c’est un peu sa carte d’identité ».
Le tatoueur dénonce l’aspect « anxiogène » du rapport de l’association de consommateurs et rappelle « cette étude n’a aucune valeur scientifique, d’ailleurs, il n’a jamais été prouvé qu’il y avait un lien de causalité entre la toxicité potentielle des encres et d’éventuels effets indésirables sur l’organisme. Encore moins entre l’utilisation de certaines encres et le cancer de la peau ».
Des tatoueurs mauriciens en “opération commando”
Pour Pierrot, c’est plutôt du côté des tatoueurs marrons qu’il faudrait jeter un coup d’oeil « il y a un paquet de tatoueurs qui bossent au black notamment des mauriciens qui viennent en opération commando à La Réunion. Ils promettent un bras tatoué pour des sommes qui représentent un mois de travail chez eux mais comparé au marché réunionnais, ils cassent les prix. En général, ils achètent leurs encres sur Wish ou en Chine directement car c’est évidemment moins cher et sans contrôle ».
Ces tatoueurs mauriciens viendraient régulièrement à La Réunion. Sur les réseaux sociaux, des photos où l’on découvre des ateliers de tatouage clandestins, pas aux normes où l’hygiène n’est clairement pas le maître mot.





Pour Pierrot, c’est plutôt ce genre de pratiques qu’il faudrait dénoncer et auxquelles il faudrait sensibiliser la population « ces personnes jettent le discrédit sur la profession » s’agace le tatoueur professionnel. Il rappelle également que les incidents suite à un tatouage sont assez peu fréquents. Ce que confirme le docteur Yves Courbis, dermatologue « par rapport aux millions de tatoués, il y a très très peu de complications donc ces inquiétudes ne s’avèrent pas fondées ». Le dermatologue très expérimenté indique qu’il n’a reçu très peu de patients qui avaient développé une infection suite à un tatouage et en général, il s’agissait de problèmes de peau bénins « ce sont de petites réactions cutanées, des gonflements, des irritations, des cicatrices en relief… car certaines encres « douteuses » peuvent contenir des agents bactériens type hépatite C ou staphylocoque, ce fut le cas dans les années 90 où il y avait une vraie problématique mais aujourd’hui, le métier s’est professionnalisé et est très encadrés, ce genre de cas est assez rare ».
Pour rappel, aucune étude scientifique ne démontre un lien entre tatouage et cancer de la peau, cela reste donc des suspicions. Cependant, il reste nécessaire de bien se renseigner avant de se faire tatouer et de se rendre chez un professionnel, ils sont une centaine à La Réunion.
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