[Société] L’ancien Conseiller régional, Camille Bourhis, est décédé à l’âge de 97 ans

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Camille Bourhis, ancien Conseiller régional, Conseiller municipal et adjoint aux maires de Saint-Denis, également ancien combattant, est décédé à l’âge de 97 ans.

“Ce Réunionnais fait partie de ceux qui ont construit la Réunion d’aujourd’hui. Il laisse une trace forte sur Saint-Denis, où durant 25 ans, il a été Conseiller municipal et adjoint aux maires Gabriel Macé, Jules Reydellet et celui de Auguste Legros. On lui doit nombre de réalisations encore en fonctionnement aujourd’hui comme le premier plan de circulation de la ville. Il a aussi été le fondateur du premier syndicat des transporteurs routiers”, explique Didier Robert dans un communiqué.

 

Celui qu’on surnommait affectueusement « l’Amiral » s’est battu pour La Réunion, dans tous les sens du terme, puisqu’il était le dernier survivant des 20 jeunes réunionnais embarqués pour la France Libre, à bord du Léopard en 1942. “Je rends enfin hommage au combattant politique puisqu’il a été Conseiller régional élu sur la liste URDP de Michel Debré en 1983, candidat sur la liste de Cassam Moussa à Saint-Paul en 1989. La Réunion perd donc un de ses « vieux créoles » qui l’ont défendue corps et âme pour faire qu’elle soit libre et moderne en 2021. Au nom des Conseillers régionaux, et en mon nom personnel, j’adresse mes sincères condoléances aux proches de Camille Bourhis, à son épouse ses deux filles et son fils”, note le président de Région.

 

> Quand Camille Bourhis nous racontait la guerre

 

Camille Bourhis était le dernier survivant des 20 jeunes réunionnais embarqués pour la France Libre, à bord du Léopard en 1942. En mai 2013, le JIR l’avait rencontré pour qu’il nous livre son témoignage. Retour sur une page d’histoire.

 

Quand la guerre éclate, Camille Bourhis a 16 ans et passe du temps dans le cabinet du prince Vinh San à Saint-Denis pour écouter Radio Londres. “Mes parents tenaient une exploitation forestière. Mon frère et moi, nous conduisions les camions de livraison”, reprend Camille Bourhis. “Le gouverneur Aubert avait réquisitionné tous les véhicules en état de marche. On m’a alors envoyé à la caserne Lambert”. Combattre, c’est ce que veut Camille Bourhis, mais dans les rangs de De Gaulle ! L’opportunité de rejoindre la France Libre se présente le 8 novembre 1942.

 

Le Léopard approche des côtes réunionnaises. Camille Bouhris a pour mission de transporter des hommes jusqu’au Brûlé d’où ils doivent rejoindre le gouverneur Aubert qui a transféré son commandement à Salazie. Au bout de quelques mètres, il est arrêté par deux hommes qui lui donnent l’ordre de retourner à la caserne Lambert. Quand il comprend qu’il est face à un des officiers supérieurs du Général De Gaulle, Camille Bourhis saute sur l’occasion et demande à rejoindre les forces combattantes. Le 7 janvier 1943, le Léopard quitte la Réunion, direction Maurice avec son bord Camille Bourhis et une trentaine d’autres Réunionnais. Commence alors un long périple. Tamatave, Diego Suarez, Djibouti puis le canal de Suez pour arriver à Port Saïd. “Avant d’entrer dans le canal, le commandant Richard a réuni l’équipage pour nous annoncer que le voyage touristique était terminé. Nous étions en zone de guerre. Nous n’avions qu’à regarder de part et d’autre du bateau pour nous en rendre compte.

 

Partout, il y avait des navires calcinés”, reprend Camille Bourhis. Et d’ajouter : “C’est arrivant à Malte que les choses sérieuses ont commencé. La Crête était pilonnée par les Allemands. C’est là que j’ai essuyé mon premier baptême du feu. Le convoi qui nous précédait était parti d’Alexandrie avec 50 bateaux. Il est rentré avec quatre bateaux”. Puis, l’ordre leur est donné de rejoindre les côtes libyennes. En route, l’équipage est contraint de laisser le Léopard, abîmé par un rocher qui lui a déchiré la coque. “On a ensuite rejoint Beyrouth en passant par le Caire. On y voyait des choses bizarres. En plein désert, des hommes à dos d’ânes venaient nous vendre des oueds durs”, relate Camille Bourhis, qui sourit au souvenir de cette anecdote. Une fois au Liban, le jeune Camille Bourhis a l’occasion de participer à l’arrestation du président de la République libanaise.

 

Réveil au milieu de la nuit, avancée dans une maison inconnue, neutralisation de 17 gendarmes, pour finalement mettre la main sur le couple présidentiel. “La femme nous a insultés ! Je n’ai jamais entendu autant d’injures de ma vie”, lance Camille Bourhis en rigolant. “D’ailleurs, c’est elle que je craignais le plus ! Je me suis dit : “Si elle déborde, je fais quoi ? Je ne pouvais pas frapper une femme !”. Après la Libye, Camille Bourhis part vers Toulon à bord du commandant Duboc. “Quand on est arrivé, on a tous pleuré en voyant les cadavres des bateaux sabordés”, relate-t-il. C’est là qu’il apprend la fin de la guerre. On envoie alors tous les Réunionnais à Marseille où ils doivent s’entraîner pour… défiler. Un moment mémorable. “On avait du mal à avancer parce que les filles nous sautaient dessus pour toucher le pompon rouge de nos chapeaux. Il paraît que ça porte chance !”, rigole-t-il. Quelques mois plus tard, Camille Bourhis regagne la Réunion avec ses camarades.

 

À leur arrivée, personne pour les accueillir. Le frère de Camille Bourhis entend dire qu’un bateau est arrivé avec peut-être à son bord des soldats. “Il a pris le train pour vérifier mais j’étais déjà en route pour Saint-Denis ! On s’est croisé au niveau de la Grande Chaloupe ! La première nuit, je n’ai pas dormi. J’ai entendu maman dire à mon frère : est-ce que c’est bien lui qui est revenu?”. À la fin de la guerre, Camille Bourhis finit avec le grade de quartier-maître. “La France Libre était une drôle d’armée. On ne cherchait pas du tout les distinctions. On avait répondu à l’appel de De Gaulle et c’est tout. L’argent, les médailles et tout le reste, on s’en fichait”.

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