[Société] Harcèlement en ligne : monde virtuel, impacts réels

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Placées entre les mauvaises mains, les plateformes digitales peuvent devenir des armes. Dans les cas de cyberharcèlement, plusieurs techniques sont utilisées. Il y a par exemple le “trolling”, qui consiste à inonder le profil d’un individu avec des images dégradantes ou humiliantes, mais aussi l’usurpation d’identité numérique, le “revenge porn” ou plus classiquement les commentaires et messages haineux, sexistes ou discriminatoires. La liste est longue mais l’objectif est le même : provoquer “un tsunami numérique pour porter préjudice à la victime”, explique Maître Sulliman Omarjee. L’avocat chargé du département droit du numérique au sein du cabinet Fidal suit de nombreuses affaires de cyberharcèlement, que ce soit auprès de personnes physiques ou des entreprises. Il constate qu’à La Réunion il reste encore du chemin à parcourir sur le volet judiciaire : “sur certains points ça avance, mais ça dépend du magistrat en face”, précise-t-il. Encore récemment, la robe noire défendait un couple d’influenceurs réunionnais harcelés sur Instagram. Les victimes ont été la cible d’insultes et d’accusations graves de la part de deux jeunes femmes. Les propos avaient rapidement fait le tour du net et ont nui à la réputation des influenceurs. Ces derniers ont porté plainte et ont attendu plus d’un an pour blanchir leur nom devant le tribunal. Pourtant, malgré les éléments à charge, il n’y a aucune condamnation. La citation a été déclarée comme nulle car il n’y avait ni lieu, ni dates dans le dossier. “Une décision surprenante”, commente leur avocat qui regrette que la cour n’ait pas reconnu qu’internet était le lieu du délit. “On se heurte encore à des difficultés de compréhension des réseaux sociaux et de leurs règles”, souligne l’avocat.

Des obstacles qu’il faudra apprendre à surmonter car le phénomène touche aujourd’hui un large pan de la société. En 2020, un Français sur 4 a déclaré avoir été impliqué dans un cas de harcèlement en ligne (voir plus loin). Pire, à la faveur du confinement, les cas de cyberviolences ont fortement augmenté chez les 15-17 ans, l’année dernière. Pour endiguer cette tendance, beaucoup misent sur la prévention.

Anonymat et toute-puissance

Sur notre île, Julie Legros est devenue, malgré elle, le porte-étendard de cette cause quand elle a publiquement dénoncé le cyberharcèlement dont elle a été victime. Lorsque la coach sportive diffusait ses cours de fitness en live sur ses réseaux sociaux, des internautes cachés derrière leurs pseudos, publiaient des commentaires dégradants et sexistes sur son profil. Certains lui ont même envoyé des photos à caractère sexuel en messages privés. L’anonymat leur a conféré un sentiment de toute-puissance qui leur a donné l’impression qu’ils étaient au-dessus de la loi. “À un moment je me suis demandé si c’était de ma faute. J’avais perdu confiance en moi, ça m’a fait me remettre en question”, se souvient Julie Legros. La jeune femme doutait de tout, même de ses vêtements. “Je suis coach sportive donc je porte des tenues de sport, c’est normal”, commente-t-elle avant d’ajouter “heureusement que le CEVIF m’a aidée à remettre les choses dans leur contexte”. “Le problème est dans l’oeil de l’agresseur et pas ailleurs. S’attaquer à une femme sur les réseaux sociaux, c’est comme l’attaquer dans la rue”, dénonce Frédéric Rousset du CEVIF (Collectif pour l’Élimination des Violences Intrafamiliales). L’association accompagne Julie Legros dans son combat, depuis que celle-ci a décidé de porter plainte. “La répétition des messages et des commentaires avaient fini par saper sa volonté de continuer. Mais elle a pris conscience qu’elle était une victime et elle a décidé de réagir. Je suis admiratif de sa force de caractère”, ajoute Frédéric Rousset. Ensemble, ils ont effectué des captures d’écran des publications illicites. Le tout a été remis à la brigade numérique qui est en charge de l’affaire. Mais la procédure est longue : certains auteurs habitent en métropole ou à l’étranger, ce qui ne facilite pas la tâche des forces de l’ordre. Alors en parallèle, l’association communique davantage sur le sujet. “Je m’étais préoccupé de ce phénomène pendant le confinement, parce qu’il y a eu de nombreux cas. C’est relativement nouveau, mais c’est de notre responsabilité en tant qu’association de s’y intéresser, parce que les jeunes générations s’en saisissent”, souligne Frédéric Rousset. Le CEVIF a pour ambition de s’attaquer frontalement à cette inquiétante tendance. “On va systématiquement porter plainte. Il y a des textes de loi, il faut les utiliser. On ne va rien lâcher”.


Vous avez publiquement dénoncé le cyberharcèlement dont vous avez été victime. À quel moment avez-vous eu le déclic ?

Julie Legros :“Quand ça a commencé à toucher ma personne. Je recevais de plus en plus de messages et je n’arrivais plus à prendre du recul. J’ai eu la sensation de me faire dénigrer et insulter en public. J’ai aussi eu une pensée pour les adolescents, comme mes petites sœurs… Si en tant qu’influenceuse de 29 ans je ne parvenais pas à dénoncer cela, comment les plus jeunes pourraient-ils le faire ?”.

Continuez-vous à défendre cette cause ?

JL :“J’essaie au maximum de porter la parole. Avec le CEVIF, on fait de la sensibilisation dans les écoles. Le message que je souhaite porter c’est d’oser dire stop. Depuis que je l’ai fait, je reçois beaucoup moins de messages à caractère sexuel venant d’hommes. Et quand il y a des commentaires sexistes, d’autres internautes prennent ma défense. Avant je pensais que le fait d’en parler ferait de moi une personne faible. Mais aujourd’hui je veux casser cette image. Au contraire, parler nous rend plus forts”.

Avez-vous reçu des messages d’autres victimes ?

JL :“J’ai reçu énormément de témoignages de femmes, mais je n’ai pas pu répondre à tout le monde. C’est tellement banalisé qu’on n’en a même plus conscience et on ne dit plus rien. Mais si ça va à l’encontre de nos valeurs et de nos principes, ce n’est pas normal”.

Quel bilan dressez-vous aujourd’hui?

JL :“Cette expérience a renforcé mon caractère. Je me sens plus apaisée et plus en accord avec moi-même. Aujourd’hui je voudrais attirer l’attention sur ce problème et ouvrir la discussion”.

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“Parler nous rend plus forts”, affirme Julie Legros. 


Le harcèlement n’est malheureusement pas nouveau dans les écoles, mais avec les nouvelles technologies, sa portée est plus large. Insultes répétées sur les réseaux sociaux, happy slapping, revenge porn,… le cyberharcèlement prend plusieurs formes et les conséquences sur les jeunes victimes peuvent être désastreuses. Pour enrayer la tendance, des mesures de prévention sont déployées dans les établissements scolaires.

Une vidéo enregistrée à la sortie du collège Fayard à Saint-André, et diffusée sur les réseaux-sociaux, a suscité l’émoi au début du mois de février. On y voit une collégienne prise à partie puis agressée par une de ses camarades sous les yeux d’une cinquantaine de jeunes excités par le show. Le fait de filmer une bagarre et de publier la vidéo sur la toile s’appelle le “Happy slapping”. Cette exhibition de la violence n’est pas nouvelle et entre dans le large spectre du cyberharcèlement. “J’en parlais déjà à la fin des années 2000, mais aujourd’hui ça va plus vite avec les réseaux sociaux et c’est plus médiatisé”, explique l’adjudant-chef Déborah Levez de la Maison de confiance et de protection des familles. Anciennement appelée Brigade de prévention de la délinquance juvénile, cette unité de la gendarmerie a notamment pour mission de faire de la prévention auprès de la jeunesse. Le harcèlement, et son corollaire le cyberharcèlement, font partie des thématiques abordées. “On intervient auprès de deux types de public : en primaire on explique aux élèves que c’est une infraction et on leur dit comment réagir. Au collège, on expose les dangers d’internet”, détaille l’adjudant-chef. Un des points sur lesquels la gendarmerie insiste lors de ces rencontres est la libération de la parole : “Le silence est source de souffrance. On leur conseille de se confier à un adulte, que ce soit un enseignant, un CPE ou un parent”, liste-t-elle. L’unité apprend également au jeune public que tout le monde a un rôle à jouer dans le cyberharcèlement. Il y les auteurs, les victimes, mais aussi les spectateurs, qui sont coupables s’ils ne réagissent pas. Lors de ces interventions, l’adjudant-chef constate que les élèves n’ont pas forcément conscience de l’impact de leurs actions. “Pour eux ce sont des petites vannes, des insultes pour rigoler. Dans les groupes, certains vont comprendre, mais pour d’autres c’est plus difficile”, précise la gendarme en ajoutant toutefois que la majorité des conflits se règlent en milieu scolaire.

En parallèle, d’autres actions sont mises en place au sein même de l’Education nationale. Outre les formations et la journée de lutte contre le harcèlement scolaire, qui se tient au mois de novembre, les équipes pédagogiques bénéficient d’autres outils. Des épisodes de la série “La famille Tout-Écran”, disponibles sur le site du Centre pour L’éducation aux Médias et à l’Information (CLEMI), abordent par exemple le problème du cyberharcèlement. De même, le jeu Médiasphères, utilisé en classe, permet d’ouvrir des discussions et des mini-débats sur le sujet. Ces dispositifs peuvent paraître minces quand on est pris dans la spirale du cyberharcèlement, mais ils ont le mérite de mettre en lumière un fléau encore trop ignoré.

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Le jeu Médiasphères 


Le 9 février dernier, nous célébrions le “Safer Internet Day”, qui est un programme international de prévention et d’éducation aux bons usages d’internet. À cette occasion, le géant Microsoft a publié son étude annuelle sur les incivilités numériques, baptisée le Digital Civility Index. Avec un indice de civilité de 63, la France se positionne 11ème pays le plus civil sur 32, derrière les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou encore les USA.  24 % des Français, soit une personne sur quatre, disent avoir été impliqués dans un cas de harcèlement en ligne en 2020 et 9 % en ont directement été la cible. Si les statistiques sont plus ou moins stables pour les adultes, les adolescents, eux, sont plus exposés depuis la pandémie et les confinements. Par rapport à 2019, l’association e-Enfance enregistre une hausse de 57 % des cyberviolences sur sa ligne d’assistance Net Ecoute en 2020, avec une part des 15-17 ans en forte augmentation. “Toutes les formes de violences numériques sont concernées, notamment celles à caractère sexuel. Le cyberharcèlement a presque doublé sur l’année, porté par l’explosion du chantage à la webcam et du revenge porn”, précise e-Enfance dans un communiqué. L’association, dont la mission est de protéger et d’accompagner les mineurs sur internet, est joignable via le numéro vert 0800 200 000 et sur netecoute.fr.

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Le cyberharcèlement est un délit défini dans l’article 222-33-2-2 du Code Pénal. Il se caractérise par “le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale”. En plus de porter plainte contre les auteurs, les victimes peuvent demander aux hébergeurs (d’un réseau social, d’un forum, d’un site,…) de retirer des contenus. “La procédure est très scrupuleuse. Pour retirer un contenu, il faut qu’il soit manifestement illicite. Il y a les cas d’usurpation d’identité numérique, de droit à l’image, de diffamation,…”, liste Me Omarjee qui a déjà obtenu gain de cause auprès de Facebook et Youtube. Les cyberharceleurs risquent la prison et/ou une amende. Les sanctions sont plus graves si la victime est mineure.

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clicanoo

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