[Société] Toujours plus nombreuses, les tortues victimes de leur succès

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Le retour des tortues dans les lagons de la Réunion se confirme année après année mais elles sont victimes de l’enthousiasme des nageurs.

Un peu comme les baleines en période hivernale, les tortues sont en train de repeupler les eaux réunionnaises. On est encore loin de l’affluence qui régnait il y a quelques siècles sur les plages et dans les eaux réunionnaises. Mais la tendance vertueuse se confirme année après année. « L’étude que nous menons depuis trois ans dans le lagon de La Saline-L’Hermitage montre que les tortues imbriquées se réapproprient l’espace. On en a dénombré 19. Ça ne veut pas dire qu’elles sont toutes là au même moment. Certaines ne sont que de passage. Mais cette tendance confirme l’efficacité des mesures de protection prises depuis plusieurs années », affirme Stephane Ciccione, le directeur de Kélonia, le musée et centre de soins consacré aux tortues.

C’est principalement l”interdiction de la capture des tortues et la chasse aux braconniers qui expliquent cette tendance. « Il y a toujours eu un renouvellement de ces populations à la Réunion. Ces tortues imbriquées ne sont pas nées sur notre île. Elles viennent des Seychelles, des Chagos…La Réunion est un point de passage sur la route de leur migration. Elles s’y nourrissent et continuent de grandir avant de poursuivre leur migration et de retourner sur leur plage de naissance pour pondre».

Une règle d’or : rester discret

Si l’étude de Kelonia porte uniquement sur le lagon de Saint-Paul, des plages comme celles de l’Etang-Salé ou de Saint-Pierre accueillent également de plus en plus de tortues. Le revers de la médaille c’est un comportement parfois inapproprié des nageurs. Kelonia est régulièrement alerté. « Il y a des nageurs qui veulent toucher ou attraper les tortues. Ils ne veulent pas leur faire du tort. Je pense que ces comportements s’expliquent par une méconnaissance de l’animal. La tortue met du temps pour manger. Elle attrape peu de nourriture à chaque bouchée. Si elle est dérangée, elle risque de s’en aller. Il ne faudrait pas ces comportements fragilisent le retour des tortues ».

Stéphane Ciccione ne s’oppose pas à l’observation des tortues. « C’est une chance, reconnaît-il. Nous-mêmes, nous sommes parfois restés des heures à les observer dans le cadre de nos études. Mais nous avons un protocole à respecter pour ne pas les gêner ». Le principe général est de ne pas les déranger. Il ne faut ni les toucher – encore moins les attraper, et resté calme à quelques mètres d’elles. « Il ne faut pas non plus les encercler. Si ces règles sont respectées, les tortues ne vont plus se préoccuper du nageur et vont continuer à se nourrir ».

Les règles d’approche des tortues sont régies par la « Charte d’approche et d’observation responsables des mammifères marins et des tortues marines à La Réunion ». Mais elle concerne surtout leur suivi en mer, derrière la barrière de corail. La « minute quiétude » (cedtm-asso.org) a récemment publié une courte video synthétisant les règles à adopter et quelques précisions sur le comportement de ces animaux. On apprend par exemple qu’ils passent le plus clair de leur temps à manger : jusqu’à 20 heures par jour, soit 10 800 bouchées. On comprend mieux pourquoi il faut leur laisser le temps de s’adonner à ce long repas…

J.-Ph.L.

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