En Birmanie, la tragédie sans fin d’Aung San Suu Kyi

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Lors d’un rassemblement pour demander la libération d’Aung San Suu Kyi, devant l’ambassade américaine à Rangoun, en Birmanie, le 15 février.

On aura beau fouiller dans les mythes de la tragédie grecque, il sera difficile d’y trouver un personnage au destin plus singulier que celui d’Aung San Suu Kyi : si la dirigeante birmane fut, dans durant trois décennies, de 1988 à 2010, une sorte d’Antigone dont le Créon était l’un ou l’autre des dictateurs en place, son histoire a connu, ces dix dernières années, des rebondissements que nul n’aurait été capable d’anticiper.

Quatre dates illustrent le récent parcours de la Lady : le 13 novembre 2010, après une période d’assignation à résidence de quinze ans étalée sur les deux décennies écoulées, la dissidente et bête noire des militaires est libérée ; le 1er avril 2012, « Daw » (madame) Suu Kyi est élue députée dans la chambre basse du Parlement ; le 5 avril 2016, après l’éclatante victoire de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), aux élections législatives de novembre 2015, la Prix Nobel de la paix 1991 devient « conseillère d’Etat » et ministre des affaires étrangères, accédant ainsi à un poste équivalent de celui de premier ministre ; le 1er février 2021, elle est renversée par l’armée et se retrouve assignée à résidence, plus de trois décennies après l’avoir été une toute première fois.

La boucle est bouclée. A 75 ans, la vie de la « Dame de Rangoun » paraît suivre l’antique itinéraire de l’éternel retour du temps. Seule différence : par le passé, elle fut confinée dans sa maison au bord d’un lac, à Rangoun. Elle est aujourd’hui en résidence surveillée dans sa vaste demeure d’ex-chef de gouvernement, à Naypyidaw, capitale de la Birmanie.

L’ancienne « conseillère d’Etat » est accusée par la junte d’importations illégales de talkies-walkies et, plus récemment, de violations de la loi sur la gestion des désastres naturels… Elle risque de deux à trois ans de prison. Mardi 16 février, elle a fait une apparence virtuelle devant une cour de justice où elle a répondu à quelques questions formelles sur les charges qui pèsent contre elles. Un porte-parole de l’armée, le brigadier Zaw Min Tun, a fait savoir le même jour qu’elle était confinée chez elle « pour sa propre sécurité » et qu’elle était « en bonne santé ».

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En trente-deux ans, des rôles éminemment contradictoires

Ce retournement de situation n’est pas forcément surprenant, même si le putsch du chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing, a pris de court tout le monde, les Birmans en premier : le militaire et la lady ne se parlaient plus depuis longtemps. Mme Suu Kyi avait pourtant osé naguère qualifier les militaires de types « gentils ». Le qualificatif était d’ordre diplomatique, mais il avait fait jaser.

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