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La vidéo d’une jeune fille agressée par une autre élève à proximité du collège Fayard (Saint-André) la semaine dernière a provoqué une vague d’indignation. Partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux, après l’émoi, la vidéo a suscité la colère et l’inquiétude des parents d’élèves face à des faits de violence récurrents devant les établissements scolaires saint-andréens. Depuis la rentrée de janvier, la mairie a mis en place un dispositif, « insuffisant » affirment certains parents qui souhaitent voir revenir des patrouilles citoyennes aux abords des points chauds de la commune. Mais est-ce possible?
Les “Grands frères gladiateurs”, une première expérience
En 2019, Frédéric Marimoutou était l’un des membres fondateurs des “Grands frères gladiateurs”, un collectif d’une dizaine de parents qui faisaient des rondes à proximité des établissements scolaires où des agressions avaient été recensées. « Notre but n’était pas de remplacer la police mais plutôt de faire acte de présence, d’occuper le terrain pour qu’il y ait moins de délinquance » explique ce père de famille. Pas de volonté d’en découdre mais plutôt, que leur présence ait un effet dissuasif « c’était des visages connus dans les quartiers, on allait à la rencontre des jeunes, on parlait avec eux ».
Désamorcer le conflit avant qu’il ne se produise, pour Frédéric Marimoutou, cela ne fait aucun doute, sa stratégie a fonctionné « nous avons fait des rondes pendant deux semaines et il n’y a eu aucune agression » précise-t-il. Cependant, durant ces quinze jours, les “Grands frères gladiateurs” n’ont pas été confrontés à une situation à risque « c’est vrai, mais dans tous les cas, on aurait essayé de calmer les choses, pas de faire monter la pression » tempère Frédéric Marimoutou.
L'”expérimentation” avait pris fin lorsque les forces de l’ordre avaient rappelé aux “Grands frères gladiateurs” qu’ils n’avaient aucun pouvoir de police et que ce n’était donc pas leur rôle d’intervenir.
Toutefois, depuis l’agression de la semaine dernière, Frédéric Marimoutou, père d’un garçon de 10 ans, d’une fille de 15 ans et d’un garçon de 18 ans affirme être sollicité de toutes parts pour qu’il reprenne les rondes devant les collèges et lycées. « Des parents désespérés qui nous demandent de revenir pour que cela ne se reproduise pas ». Frédéric Marimoutou observe une escalade de la violence dans sa ville et dénonce l’impuissance de l’autorité publique « c’est de plus en plus grave, les images de la petite qui se fait frapper sont vraiment choquantes, l’année dernière, un jeune salazien s’est retrouvé avec des points de suture sur le crâne. Qu’attendent les autorités, qu’il y ait un mort ? ».
Un dispositif municipal en place depuis peu
La mairie de Saint-André a mis un dispositif en place pour lutter contre les violences aux abords des établissements scolaires. En vigueur depuis le 25 janvier, des questions se posent quant à son efficacité car lors de l’agression de la jeune collégienne la semaine dernière, deux agents de médiation se trouvaient non loin. « Ils étaient au niveau des transports scolaires et le temps qu’ils soient alertés et qu’ils arrivent sur place, les élèves s’étaient déjà dispersés, l’agression a duré moins d’une minute » explique Adrien Manciet, le responsable du dispositif « Sécurécole ». Pour lui, ce n’est pas une faille dans le système car avec une unité de six personnes pour onze établissements « on ne pourra pas être partout en même temps mais on fera toujours notre maximum pour que ces agressions ne se reproduisent plus ».
Adrien Mancinet n’est pas fermement opposé à ces patrouilles citoyennes mais il précise néanmoins « nos agents sont formés à la médiation et à intervenir sur des situations à risques, il y a également un cadre légal spécifique et un partenariat avec les forces de l’ordre. On ne pourrait pas cautionner qu’un dispositif hors la loi soit mis en place, de plus, on ne s’improvise pas médiateur » lâche-t-il.
Aucun cadre légal
Justement, le cadre légal, c’est ce qui bloque malgré l’envie et la bonne volonté des parents patrouilleurs. « Le maintien de l’ordre aux abords des établissements scolaires relève du pouvoir de police du maire, il n’appartient donc pas à des parent d’élèves (personnes privées de tenter de maintenir la sécurité d’un espace public » explique Me Valérie Rabearison. Pour l’avocate, la principale problématique est la manière dont pourrait réagir ces parents s’ils sont confrontés à une agression, Me Rabearison cite l’article 122-5 du Code pénal qui rappelle la seule possibilité d’user de la force « n’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou d’autrui, sauf s’il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l’atteinte », une potentielle intervention des parents patrouilleurs n’entrerait pas dans ce cadre.
L’avocate ajoute donc « dès lors, si une agression d’un élève devait avoir lieu durant une patrouille et que ces parents venaient à s’interposer, la réaction de l’adulte devra répondre aux conditions de la légitime défense pour autrui : nécessaire, actuel et proportionné ». De plus, « aux termes de l’article 73 du Code de procédure pénale, dans les cas de crime flagrant ou de délit flagrant puni d’une peine d’emprisonnement, toute personne a qualité pour en appréhender l’auteur et le conduire devant l’officier de police judiciaire le plus proche » précise-t-elle.
La peur des dérives
Dans le cas de l’agression de la semaine dernière, Frédéric Marimoutou affirme que les “Grands frères gladiateurs”, s’ils avaient été sur place « auraient tenté de calmer le jeu et de raisonner l’auteure des coups » mais dans le brouhaha ambiant, avec une cinquantaine d’adolescents excités, cela aurait pu être contre-productif et avoir l’effet inverse, c’est-à-dire envenimer la situation. Et si les parents patrouilleurs en étaient venus aux mains, pour une raison quelconque, cela aurait pu se retourner contre eux, les parents des enfants mis en cause auraient alors pu les poursuivre en justice.
Mais l’idée de rondes citoyennes n’est pas pour autant écartée mais dans un cadre légal, les formations et l’expertise qui permettraient sa mise en place. La mairie de Saint-André se dit ouverte au dialogue mais rappelle qu’« on ne peut pas se faire justice soi-même ».
FH
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