La pénurie d’oxygène et la saturation des hôpitaux frappent le Mexique

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Des personnes font la queue pour remplir des bouteilles d’oxygène à l’Infra Medica Company à Mexico, le 22 janvier.

Dès l’aube, une immense queue se forme devant un fournisseur d’oxygène, planté au centre de Mexico. « J’arrive trop tard », soupire Joaquin Avilar, comptable trentenaire, qui attendra des heures pour recharger la bombonne vitale pour son père atteint du Covid-19. La pénurie guette alors que le Mexique occupe désormais le troisième rang mondial en nombre absolu de morts (159 533 décès au mardi 2 février), derrière le Brésil et les Etats-Unis. La contamination du président, Andrés Manuel Lopez Obrador (« AMLO »), attise les critiques sur sa stratégie plutôt permissive face au virus.

« L’hôpital a renvoyé mon père chez lui par manque de place, raconte M. Avilar. Encore faut-il lui trouver de l’oxygène ! » En tête de la file d’attente, un couple squatte le trottoir depuis 4 heures du matin. L’employée, qui les accueille enfin, déplore « les retards de livraison et le manque de bombonnes ». Le relâchement de la population, durant les fêtes de fin d’année, a fait décoller la courbe des contagions (plus de 1,8 million de cas accumulés). Treize des trente-deux Etats mexicains sont en alerte rouge. En tête, Mexico et ses banlieues tentaculaires (22 millions d’habitants), où l’occupation hospitalière frôle les 85 %.

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Pour éviter la saturation, les autorités locales libèrent des lits, depuis le 24 décembre 2020, en optant pour des fins de traitement à domicile. Conséquence : les cinquante-cinq fournisseurs d’oxygène de la capitale sont pris d’assaut.

« Rapportez les bombonnes, pour l’amour de la vie ! », martèle la maire de Mexico, Claudia Sheinbaum, qui a lancé un appel aux anciens malades à en faire profiter les autres. L’édile assure qu’« il n’y a pas de pénurie d’oxygène », mais reconnaît « un manque de moyens pour le transporter ». D’autant que la demande fait décoller les tarifs. Fin janvier, l’Association nationale des petits commerçants (Anpec) a dénoncé dans un communiqué « une spéculation sans scrupule ». Selon la presse, le prix d’une bombonne d’oxygène de 9,5 litres – soit 1 900 pesos (78 euros) en moyenne –, peut atteindre 35 000 pesos (1 400 euros) au marché noir. Les autorités ont désactivé 1 200 profils Facebook et 130 pages Web de vente frauduleuse de bombonnes et de recharges d’oxygène.

Mesures sanitaires non-coercitives

Le phénomène accentue la polémique provoquée par l’infection d’AMLO, en retrait de la vie publique depuis le 24 janvier. Ses symptômes sont « légers ». Son retour aux responsabilités est annoncé le 8 février. Mais 56 % des Mexicains déplorent son refus de se faire vacciner en priorité, selon un récent sondage publié par le quotidien d’opposition, Reforma. D’autant que cet adepte de la distanciation sociale ne porte jamais de masque, sauf lors de ses voyages en avion de ligne. Au début de l’épidémie, il avait brandi avec humour des amulettes protectrices, minimisant sa gravité, avant de se raviser face à l’explosion des contagions.

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