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En décembre 2019, le monde découvrait le Covid-19. Depuis, la pandémie a fait plus de 2,1 millions de morts, et près d’un milliard de personnes (au 26 janvier) ont été contaminées par ce virus.
À La Réunion, près de 9 900 cas ont été recensés depuis le 11 mars. Mais derrière ces “cas”, ce sont surtout des personnes, qui chacune ont vécu le coronavirus de façon différente, tant dans leur ressenti des symptômes pendant la maladie, que des séquelles qui ont suivi. Plusieurs mois après avoir contracté le Covid, ces Réunionnais nous racontent comment ils ont vécu avec ce virus qui a chamboulé notre quotidien.
Aujourd’hui, rencontre avec Laura*, 35 ans, de Saint-Denis : contaminée en mars 2020, parmi les premiers cas à La Réunion, elle ne s’en est toujours pas vraiment remise 10 mois plus tard. Elle raconte ses “séquelles” qui, sans être handicapantes, ont néanmoins impacté sa vie de tous les jours.
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*prénom d’emprunt
On pourrait croire à tort que le Covid, c’est une dizaine de jours et on n’en parle plus. Si pour certaines personnes, les migraines, maux de tête et autres symptômes peuvent disparaître rapidement, pour d’autres, le coronavirus n’est toujours pas de l’histoire ancienne, même au bout de plusieurs mois. C’est le cas de Laura*, une Dionysienne de 35 ans, qui 10 mois après avoir été testée positive ressent toujours une énorme fatigue après être allée mieux pendant quelques temps.
Mi-mars 2020, Laura rentre d’un séjour en métropole, alors que le pays entier vit ses premiers jours de confinement. “Là-bas, le Covid commençait à bien circuler. J’ai été contaminée là-bas, mais je ne savais pas que c’était ça : je n’avais pas de fièvre ni de toux, alors que c’était les symptômes dont on parlait à l’époque. Chez moi, ça ressemblait à une grippe mais sans fièvre”, raconte la trentenaire. Sauf que quelques jours après son retour à La Réunion, Laura éprouve des difficultés à respirer. “Je n’avais jamais ressenti ça de ma vie. J’ai eu des grippes, mais pas comme ça, et d’ailleurs, maintenant on sait que ce n’est pas une grippe !”, se souvient-elle.
“C’était vraiment handicapant pendant plusieurs semaines, je ne faisais pas grand-chose à part dormir…”
La jeune femme, qui n’a aucun souci de santé pré-existant, même si de son propre aveu elle n’est pas d’une “forme olympique”, consulte alors son médecin généraliste, qui soupçonne le Covid comme origine de ces symptômes et la redirige vers les urgences. À ce moment-là, La Réunion ne compte à peine quelques dizaines de cas au total, et les patients Covid sont presque systématiquement hospitalisés. C’est donc lors de son admission au CHU de Bellepierre que Laura se fait tester, ce qui confirmera la présence du virus chez elle.
Elle restera à l’hôpital cinq jours, avec ses difficultés à respirer, même si son état est resté très stable. “J’étais simplement en observation”, souligne-t-elle. “C’était une situation inédite, assez bizarre à vivre. Mais surtout, je me suis sentie vraiment rassurée de me rendre compte que je n’avais pas de forme grave, à une époque où on ne parlait que de malades en réanimation, c’était super anxiogène”, poursuit-elle, évoquant des maux de tête, aux yeux, des courbatures, la perte d’odorat, et une énorme fatigue rendant difficiles ses déplacements. “C’était vraiment handicapant pendant plusieurs semaines, je ne faisais pas grand-chose à part dormir…” nous confie-t-elle. Mais les douleurs et courbatures heureusement, cessent rapidement. “Un mois après, il restait principalement une grosse fatigue et un essoufflement à l’effort” se souvient la jeune maman. Les tâches du quotidien les plus simples, comme passer le balai, lui donnaient le souffle court. Monter l’escalier également.
8 mois après, des symptômes qui réapparaissent
Autant de symptômes gênants qui se sont estompés au fil des mois… avant de revenir. “Ça fait un peu plus de deux mois que j’ai exactement les mêmes symptômes qu’en mars, mais en moins fort. Juste avant Noël, c’est allé mieux mais c’était assez rapide, il y a comme des phases”, explique-t-elle. “En mars et en avril, j’avais ressenti des fourmillements ou comme des engourdissements dans les doigts, ou même dans la bouche, et puis c’est parti. Mais là, depuis quatre semaines ces symptômes sont de retour. Il peut m’arriver de laisser tomber des choses ou d’avoir du mal pour conduire”. Même si elle concède que les douleurs dans les articulations qui sont à nouveau revenues ces dernières semaines ne sont “pas non plus hyper intenses”, Laura est obligée de s’organiser. “Si je fais un gros effort, je sais qu’après je vais le payer : du coup je suis en train d’apprendre à organiser mes tâches en les étalant sur la journée, parce que sinon c’est trop compliqué”.
Autre gêne : le manque de concentration, que Laura qualifie de “brouillard cérébral”. “J’ai parfois l’impression d’être dans le brouillard, et souvent je cherche mes mots. Dans une conversation je peux avoir un blanc”.
Au-delà de devoir gérer ces diverses contraintes, la Dionysienne fait en outre face à l’incompréhension, voire l’embarras du corps médical, qui n’arrive pas forcément à expliquer le retour de ses symptômes, ni leur durée. “Le médecin a cherché assez longtemps. Il m’a fait faire des analyses de sang, divers examens… sans trouver d’explications. Du coup il ne sait pas trop quoi me dire”, avance-t-elle. Après avoir même testé les antibiotiques un peu “au cas où”, Laura s’est même vue prescrire des anti-dépresseurs, certains médecins assimilant ses difficultés au stress et à l’angoisse. Une prescription qui n’est pas sans surprendre la jeune femme : “Je n’en ressens pas le besoin. Je suis tout à fait capable de reconnaître que l’ambiance est anxiogène, mais j’ai du mal à croire que mes symptômes sont dûs à ça”.
“C’est déconcertant d’être face à votre médecin qui vous dit qu’il ne sait pas”
En marge de ses visites chez le médecin vaines d’explications, Laura a également tenté de trouver des remèdes à ses maux de son côté. Cures de compléments alimentaires pour pallier d’éventuelles carences. Sans succès.
“C’est déconcertant d’être face à votre médecin qui vous dit qu’il ne sait pas. Je ne me sens pas non plus abandonnée ni isolée, mais seulement perplexe par rapport au corps médical, même si devant cette diversité de symptômes je peux comprendre que c’est compliqué pour eux”, commente-t-elle sa situation. Pour se sentir moins démunie, elle a pu se rassurer quelque peu en échangeant avec des patients Covid qui expérimentent des troubles similaires, sur les réseaux sociaux, où plusieurs groupes sont dédiés à ce qu’on appelle le “Covid long”.
Dix mois après avoir été contaminée, Laura insiste toujours sur les risques que représente le Covid. “Je sais maintenant que ce n’est pas une maladie banale, anodine. Mais j’ai quand même l’impression que des personnes pensent toujours que le Covid n’existe pas”, se désole-t-elle. Souffrant toujours de symptômes presqu’un an plus tard, elle dit même ressentir une certaine suspicion lorsqu’elle les décrit aux autres. “On a souvent l’impression, dans notre entourage, qu’on ne nous croit pas. On pense qu’on est feignant alors qu’on est fatigué, ou même qu’on est un peu zinzin, c’est pas évident !”.
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