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Jean-Jacques Fock à Saint-Benoît, Kévin Rivière dans les hauts de Saint-Paul, Jean-Max Hoareau à Saint-Joseph, Robin Issarambe à Saint-André… Depuis quelques mois, les disparitions inquiétantes semblent se multiplier dans l’île, donnant lieu à toutes sortes de rumeurs : prostitution, sorcellerie, pédophilie… La plus folle et la plus tenace ? Celle d’un réseau de trafic d’organes. Sur Facebook, les posts se succèdent pour étayer cette thèse. “En sortant de pêche avec deux camarades, sur le coup de 2-3 heures du matin, on a vu deux voitures garées devant une pharmacie et dans le coffre il y avait des glacières“, raconte un jeune pêcheur, laissant entendre que les glacières servent au transport des organes humains. “On retrouve des moitiés de corps, des corps décapités, des ossements déterrés par les chiens… mais personne ne parle !“, s’indigne une jeune femme, inquiète. “Les médias ne doivent pas révéler au public ce qu’ils savent pour ne pas faire paniquer la population et pour ne pas donner d’informations aux éventuels tueurs ou groupes en action“, croit savoir une autre.
Quand les familles enquêtent
Une page Facebook, “Alerte Disparition 974”, a vu le jour pour aider les familles de disparus à relayer leurs annonces sur le réseau social, mais aussi pour dénoncer les “bizarreries” relevées dans l’île. Créée il y a seulement deux semaines, elle compte déjà 1 500 abonnés.
“Depuis l’année dernière, on entend beaucoup parler de disparitions suspectes. Dans une île où on peut difficilement passer les frontières sans se faire remarquer, on est en droit de s’interroger sur ce phénomène, argumente l’administratrice de la page. Il ne faut pas garder l’esprit fermé, mais rester ouvert à toutes les éventualités. Et qu’on le veuille ou non : un trafic d’organes est de l’ordre du possible. Il y a deux ans, personne n’aurait imaginé qu’un virus comme le Covid allait pouvoir soumettre la population mondiale au port du masque et pourtant ça a été le cas. L’idée d’un trafic d’organes n’est pas plus insensée”.
Après des semaines, voire des mois de vaines recherches, certaines familles de disparus finissent elles aussi par prêter foi à la terrible rumeur. Sans nouvelles d’un parent, l’une d’elles a par exemple passé en revue tous les services d’un hôpital avec la ferme intention de révéler au grand jour l’existence d’un lieu de découpes de corps ! Sans rien trouver de semblable, évidemment. (lire notre témoignage).
Aucun élément concret
Sans parler de psychose, l’inquiétude gagne du terrain au sein de la population, alors même qu’aucun élément concret ne permet de valider la thèse d’un tel trafic. D’aucuns pointeront du doigt les multiples disparitions survenues ces derniers mois, mais les forces de l’ordre et les associations à l’écoute des personnes psychologiquement fragiles s’accordent à dire qu’elles ne sont pas inhabituelles pendant les fêtes, une période qui a tendance à accentuer le mal-être des gens. En outre, cette impression que les disparitions se sont multipliées ces derniers temps peut s’expliquer par la forte résonance générée par le nombre de partages sur les réseaux sociaux.
A l’occasion de la journée internationale des personnes disparues, en 2018, nos confrères d’Antenne Réunion avaient révélé que plus de 300 signalements étaient comptabilisés chaque année à la Réunion, la très grande majorité étant des mineurs en fugue. D’après la Gendarmerie de la Réunion, les statistiques n’auraient guère évolué depuis. Rien n’accrédite la thèse d’un trafic d’organes. Malgré l’évidence, de plus en plus de personnes sont convaincues de l’existence d’un réseau criminel dans l’île.
Nathalie Techer
Portés disparus
En France, plus de 40 000 personnes disparaissent chaque année, d’après le Ministère de l’Intérieur. Plus de 30 000 sont retrouvées, mais environ 10 000 signalements restent non-élucidés et classés inquiétants. A la Réunion, on compte plus de 300 signalements par an. Ces disparitions concernent majoritairement des mineurs (fugue, retour tardif…) que l’on finit heureusement par retrouver.
Mort sous X
Lorsque des corps sont retrouvés, ils sont enterrés sous X s’ils ne sont pas identifiés. Leur nombre varie entre 1 000 et 1 500 chaque année dans toute la France. En effet, rien n’oblige les communes à identifier un corps trouvé par un test ADN.
Que faire ?
En cas de disparition inquiétante d’un proche majeur, une enquête peut être ouverte par la police ou la gendarmerie. Une procédure spécifique existe si la personne a disparu à l’étranger. Si la disparition n’est pas jugée inquiétante, aucune enquête officielle ne peut être ouverte. Dans tous les cas, une personne majeure est libre de ne pas entrer en contact avec ses proches lorsqu’elle est retrouvée.
La Gendarmerie de la Réunion répond à nos questions
“Nous travaillons sur les faits, pas les rumeurs“
Alors que l’inquiétude monte au fur et à mesure que la rumeur enfle, la Gendarmerie de la Réunion explique qu’aucun élément ne permet de penser qu’il existe un trafic d’organes dans l’île. Elle rappelle également aux familles l’attitude à adopter en cas de disparition inquiétante.
On entend beaucoup parler de personnes qui disparaissent. N’est-ce qu’une impression ou y’a-t-il effectivement plus de personnes disparues ces derniers mois ?
A notre niveau, nous n’avons rien constaté d’inhabituel pour la période. Il faut se rappeler qu’au moment des fêtes, ou autour de la période qui englobe les fêtes, les personnes qui sont en proie à de grosses difficultés ou qui sont submergées par un profond mal-être passent plus facilement à l’acte qu’en temps ordinaire : ça peut se traduire par une fugue, une fuite, un suicide… En tout cas, il n’y a rien qui nous fait penser qu’il y a une hausse significative de disparitions à la Réunion.
Sur les réseaux sociaux, la rumeur d’un trafic d’organes enfle autour de ces disparitions. Est-ce plausible ?
On trouve de tout sur les réseaux sociaux, il faut savoir trier le vrai du faux. A la Gendarmerie de la Réunion, nous ne nous occupons pas des rumeurs, nous ne travaillons que sur les faits. Et rien n’indique la présence d’un réseau de trafic d’organes dans l’île. Si demain, à l’autopsie des corps retrouvés dans la nature, on découvrait des éléments allant dans ce sens, on enquêterait dessus, oui. Mais il n’y a rien, aujourd’hui, qui nous pousse à nous inquiéter. Il y a des disparitions, c’est vrai, mais elles peuvent s’expliquer par des suicides, des chutes, des accidents… la géographie de l’île est propice à ça. D’ailleurs, dans la très grande majorité des cas, on finit par retrouver les corps. Ça peut prendre quelques jours, comme quelques mois ou quelques années.
Que répondez-vous aux familles de disparus qui estiment que les forces de l’ordre n’en font pas assez sur le terrain ?
Les gens dans la douleur peuvent avoir l’impression qu’on n’en fait pas assez, mais c’est faux. Nous ne mettons aucun frein dans nos recherches, nous nous adaptons simplement à l’environnement et aux événements qui ont conduit à cette disparition… Lorsque cela s’avère nécessaire, nous sortons l’hélicoptère, nous faisons intervenir des plongeurs dans les bassins… Mais plus les jours passent et plus nous réduisons nos moyens. Nous ne pouvons en effet mobiliser des gendarmes sur le terrain pendant des semaines ou des mois.
Pourquoi concentrer les moyens sur les premiers jours et pas sur la durée ?
Dans les cas de disparition inquiétante, les premières heures sont cruciales, or on nous alerte souvent très tardivement. Et malheureusement, plus on attend, moins on dispose de moyens efficaces pour retrouver la personne disparue. Nous disposons par exemple de chiens renifleurs, mais au-delà de 6 heures, la capacité des chiens à remonter jusqu’à la personne recherchée diminue considérablement et nous n’obtenons quasiment plus de résultat. Dans les premières heures, nous pouvons aussi solliciter les opérateurs locaux pour localiser une personne disparue grâce à son portable, mais ce n’est possible que si l’appareil est allumé et que la batterie fonctionne encore. En outre, l’exercice peut prendre du temps, notamment parce que la géolocalisation se fait par antenne relais, et que celle-ci couvre parfois une superficie de plusieurs kilomètres. Sur les sentiers escarpés de la Réunion, il peut donc être extrêmement difficile de retrouver quelqu’un.
Que conseillez-vous aux familles qui pourraient être un jour confrontées à ce type de drame ?
De ne surtout pas perdre de temps avant de faire un signalement auprès des forces de l’ordre. La plupart du temps, on préfère attendre avant de signaler une disparition inquiétante, parce qu’on veut s’assurer que la personne ne s’est pas simplement absentée chez un tonton sans rien dire ou qu’un enfant ne s’est pas rendu chez un copain en cachette… Ce qu’il se passe, souvent, c’est qu’on passe la journée à passer des coups à la famille et aux amis et on attend le soir à 22 heures pour alerter la gendarmerie ! Sans réaliser qu’avec la nuit, on dispose encore moins de moyens pour retrouver la personne disparue et qu’il faut attendre le lendemain avant de démarrer les recherches. On le répète : les premières heures sont cruciales, alors n’attendez plus !
Propos recueillis par Nathalie Techer
Il y a eu “le loto rouge”, la camionnette blanche…
Depuis deux ans, le réalisateur réunionnais Vincent Fontano travaille sur l’écriture d’une série fictive portant sur les disparitions, avec, pour fond, des données réelles. Au fil de ses recherches, il s’est rendu compte que le phénomène ne date pas d’hier à la Réunion. Fait assez étrange : ces disparitions sont même souvent associées à des légendes urbaines.
“Dans les années 60, alors que de nombreux jeunes étaient retirés à leur famille pour être envoyés en métropole, notamment dans La Creuse, on parlait d’un “loto rouge” qui enlevait les enfants dans la rue, rappelle-t-il. Pas plus tard que l’année dernière, on a beaucoup parlé d’une camionnette blanche aux quatre coins de l’île. Et à présent, on parle de trafic d’organes“.
Lui, ne croit pas aux rumeurs, mais s’interroge sur leur source.
“La Réunion a gardé des pratiques ancestrales en héritage. Nous possédons aussi une histoire sensible, marquée par l’esclavagisme et la colonisation. Nous sommes encore habités par tout ça, malheureusement, nous ne prenons pas la peine de raconter comment nous sommes tous arrivés là. Faute de connaissances, on se met à fantasmer et à créer des histoires“.
Le réalisateur met toutefois en garde contre les rumeurs non fondées, qui peuvent pousser une partie de la population à commettre des actes irréfléchis : “Rappelez-vous ces deux Français lynchés et brûlés par une foule en colère, à Madagascar“, évoque-t-il.
C’était en 2013 et les deux hommes en question avaient trouvé la mort parce qu’ils étaient soupçonnés de pédophilie, de meurtre et de trafic d’organes d’enfants. Une enquête avait ensuite révélé qu’il n’en était rien.
Témoignages
“Nous ne vivons plus que pour retrouver notre fils Robin“
Robin Issarambe, 23 ans, est porté disparu depuis le 4 septembre dernier. L’enquête menée par les autorités n’ayant rien donné, ses parents poursuivent leurs propres investigations, organisant dès qu’ils le peuvent des battues dans les endroits où on pense l’avoir aperçu, fouillant les champs de cannes et les forêts, interrogeant les habitants des différents quartiers de Saint-André, là où il réside, mais aussi de Saint-Benoît, où on l’a vu pour la dernière fois, et plus généralement dans toute la région Est… Toutes leurs économies y passent, mais ils l’assurent : ils n’abandonneront jamais les recherches !
Dans cette terrible épreuve, le couple peut heureusement compter sur le soutien de la famille, des amis, mais aussi des membres de l’ARBA, l’association réunionnaise des blessés de l’armée. Avant d’être réformé pour infirmité, Robin a en effet passé trois ans dans l’armée et effectué plusieurs missions à l’étranger. C’est d’ailleurs en raison de ses crises post-traumatiques dus à son séjour dans l’armée, que Robin s’est retrouvé aux urgences de l’hôpital de Saint-Benoît, ce fameux 4 septembre dernier, avant de prendre la fuite et de se volatiliser dans la nature.
“Lorsqu’il est rentré à la Réunion, en 2019, il allait bien, mais un peu après le confinement, l’année dernière, il a commencé à faire des crises, confie son père. Il n’était pas constamment dans cet état, mais quand ça se produisait, il se sentait en danger, comme si dehors c’était la guerre. Il pensait que des gens allaient apparaître pour nous tuer tous, alors parfois il allait se cacher dans les champs de canne… Jusque-là, il revenait toujours. Mais depuis qu’il a quitté l’hôpital, on ne l’a plus jamais revu“.
Le plus dur, pour la famille, est de continuer à avancer sans savoir quoi faire ou quelle piste suivre, et surtout sans savoir s’il est toujours vivant ou non…
L’hypothèse d’un trafic d’organes ? Les deux parents, désespérés, avouent y penser, oui.
“Toutes les disparitions dont on entend parler ces derniers temps soulèvent beaucoup d’interrogations sur les réseaux sociaux, et nous-mêmes, après avoir cherché en vain partout, nous n’excluons pas l’éventualité qu’il ait pu être enlevé pour ses organes, expliquent-ils. C’est simple : comme nous ne disposons d’aucune information, nous nous raccrochons à tout, même à ce qui peut paraître inconcevable. Est-ce qu’il a été enlevé ? Est-ce qu’il s’est suicidé ? Ou est-ce qu’il se cache, tout simplement ? Nous gardons l’esprit ouvert à toutes les possibilités. Mais quoi qu’il arrive, nous n’arrêterons nos recherches que lorsque nous l’aurons retrouvé. Vivant ou mort”.
Si vous avez des nouvelles de Robin Issarambe, contactez la gendarmerie ou sa famille au 06 93 03 72 40.
“Nous avons fouillé l’hôpital à la recherche d’organes humains“
Marie-Jessica n’a plus eu de nouvelles de son père, Jean-Jacques Fock, depuis le 16 novembre dernier. Conduit à l’hôpital de Saint-Benoît pour y subir des examens, l’homme de 60 ans qui était placé sous tutelle dans un foyer de Sainte-Anne, s’est volatilisé peu après son arrivée et n’a plus jamais redonné signe de vie.
“Quand on a demandé à voir les caméras de surveillance, l’hôpital a dans un premier temps refusé, raconte Marie-Jessica. Avec des cousines, je suis donc retournée sur place trois jours après la disparition de mon père, pour faire le tour des services en catimini et voir si on ne trouvait rien de suspect, un service de découpe d’organes par exemple… Vous comprenez, mon père a d’énormes difficultés pour marcher, et il nous était impossible d’imaginer qu’il ait pu disparaître seul comme ça. Avec toutes ces histoires que l’on voit circuler sur les réseaux sociaux, on avait fini par se demander si ce marché d’organes clandestin ne pouvait pas être vrai… Ça peut paraître ridicule après coup, mais à ce moment-là, avec la peur et le désespoir, je ne voulais écarter aucune piste“.
Elles n’ont évidemment rien trouvé. Et quand, une semaine plus tard, l’établissement a autorisé le visionnage des vidéos, Marie-Jessica a pu constater par elle-même que son père s’était bien enfui seul de l’hôpital, en passant par le parking.
“Mais on se demande toujours comment il a pu disparaitre dans la nature, alors qu’il se déplace difficilement : il peut à peine marcher et pour monter les escaliers, il doit être soutenu des deux côtés. Sortir de l’hôpital et traverser un parking est déjà un exploit pour lui“.
Avec les proches, elle l’a cherché dans tous les environs, dans les forêts, les quartiers… Sans succès !
“Aujourd’hui, nous privilégions deux pistes : soit il est tombé quelque part où on ne peut pas le voir et n’a pas pu se relever, soit une personne l’a emmené avec elle en pensant l’aider… Mais alors, pourquoi ne pas avoir averti les autorités ensuite ? Après tous ces mois, nous avons perdu espoir de le retrouver vivant, mais nous pensons toujours pouvoir trouver son corps et lever le voile sur le mystère de sa disparition“.
Si vous avez des nouvelles de Jean-Jacques Fock, dit Ti Fock, contactez la gendarmerie ou sa fille au 0692 11 40 63.
“Kévin a forcément dû faire une mauvaise rencontre“
Le vendredi 8 janvier dernier, aux alentours de 15 heures, Kévin a été aperçu pour la dernière fois par son père à proximité du collège de Bois de Nèfles dans les hauts de Saint-Paul. Un voisin l’a croisé sur le chemin qui mène à son domicile une demi heure plus tard. Depuis, plus personne n’a revu ce jeune homme de 28 ans. Malgré les battues, les avis de recherche placardés un peu partout, le porte à porte dans les villes de l’ouest et du sud, il reste introuvable.
“Kévin n’est pas un garçon à problèmes, nous assure Marie-Olga, sa tatie et marraine, mais également sa principale confidente depuis que sa mère est décédée il y a quelques années. Il mène une vie tranquille chez son père et sa belle-mère, passe ses journées à s’occuper de ses animaux et ne sort jamais en boîte ou dans les bars. De temps en temps il aime bien se balader dans le quartier et discuter avec les gens qu’il croise, mais il rentre toujours à la nuit tombée. Il ne traîne jamais dehors“.
Peut-il s’agir d’une fugue ? Comme les autres membres de la famille, elle n’y croit pas une seule seconde. D’autant que toutes ses affaires sont restées chez lui. Un acte désespéré d’un homme qui en aurait eu assez de la vie ? Là encore, elle exclut cette hypothèse.
“Il s’apprêtait à se présenter à un entretien d’embauche et venait tout juste d’avoir un nouveau portable pour faciliter ses démarches professionnelles, argumente-elle. Il m’a même demandé de l’aider à réaliser son CV. Ce n’est pas l’attitude d’une personne qui veut mettre fin à ses jours. En plus, même si la vie n’était pas rose tout le temps, il était bien, pas du tout dépressif. Non, il lui est arrivé quelque chose, c’est sûr !“
Marie-Olga en est convaincue : Kévin a fait une mauvaise rencontre sur la route qui le menait à son domicile, il y a maintenant une vingtaine de jours. Elle ne pense pas du tout au trafic d’organes, mais juge crédible un racket qui aurait mal tourné.
“On a peut-être voulu lui prendre de force son nouveau téléphone“, émet-elle.
Aujourd’hui, la famille vit dans l’attente d’un coup de fil qui ne vient pas : celui qui annoncerait qu’on a enfin retrouvé le jeune disparu.
“Après avoir effectué les démarches auprès de la gendarmerie, organisé toutes les recherches possibles, nous ne savons plus quoi faire, avoue la marraine en pleurs. Nous ne savons pas s’il est encore vivant, mais nous gardons espoir. Il a besoin de nous, mais que pouvons-nous faire de plus ? Cette situation est invivable“.
Si vous avez des nouvelles de Kévin Rivière, contactez la gendarmerie ou sa marraine au 0692 76 95 09.
Disparu depuis 18 ans : “Les années passent, on ne s’en remet pas“
Floriane n’était âgée que d’un an et demi lorsque son père, Jean-Luc Potaya, a disparu un soir, en allant chercher un paquet de cigarettes à la station service du coin. C’était un 28 août 2003, à Saint-Pierre. Depuis, plus personne ne l’a revu. Ni sa famille, ni ses collègues, ni ses amis. Son unique fille a donc attendu sa majorité, l’année dernière, pour se décider à relancer l’enquête avec le soutien de sa mère.
“Je pense, aujourd’hui, qu’il n’est plus de ce monde, qu’il a été victime d’un accident ou qu’il a fait une mauvaise rencontre sur le trajet le menant à la station et que son corps est caché quelque part à la Réunion, dit-elle. Mais je ne peux pas me contenter de cette conviction. Toutes ces années, j’ai essayé de mener une vie normale. J’y suis plus ou moins arrivée, mais il y a toujours ce vide à l’intérieur de moi et il m’arrive encore aujourd’hui de repenser à cet homme que je n’ai quasiment pas connu en pleurant. Le plus dur dans cette histoire, c’est de ne pas savoir. Si au moins on retrouvait son corps, je pourrais l’enterrer et faire mon deuil. Mais en étant privée de ça, je ne peux pas tourner la page. C’est la raison pour laquelle je veux relancer l’enquête : il me faut des réponses !“.
C’est toujours avec émotion qu’elle se tient au courant des affaires de disparition à la Réunion. “Forcément, ces histoires font écho à la mienne et mieux que personne, je comprends la détresse des proches“. Et lorsqu’elle entend parler d’ossements ou de corps retrouvés ici et là dans l’île, elle ne peut s’empêcher d’espérer une nouvelle la concernant.
“Je reste toujours en alerte, me demandant à chaque fois si c’est lui ou pas… Les années ont beau passer, c’est comme si on était toujours suspendu à cet instant du passé. On ne s’en remet pas d’un tel traumatisme. Jamais“.
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