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Tribune. Le 10 janvier 2021, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a décidé de mettre sur la liste des organisations terroristes le groupe yéménite Ansar Allah, assumant l’administration « de facto » du nord du Yémen, et plus communément connu sous le nom de houthistes. Cette décision va avoir des conséquences humanitaires dévastatrices sur une population civile déjà extrêmement fragilisée par plusieurs années de guerre et dans une situation d’insécurité alimentaire proche de la famine.
L’économie du pays a connu un ralentissement catastrophique ces derniers mois du fait de la pandémie de Covid-19, rendant la nourriture et les produits de première nécessité inabordables pour la plupart des ménages. Actuellement, 24 millions de personnes au Yémen ont besoin d’une aide alimentaire pour survivre. On estime aujourd’hui que le nombre de personnes vivant dans une situation proche de la famine serait de 16 500 personnes et que ce chiffre pourrait atteindre 47 000 entre janvier et juin 2021.
Plus largement, c’est près de cinq millions de personnes qui risquent de souffrir d’insécurité alimentaire aiguë dans les prochains mois. Ce sont les pires projections des deux dernières années dans le pays et la réalité pourrait être bien pire. On ne compte plus les exemples de familles se présentant auprès des ONG après avoir perdu travail et toutes sources de revenus et faisant face aux plus grandes difficultés.
Un risque de fermeture des agences humanitaires
La décision de l’administration Trump risque de compliquer encore davantage, voire de rendre impossible notre travail dans le nord du pays et l’apport d’une aide humanitaire pourtant essentielle à des millions de Yéménites. Si la décision de l’administration Trump de mettre les houthistes sur la liste des organisations terroristes se confirme dans les jours qui viennent, des agences humanitaires risquent de devoir fermer leurs bureaux dans le nord du pays, sous contrôle houthiste et où vit 70 % de la population.
En effet, cela empêchera ou limitera très fortement notre capacité à transférer des fonds dans le pays pour financer nos projets, payer nos employés ou acheter du matériel sur place nécessaire au bon fonctionnement de nos opérations. Avec une telle décision, nous pourrons également être poursuivis pour avoir discuté avec les autorités des zones où nous intervenons, alors que l’essence même de notre travail, confirmé par le droit international humanitaire, est de pouvoir parler à tous, de manière neutre et indépendante, pour aider les personnes dans le besoin.
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