Avec les « nouvelles routes de la soie », les pays pauvres pris dans le « piège de la dette »

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Un nouveau tunnel bâti au cœur de la vallée de Gojal, dans le nord du Pakistan frontalier de la Chine, en septembre 2015.

Après les « nouvelles routes de la soie », le mur de la dette. Les dizaines de milliards de dollars prêtés par Pékin pour inciter les Etats concernés par ce programme à construire des infrastructures risquent de conduire les pays pauvres et émergents à des défauts de paiement en série. En effet, la pandémie de Covid-19 a considérablement affaibli leurs capacités de remboursement. Les recettes fiscales ont diminué en raison du ralentissement économique, les dépenses ont crû pour faire face à la crise sanitaire et sociale, et, pour certains d’entre eux, les revenus dégagés par les exportations de matières premières se sont taris du fait de la chute des cours. Selon le Fonds monétaire international, la moitié des pays pauvres et émergents risquent de connaître – ou connaissent déjà – une crise de la dette.

En décembre 2020, des chercheurs de l’université de Boston ont montré que la Chine leur avait prêté des sommes considérables entre 2008 et 2019 : 462 milliards de dollars (380 milliards d’euros, au cours actuel), soit l’équivalent des prêts de la Banque mondiale sur la même période, dont la moitié pour mener à bien des projets d’infrastructures. Pékin détient désormais 63 % de la dette combinée due aux pays membres du G20, contre 45 % en 2013. Cette politique s’est arrêtée net en 2016. Les prêts accordés à l’étranger par les deux grands établissements chinois, la China Development Bank et l’Export-Import Bank of China sont passés de 75 milliards à 4 milliards de dollars entre 2016 et 2019. En Afrique, ils se sont effondrés à 8,9 milliards de dollars en 2018 contre 29,4 milliards deux ans plus tôt.

Les risques d’un surendettement sont financiers et politiques. « Les défauts de paiement risquent de creuser le déficit courant chinois et ils fragilisent les entreprises chinoises qui construisent les infrastructures dans les pays pauvres avec l’argent de la dette, explique Kevin P. Gallagher, directeur du Global Development Policy Center à l’université de Boston. L’image de la Chine pourrait aussi se détériorer, ce dont pourrait profiter son rival américain. »

Le poids croissant de la Chine dans les pays traversés par ces « nouvelles routes de la soie » est parfois vivement critiqué. Au Pakistan, qui a investi 50 milliards de dollars dans des infrastructures, plusieurs ressortissants chinois ont été pris pour cible. Le groupe d’insurgés de la Sindhudesh Revolutionary Army, qui accuse la Chine d’« occuper de force leurs terres », a tenté à deux reprises, en décembre 2020, d’assassiner plusieurs ressortissants chinois à Karachi. Un autre groupe, la Baloch Liberation Army, a tué plusieurs policiers dans l’attaque, en juin 2020, de la Bourse de Karachi, détenue à 40 % par la Chine.

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