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La polémique gronde au Mexique après l’abandon, jeudi 14 janvier, des poursuites judiciaires contre l’ancien ministre de la défense, Salvador Cienfuegos, accusé de narcotrafic par Washington. Sous la pression de Mexico, le général à la retraite avait été libéré, mi-novembre 2020, par la justice américaine, puis rapatrié dans son pays pour y être mis en examen. La décision du parquet mexicain de blanchir le haut gradé provoque, des deux côtés de la frontière, une flambée de critiques sur l’impunité des militaires.
« La DEA [Agence antidrogue américaine] a fabriqué l’affaire du général Cienfuegos », a assuré, vendredi, le président mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador (« AMLO »). La veille, le parquet avait annoncé dans un communiqué avoir mis fin, « faute de preuves », aux charges contre l’ancien ministre qui avait mené la lutte antidrogue de 2012 à 2018. M. Cienfuegos (72 ans) avait pourtant été arrêté, le 15 octobre, à l’aéroport de Los Angeles. La DEA l’accusait de blanchiment d’argent et de narcotrafic, entre 2015 et 2017, pour le compte des héritiers du cartel des frères Beltran Leyva.
Cette inculpation, inédite aux Etats-Unis d’un militaire de son rang, avait provoqué l’ire de Mexico, qui n’avait pas été averti de l’enquête. L’affaire montrait la méfiance des autorités américaines envers des institutions mexicaines jugées corrompues. En représailles, Mexico avait menacé d’expulser les agents de la DEA présents sur son sol. Le département américain de la justice avait alors cédé. Le 18 novembre, les charges contre M. Cienfuegos ont été abandonnées par la Cour de New York, qui a libéré le général, rapatrié dans la foulée au Mexique, où les autorités s’étaient engagées à le poursuivre.
Pas d’indices
« Il serait suicidaire de ne pas enquêter sur lui », avait rassuré à l’époque le ministre des affaires étrangères, Marcelo Ebrard. Mais aucun mandat d’arrêt n’a jamais été émis contre le militaire. L’accusé a néanmoins été interrogé par le parquet, qui a ouvert une enquête sur la base du dossier judiciaire de 743 pages transmis par la DEA. Ce dernier comporte des enregistrements téléphoniques et des messages entre des narcotrafiquants, mentionnant « El Padrino », surnom qu’ils avaient donné à M. Cienfuegos. Le parquet mexicain a pourtant assuré, jeudi, que l’ex-ministre « n’a pas eu de communication, ni n’a accompli d’actes tendant à protéger ou à aider ces individus ». Pas non plus d’indices sur « des revenus illégaux ». Le lendemain, AMLO a enfoncé le clou : « On ne peut pas inventer un délit. »
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