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Chronique. C’était un temps (pas si) lointain où l’Europe symbolisait l’espoir d’une liberté nouvelle : la libre circulation des hommes et des marchandises entre les douze Etats qui la composaient. Autrement dit, la suppression de ces frontières pour lesquelles les Européens s’étaient si longtemps entretués.
Dans cette perspective, fut conclue, en juin 1990 à Dublin, une convention européenne censée tirer les conséquences en matière de droit d’asile, de l’ouverture de ce nouvel espace de liberté. Trente ans plus tard, la convention de Dublin est devenue le symbole du grand chaos européen de l’asile, au point que la Cimade, vénérable organisation d’aide aux migrants, la qualifie de « machine infernale ».
Le texte de 1990, retouché depuis lors et devenu un règlement de l’UE, signe une double impuissance – à organiser la solidarité en matière d’accueil et à harmoniser les critères d’admission – qui distille le poison lent de la xénophobie sur le continent. Non seulement cette usine à gaz juridique malmène les droits humains en alimentant l’errance au long cours, de camps de fortune indignes en centres de rétention, de centaines de milliers de demandeurs d’asile, mais elle se révèle si inefficace que les migrants déboutés ou inéligibles dans un pays, tentent leur chance ailleurs.
Une « bonne idée » inapplicable
L’idée de la convention de Dublin visait précisément l’inverse. Il s’agissait de préserver le droit d’asile dans le contexte du nouvel espace ouvert européen dont les migrants, comme les citoyens européens, allaient profiter. L’Europe, confrontée à l’afflux de demandeurs d’asile consécutif à la chute du rideau de fer, avait deux idées en tête : empêcher les migrants d’utiliser la libre circulation pour déposer des demandes dans plusieurs Etats, et permettre à chaque dossier d’être examiné par l’un des Etats au lieu d’être ballotté de pays en pays. D’où la détermination, par le texte, d’un Etat unique compétent : le premier où le migrant a posé les pieds.
La « bonne idée » de 1990 s’est révélée inapplicable. Elle a fait porter un poids insupportable aux pays périphériques comme l’Espagne, l’Italie et la Grèce. Elle a aussi généré des stratégies d’évitement chez les demandeurs d’asile dont la destination est liée à des logiques linguistiques, diasporiques, historiques, et se plie difficilement à un choix bureaucratique aveugle. Ce constat n’est pas nouveau. Le débat sur la réforme de la convention de Dublin agite l’UE depuis des années, en particulier depuis la vague migratoire de 2015-2016 provoquée par la guerre civile syrienne.
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