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EnquêteLes travaux à la frontière mexicaine se sont accélérés avant l’investiture de Joe Biden, le 20 janvier. Si le président élu a promis l’arrêt du chantier, militants écologistes et tribus indiennes rêvent, eux, de voir tomber le mur.
La bourgade d’Ajo, à l’extrême sud de l’Arizona, n’est pas de ces endroits où la population a fêté la victoire de Joe Biden. Une semaine après l’élection, nombre d’habitants n’étaient pas encore convaincus du résultat – au point que les partisans du candidat démocrate préféraient rester discrets. A 65 km de la frontière mexicaine, la localité est divisée sur l’immigration, et plus particulièrement sur le mur que Donald Trump a décidé de léguer à l’Amérique. « Il y a des gens qui construisent le mur, et d’autres qui essaient d’empêcher le passage des bétonneuses », explique Steven Jarrett, un philanthrope du Maryland venu s’installer dans ce havre désertique du Sud-Ouest américain.
Ajo, 4 000 habitants, est une « company town », l’une de ces villes que les employeurs construisent pour loger les ouvriers. Dans les années 1920, elle a abrité la mine de cuivre la plus importante de l’Arizona, New Cornelia. L’exploitation a cessé en 1985, mais le site est resté en l’état : un cratère d’un diamètre de 1,6 km, dont les remblais entourent la ville comme un cirque. En 1990, l’association International Sonoran Desert Alliance, qui rassemble les trois communautés de la région – Anglos, Mexicains, Indiens Tohono O’odham –, a transformé le collège datant de 1919 en résidence d’artistes. Ajo est devenue l’une des communautés artsy qui prospèrent dans le désert américain, du Texas au Sud californien.
Des dizaines d’engins de construction
Joe Biden aura fort à faire pour réconcilier les camps. Au motel La Siesta, la gérante n’est pas sûre que le mur serve à grand-chose – « ils continueront à passer en dessous, au-dessus… ». Mais l’hôtel est plein, grâce aux ouvriers de la construction. Et pour les entendre constamment se plaindre des sabotages sur le chantier, elle « comprend » leur colère. La tonalité est tout autre autour de l’église Immaculée Conception, de style colonial espagnol. « No Border Wall ! », clament les panneaux dans les jardins. « Revitalisation, pas militarisation », exige une fresque murale de l’allée des Artistes.
Tous les jours, la localité voit passer des dizaines de camions, pelleteuses et autres engins de construction, drapeau orange flottant au vent. Ils filent plein sud sur la route 85. Au poste-frontière de Lukeville – une épicerie, une station-service et un bureau de poste estampillé « Gringo Pass » – le calme est trompeur. Aussitôt arrivés, les camions s’éparpillent le long de la frontière, sur une piste interdite à la circulation.
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