L’Uttar Pradesh, laboratoire de l’extrémisme hindou

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Le chef du gouvernement de l’Uttar Pradesh, Yogi Adityanath (à gauche), avec le premier ministre indien Narendra Modi, à Meerut, le 28 mars 2019.

Il est habillé de safran, la couleur des hindous, de sa toge jusqu’à ses tongs. Le crane rasé, une marque rouge sur le front, Yogi Adityanath cultive l’image d’un ascète dévoué à l’hindouisme. Le cartilage de ses oreilles est fendu par une boucle d’oreille, signe de reconnaissance des membres du mouvement religieux des Nath Yogi, dont la légende assure qu’ils sont dotés de pouvoirs magiques surhumains acquis par des rituels, une pratique alchimique et la discipline du yoga.

Ajay Singh Bisht, de son vrai nom, 48 ans, célibataire, est à la fois un moine hindou, responsable du monastère de Gorakhpur, le plus important pour la communauté hindoue des Nath Yogi, et, depuis 2017, le chef du gouvernement de l’Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé d’Inde avec environ 200 millions d’habitants, et l’un des plus pauvres. Après trois ans de pouvoir, l’homme, d’allure plutôt frêle, qui ne s’exprime qu’en hindi, incarne le visage de l’hindouisme extrême. On lui prédit un destin national en tant que successeur possible de Narendra Modi, le jour où le premier ministre indien quittera le pouvoir. L’homme, omniprésent dans les médias, terrorise autant qu’il fascine.

Le credo de Yogi Adityanath : « Je suis contre tous ceux qui sont contre l’hindouisme. Mon programme est l’hindouisme. »

Les défenseurs des droits de l’homme en frémissent, tant son Etat est devenu le laboratoire de l’Hindutva, une idéologie suprémaciste inventée dans les années 1920 visant à instaurer une Inde hindoue au détriment des autres religions, en particulier l’islam. Sa dernière décision, la criminalisation des mariages interreligieux, le « love jihad », n’est que l’ultime avatar d’une politique de stigmatisation systématique des musulmans. Yogi Adityanath est en croisade. Il ne s’en cache pas. A ceux qui lui demandent s’il est islamophobe, il répond : « Je suis contre tous ceux qui sont contre l’hindouisme. Mon programme est l’hindouisme. »

Son parcours témoigne d’une extrême imbrication de la religion et de la politique, dans une Inde où la laïcité est inscrite dans la constitution. Le jeune homme a 21 ans quand il renonce à une vie familiale et entre, après des études de mathématiques, au monastère de Gorakhpur, situé dans la vallée de la Karnali, l’un des principaux affluents du Gange, grâce à son oncle Mahant, grand prêtre – la fonction suprême. A son arrivée, il est rebaptisé Yogi Adityanath et prend en charge des activités administratives et politiques. « Dès le départ, c’est un politique », explique Véronique Bouillier, anthropologue, spécialiste des Nath Yogi, qui vient de publier une étude sur le chef de l’Uttar Pradesh dans la revue en ligne Samaj.

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