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Chronique. On la dit volontiers lourde, bureaucratique et fragile. Elle sait pourtant se montrer rapide, efficace et résiliente. Malgré l’inquiétante seconde vague de la pandémie de Covid-19, en dépit des atermoiements autour du Brexit, l’Union européenne (UE) termine l’année sur une série de victoires symboliques.
Le 10 décembre, les dirigeants des Etats membres se sont enfin entendus sur le plan de relance de 750 milliards d’euros, discuté depuis mai. Il aura fallu des heures de négociations et de psychodrames pour vaincre les réticences de Budapest et Varsovie, initialement opposées au conditionnement du versement des fonds au respect de l’Etat de droit.
Dans la foulée, les Européens sont convenus d’accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 : ils allégeront celles-ci de 55 % par rapport au niveau de 1990, contre 40 % jusqu’ici prévu. Hyperactive ces dernières semaines, la Commission européenne a également dévoilé, le 15 décembre, une salve de mesures destinées à limiter la surpuissance des géants du numérique, en particulier celle des GAFA américains.
Ne jamais désespérer de l’Europe. Alors qu’elle traverse la plus violente crise économique depuis 1945, la voilà plus solidaire, engagée vers la transition écologique, armée d’un plan de relance considérable, dont une partie sera versée sous forme de subventions. C’est un pas de géant. Reste à savoir s’il sera suffisant pour affronter les nombreux chantiers à l’agenda de 2021 – à commencer par la maîtrise de la pandémie. Comme bien souvent en matière européenne, les Cassandre désespèrent du verre à moitié vide, tandis que les optimistes célèbrent le verre à moitié plein.
Marchandages politiques intempestifs
Sur le front économique, trois grands défis seront à l’ordre du jour. Le premier sera de réussir la relance. Car s’entendre sur un plan ne suffit pas : encore faut-il le dépenser, vite et bien. La tâche est moins aisée qu’il n’y paraît. Les Etats ont pour mission de flécher sur leur territoire les projets d’investissement susceptibles de bénéficier de l’argent européen, tout en répondant à l’objectif de verdissement. Ce fléchage prend du temps. Il fait parfois l’objet de marchandages politiques intempestifs, ou bien s’égare dans les tuyauteries administratives. Pour ces raisons, certains Etats, notamment l’Italie, ont toujours du mal à absorber les fonds structurels européens classiques. Feront-ils mieux avec le plan de relance ?
Même s’ils y parviennent, les enveloppes n’arriveront pas avant mi-2021. D’ici là, les Etats devront prolonger les aides d’urgence, afin de limiter les faillites, contenir la hausse du chômage et éviter le chaos social. Une reprise à deux vitesses risque de se dessiner alors : les pays du nord, plus solides financièrement et industriellement, repartiront plus vite que ceux du sud, très exposés à l’effondrement du tourisme, et aux marges de manœuvre financières limitées. La cohésion européenne sera mise à rude épreuve lorsque les discussions sur les règles budgétaires, pour le moment suspendues, reviendront. Les « frugaux » (Autriche, Danemark, Finlande, Pays-Bas, Suède) pourraient s’impatienter face aux Etats nécessitant un soutien prolongé, redoute déjà le think tank European Council on Foreign Relations.
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