vingt-cinq ans après, la « génération perdue » de l’accord de Dayton

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Publié aujourd’hui à 14h28, mis à jour à 18h21

Il y a eu la « génération de la guerre », assassinée, meurtrie, sacrifiée sur l’autel du retour des nationalismes. Vingt-cinq ans plus tard, il y a la « génération perdue », celle d’un après-guerre absurde dans un pays fracturé et exsangue, où les lueurs d’espoir sont tellement rares…

La Bosnie-Herzégovine ne célébrera pas le 25e anniversaire de l’accord de paix de Dayton, négocié par la diplomatie américaine et signé à l’Elysée le 14 décembre 1995. Seules quelques conférences seront organisées par des ambassades étrangères à Sarajevo ou aux Etats-Unis, sans que presque personne dans le pays y prête attention. En soi, cette absence de commémoration du jour de la paix est révélatrice de ce qu’il signifie véritablement en Bosnie : un utile cessez-le-feu après quatre années de guerre (1992-1995), mais un accord qui ne satisfaisait personne à l’époque, et ne convainc pas davantage aujourd’hui.

L’accord de Dayton a consacré la division territoriale, politique et communautaire souhaitée par les deux puissants voisins de la Bosnie-Herzégovine, la Serbie et la Croatie, et par les forces nationalistes bosno-serbes et bosno-croates. Le camp gouvernemental bosnien est lui-même tiraillé entre une force nationaliste bosniaque musulmane dominante, et un mouvement multiethnique qui a clairement perdu la guerre, en dépit de foyers de résistance tels qu’à Sarajevo, la capitale assiégée durant près de quatre ans par l’armée serbe.

Dayton fut l’outil idéal pour prolonger dans la paix les objectifs de guerre

A Dayton, les trois partis nationalistes arrivés au pouvoir cinq ans plus tôt, au moment de l’effondrement de la Yougoslavie, furent ainsi les vainqueurs, et ceux qui défendaient l’idée que les Bosniens puissent vivre ensemble furent les perdants. Aucun représentant antinationaliste ne fut d’ailleurs convié à la table des négociations, puisque ne contrôlant aucun territoire. Dayton fut l’outil idéal pour prolonger dans la paix les objectifs de guerre.

Le résultat est une division du pays, depuis vingt-cinq ans, en officiellement deux « entités » – la Fédération croato-bosniaque et la République serbe –, et en réalité en trois territoires séparés, les régions bosno-croates ayant de facto conservé autant d’autonomie que les régions bosno-serbes vis-à-vis d’un pouvoir central inopérant. Le pays est ainsi dirigé par trois forces nationalistes contrôlant chacune leurs institutions, leur économie, leurs systèmes judiciaire et éducatif. Trois « vérités » sur la guerre s’y affrontent, irréconciliables. Les écoles enseignent trois histoires, trois visions du monde incompatibles. La corruption et le népotisme règnent. Les instituts de recherche estiment, en l’absence de statistiques vérifiables, qu’après la saignée de la guerre, la moitié de la population de 1995 a continué à quitter le pays durant la paix.

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