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Pertes et profits. Le Royaume-Uni a toujours revendiqué son autonomie et n’a jamais craint la solitude. Mais avec les négociations qui traînent sur sa sortie de l’Union européenne (UE), il fait chaque jour l’apprentissage de la difficulté à se brouiller avec ses amis d’hier. Un nouveau sujet vient s’inviter sur la liste déjà très longue des dossiers à engager en urgence par Boris Johnson dès le 1er janvier prochain, quand les amarres seront définitivement larguées avec le Vieux Continent.
La secrétaire d’Etat au commerce international, « Liz » Truss, a ainsi indiqué ce mercredi 9 décembre que son pays avait décidé de ne plus appliquer de taxes douanières sur les produits américains, dont les avions Boeing, comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC) lui en avait donné le droit. Une décision souveraine et un geste envers les Etats-Unis qui cache un imbroglio juridique, politique et industriel. Airbus, furieux de cette décision, est à la tête d’une filière qui emploie 100 000 personnes dans le pays.
Cela fait seize ans que Boeing et Airbus s’accusent mutuellement de concurrence déloyale par le biais de subventions. Le très long procès, arbitré par l’OMC, a trouvé une première issue en 2019 quand l’institution a autorisé Washington à imposer pour 7,5 milliards de dollars de droits de douane aux produits européens, avions bien sûr, mais aussi vins et spiritueux, dont le célèbre Scotch whisky.
Négociation ardue
Un an plus tard, l’OMC rendait un jugement symétrique sur les aides à Boeing. Bruxelles s’est donc empressé de répliquer, en novembre 2020, par un arsenal de taxes d’une valeur de 4 milliards d’euros. C’est la partie britannique de cet « impôt » que Liz Truss va annuler, grâce à son indépendance retrouvée, dit-elle.
Ce n’est pas si simple. La plainte avait été déposée par l’UE, qui négociait comme toujours au nom de ses 28 membres. En théorie, même si ce cas inédit doit faire jurisprudence, Londres ne sera plus habilité l’an prochain à taxer des produits au nom d’une autorisation accordée par l’OMC à l’Europe et non à ses membres.
Le pays n’avait donc pas le choix. Mais il présente cela comme un geste d’apaisement vis-à-vis des Etats-Unis, dans la perspective de la négociation prochaine d’un accord commercial, qui promet d’être aussi ardue que celle du Brexit. Les premières tentatives avaient buté sur l’agriculture… Mme Truss aura donc beaucoup de travail en 2021. Des accords ont déjà été conclus avec le Japon et le Canada. Mais le plus gros reste à venir avec les Etats-Unis et la Chine. Le rapport de force ne sera plus le même et le pays pourrait bien réaliser que la solitude est parfois l’ennemie de l’autonomie.
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