quand la race et le genre déterminent le diagnostic de la schizophrénie

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Livre. C’est une enquête minutieuse que retrace Jonathan M. Metzl dans Etouffer la révolte. La psychiatrie contre les Civils Rights, une histoire du contrôle social (Autrement). Pendant quatre ans, le psychiatre américain a plongé au cœur de quelque 624 boîtes d’archives de l’hôpital d’Etat d’Ionia (Michigan) pour criminels pénalement irresponsables, mais aussi de millions de morceaux de musique populaire, de romans, d’articles de presse, de publicités, de films… Le résultat en est surprenant. Avec force détails, il retrace l’évolution du diagnostic de la schizophrénie au sein du corps médical au XXe siècle – et de sa perception populaire. Il montre comment l’histoire raciale des Etats-Unis a fortement influencé l’institution médicale au point qu’elle a fait de la schizophrénie une maladie touchant tout particulièrement les hommes noirs au moment de la lutte pour les droits civiques.

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Epluchant les dossiers des criminels envoyés dans cet asile spécifique et examinant les rapports médicaux et les échanges patients-médecins des dossiers estampillés « Blancs » et « Nègres », Jonathan Metzl constate que, dans les années 1920-1930, la majorité des schizophrènes sont des femmes blanches issues de la classe moyenne rurale, arrêtées pour trouble à l’ordre public, tentative de suicide ou vol à l’étalage. Elles sont jugées inoffensives mais défaillantes en ce qu’elles ne sont pas des épouses modèles. Le cas d’Alice Wilson est saisissant. Sa fiche d’admission révèle qu’elle est incarcérée pour « s’[être] mise à divaguer et à embarrasser son mari ». Elle montrait des signes de confusion et parlait trop fort. Sur d’autres, l’on peut lire « cette patiente n’était pas capable de s’occuper dignement de sa famille » ou « n’est pas en mesure de faire le ménage ».

« Psychose de la révolte »

Tout bascule dans les années 1960 alors que Detroit, à 130 km d’Ionia, est l’un des épicentres de la lutte pour les droits civiques. A cette époque, de prestigieuses revues médicales et de nombreux psychiatres, à l’instar de Walter Bromberg et Franck Simon, « décrivent la schizophrénie comme une “psychose de révolte” en vertu de laquelle les hommes noirs développent “des sentiments hostiles et agressifs” et “des délires anti-Blancs” après avoir entendu les discours de Malcolm X, rejoint les Frères musulmans ou rallié les groupes prêchant la résistance militante face à la société blanche. »

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A la fin des années 1960, plus de 60 % des patients de l’hôpital d’Ionia sont des « hommes noirs, schizophrènes, “dangereux et paranoïaques”, originaires pour la plupart des quartiers populaires de Detroit » contre à peine 12 % en moyenne entre 1920 et 1950. En fait, « certains patients, constate Jonathan Metzl, devenaient schizophrènes, non plus à cause de leurs symptômes cliniques mais parce que les critères de diagnostic avaient changé. »

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