en Espagne, Amnesty International dénonce les violations de droits infligées aux personnes âgées dépendantes

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Un personnel hospitalier prodigue des soins à une personne âgée atteinte de Covid-19, le 16 avril au service de réanimation de l’hôpital Povisa, à Vigo, dans le nord-ouest de l’Espagne.

Pendant quatre jours, Elena Valero n’a cessé d’insister pour faire hospitaliser son père. En vain. Atteint du Covid-19 dans la résidence pour personnes âgées où il se trouvait confiné, à Madrid, il n’a pas eu d’autre choix que d’attendre la mort. « Le médecin m’a dit qu’il avait l’interdiction de transférer les malades de résidences dans les hôpitaux et qu’il ne pouvait que lui donner de l’oxygène et des soins palliatifs, de la morphine, jusqu’à ce que son corps lâche », raconte cette femme, avec émotion, dans une vidéo d’Amnesty International, diffusée le 3 décembre. Interdit de visite, son père est ainsi décédé seul, à 300 mètres de chez elle, durant la première vague de la pandémie, sans qu’elle ne puisse « lui tenir la main » une dernière fois.

Son histoire, terriblement banale en Espagne où plus de 23 000 résidents d’Ehpad sont décédés du Covid-19, fait partie des dizaines de témoignages, rassemblés par l’ONG dans son enquête, réalisée à partir d’une centaine d’interviews auprès de familles, de personnels et de médecins de Madrid et de Catalogne. Le titre est révélateur : « Abandonnés à leur sort : le manque de protection et la discrimination des personnes âgées dans les résidences durant la pandémie Covid-19 en Espagne ».

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La conclusion est sans appel : « La décision de ne pas transférer les résidents dans les hôpitaux a été appliquée de manière générale, automatique et en bloc, sans mener d’évaluations individualisées », souligne Esteban Beltran, directeur d’Amnesty International Espagne, qui dénombre cinq droits bafoués : le droit à la santé, à la vie, à la non-discrimination des personnes âgées, à la vie privée en famille et à une mort digne.

« Nous ne sommes pas naïfs, nous savons ce qu’est une pandémie, mais la solution ne peut pas être de violer des droits et de discriminer des personnes en fonction de leur âge et du lieu où elles vivent, souligne Ignacio Jovtis, l’enquêteur de l’ONG chargé du rapport. Des personnes de 100 ans qui vivaient dans leur maison ont été hospitalisées, mais d’autres de 80 ans n’y ont pas eu droit parce qu’ils étaient en résidence. »

Davantage de moyens humains

L’ONG a pu constater que dans les EHPAD, durant la première vague, il manquait parfois plus de la moitié du personnel. « Les mesures d’austérité et les coupes budgétaires imposées dans la santé à la suite de la crise économique ne sont pas étrangères au manque de personnel et de moyens », ajoute M. Jovtis. Dépourvus de tenue de protection, les employés utilisaient des sacs-poubelles pour s’occuper des résidents et beaucoup tombaient malades. Il n’y avait pas de test, pas de médecin ni d’infirmière disponible, malgré les annonces selon lesquelles les résidences allaient être « médicalisées ».

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