Les Européens font enfin avancer l’union bancaire

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Le président de l’Eurogroupe, Paschal Donohoe (à l’écran) et Paolo Gentiloni, le commissaire en charge de l’économie, à Bruxelles, le 30 novembre.

Décidément l’Europe bouge. Lundi 30 novembre, elle a franchi un pas important dans la construction d’une union bancaire plus aboutie, alors qu’il y a encore un an, les divisions traditionnelles entre le sud et le nord du continent empêchaient toute avancée. A l’issue d’une réunion en visioconférence, les vingt-sept ministres des finances se sont en effet entendus pour que le Mécanisme européen de stabilité (MES), ce fonds de sauvegarde créé en 2012 quand l’union monétaire menaçait d’exploser, puisse intervenir, en dernier ressort, en cas de crise bancaire. « C’est une étape cruciale », s’est félicité Paschal Donohoe, le président de l’Eurogoupe, tandis que Paolo Gentiloni, le commissaire en charge de l’économie, célébrait un « grand succès ».

Un petit retour en arrière s’impose pour mieux comprendre la portée de ce qui se passe aujourd’hui. Après la crise des subprimes en 2008 qui a mis à terre le secteur bancaire, les Européens ont d’abord accru les exigences en termes de fonds propres pour les établissements financiers et renforcé les mécanismes de supervision. Ils ont également mis en place un fonds abondé par les acteurs du secteur – le fonds de résolution unique – qui a pour mission de voler au secours des banques en difficulté, et donc d’éviter que l’argent du contribuable soit utilisé à cet effet, comme cela a alors été le cas il y a dix ans. Tout en sachant pertinemment que ce fonds – doté de 55 milliards d’euros – n’a pas les moyens de faire face à la chute d’une grosse banque. Et qu’en dernier ressort, donc, les Etats seraient appelés à la rescousse.

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Consolider le dispositif

Dès lors, il fallait consolider ce dispositif. Avec une force de frappe de 410 milliards d’euros, le MES pouvait faire partie de la solution, en tenant à la disposition du fonds de résolution unique une ligne de crédit qui permettrait à ce dernier de doubler ses moyens, à 110 milliards d’euros. Avant d’y consentir, plusieurs pays, dont l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Finlande – réticente à ce que les Européens financent ainsi de manière solidaire les dérives d’une banque –, exigeaient que les établissements dont les bilans étaient les moins solides (pour beaucoup dans le sud de l’Europe) réduisent la part de leurs créances douteuses.

Dans le même temps, les Vingt-Sept souhaitaient que le MES ait des moyens accrus pour surveiller et intervenir dans des pays présentant des déséquilibres économiques. Entre autres, qu’il puisse faciliter la restructuration de leurs dettes. Impensable pour l’Italie, et la Ligue de Matteo Salvini. En décembre 2019, donc, même si la réforme du MES, articulée autour de ces deux piliers, était prête, elle est restée dans les cartons.

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