[Economie] Faire des entrées sans nouvelles sorties ? Le casse-tête des cinémas de l’île

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Frappés par le couvre-feu, les cinémas de métropole ont dû fermer depuis déjà la fin octobre. Et ont ainsi mené à la suspension, voire l’annulation, des sorties de films. Résultat : si à La Réunion les salles sont toujours ouvertes, elles doivent rivaliser de créativité pour attirer les spectateurs… sans nouveautés, notamment côté blockbusters. 

Sombre période pour les salles obscures. Si La Réunion a la chance de garder ses cinémas ouverts en ce moment, en l’absence de couvre-feu ou de confinement, les films à l’affiche ont parfois un goût de déjà-vu. Et pour cause, il faut en quelque sorte “recycler” les précédentes sorties pour pallier les annulations. Depuis plusieurs semaines, l’activité des cinémas de la France confinée étant réduite à zéro, les distributeurs de films ont également réduit la leur. Et La Réunion en dépend également. Résultat : depuis la fin octobre, il n’y a plus vraiment de nouvelles sorties cinéma sur l’île, où les salles obscures ont pourtant rouvert depuis le mois de juillet. Les sorties du mois de novembre ont été décalées, voire annulées. 

Il faut donc ruser pour satisfaire les cinéphiles, quitte à adopter des prix plus avantageux, comme a décidé de le faire le réseau ICC (Investissements et commerce cinéma) pour l’ensemble de sa programmation hors événements : 5 euros au lieu des 6 ou 9 euros habituels. Mais de toute façon, la grande majorité des films à l’affiche le sont depuis déjà plusieurs semaines. Parmi les plus de 25 films proposés sur l’ensemble des salles du réseau depuis la réouverture de juillet 2020, on peut encore retrouver à l’affiche en novembre des oeuvres telles que “Les Apparences”, “Les Héros ne meurent jamais” ou “Le Bonheur des Uns”, sortis en septembre, ou encore “Les Blagues de Toto” en août. Et la prochaine sortie sur l’île, la comédie “Jojo Rabbit”, est prévue pour le 16 décembre. Le titre était déjà sorti dans les salles obscures de métropole en janvier 2020, mais n’avait pas encore été diffusé à La Réunion.

 

Des “ciné-discussions” et des films de la zone chez ICC 

 

“Il y a des spectateurs quand même, tout un public de personnes qui n’avaient pas eu l’occasion de venir voir le film avant”, constate Arnaud Rondeau, responsable marketing du réseau ICC. Lequel a trouvé la parade pour rendre plus attractifs des oeuvres déjà vues précédemment, en organisant des séances-débat, appelées les “Ciné Discussion” : un film, suivi d’échanges avec des intervenants sur la même thématique.

Cet événement, organisé à raison d’une fois par mois habituellement, a eu lieu quatre fois en novembre, pour attirer le public. Cette semaine par exemple, le Rex de Saint-Pierre accueille une séance Ciné Discussion autour du film “Faustine, apôtre de la miséricorde”, suivi d’un échange avec un prêtre et des membres de l’association Soeur Faustine. Un film qui est d’ailleurs une exclusivité sur le territoire français, qui n’a pas pu encore en profiter les salles étant toujours fermées.

Quelques films plus régionaux ont aussi été programmés ces dernières semaines : les courts-métrages réunionnais de “Démay la lang”, ou encore “Songs for Madagascar”, film documentaire malgache sorti en 2017. 

 

Une programmation plus tournée vers l’art et essai chez Mauréfilms 

 

Chez Mauréfilms, l’autre réseau de salles de cinéma de l’île qui rencontre le même problème pour s’alimenter en nouvelles sorties, on a tant bien que mal essayé de proposer de nouveaux films, en passant par de petites sociétés indépendantes de distribution, comme Diaphana, ou Jour de Fête pour “des films de qualité qui dans un autre contexte auraient été primés”, plutôt “art et essai”. Mais le genre est loin de rassembler autant de public que les films plus commerciaux et les superproductions, qu’elles soient américaines, ou françaises, nous explique-t-on chez Mauréfilms. Qui nous explique aussi que l’idée est de ne pas décevoir les habitués et de continuer à proposer à la clientèle fidèle autant de nouvelles affiches que possible, avec par exemple Kajillionaire, comédie dramatique américaine distribuée par Diaphana, ou encore Pompei, drame franco-belge distribué par Jour de Fête, sortis la semaine dernière.  

Ces sorties côtoient d’autres films qui, eux, continuent à tourner dans les salles du réseau depuis une quinzaine de semaines, comme Tenet (sorti le 26 août) ou Greenland (sorti le 12 août). Mais tant que faire se peut, le leitmotiv chez Mauréfilms a été de proposer le plus de nouveautés possible en attendant les annonces augurant le déconfinement en métropole. “On se doit de rester ouverts. C’est un beau défi, car le cinéma reste un produit culturel important dans l’identité d’une société”, constate le réseau dont dépendent le Plaza de Saint-Louis, le Ciné Lacaze de Saint-Denis, ou le multiplexe de Cambaie. 

 

Vers une reprise des nouveautés le 15 décembre 

 

Ces dernières n’ont pas modifié leurs tarifs malgré la crise et la perte de fréquentation. Un parti pris, qui répond au manque d’aides pour les cinémas à La Réunion, dans une situation particulière. Si leurs homologues de métropole bénéficieront de dispositifs, car contraints de fermer pendant le reconfinement, ici, les salles sont restées ouvertes et ressentent des difficultés.  

Si les exploitants de salles attendaient avec impatience les annonces du président de la République, mercredi dernier, ils ont dû se contenter de peu. Oui, les salles pourront rouvrir dès le 15 décembre, mais pas après 21h, couvre-feu oblige. Mais voilà qui devrait au moins permettre à La Réunion de recevoir à nouveau des nouveautés sur grand écran, telles que Wonderwoman 1984, attendu le 16 décembre. 

 

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