« Nous sommes des fermiers indiens, pas des terroristes »

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Publié aujourd’hui à 06h04, mis à jour à 06h20

Des milliers de paysans indiens en colère sont massés aux portes de Delhi, stoppés à deux postes frontières entre l’Etat de l’Haryana et la capitale indienne, avec la ferme intention de couper l’approvisionnement de la ville en bloquant les routes d’accès.

Leur cortège s’étend sur plusieurs kilomètres. Le gros des bataillons vient du Penjab, le grenier à riz et à blé de l’Inde, où la révolte gronde depuis près de trois mois. Les cheveux cintrés dans des turbans colorés, portant moustache et longue barbe, une armée de vieux paysans sikhs sont équipés pour tenir plusieurs mois.

Manifestation de paysans indiens, contre la libéralisation des marchés, à la frontière entre Delhi et l’Etat de Haryana, le 27 novembre.

Derrière leurs tracteurs, les remorques sont remplies de chaudrons et de vivres, riz, oignons, lentilles, farine, et de paille pour y dormir. « Nous resterons ici tant que le gouvernement ne reviendra pas sur les lois qui vont tuer les paysans », crie un penjabi, propriétaire de deux hectares, qui a effectué 400 kilomètres sur son tracteur pour atteindre Delhi.

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Ils se sont mis en branle jeudi 26 novembre, à l’appel des syndicats, pour une campagne baptisée « dilli chalo », « la marche vers Delhi ». Le cortège du Penjab a grossi, rejoint par des paysans de l’Haryana, de l’Uttarakhand, de l’Uttar Pradesh, mais, en chemin, ils ont été violemment arrêtés par la police qui a fait usage de gaz lacrymogène et de canon à eau.

Celle-ci a même demandé au chef de ugouvernement de Delhi de pouvoir utiliser les stades de cricket de la capitale, comme prisons temporaires pour y enfermer les manifestants. Arvind Kejriwal, un centriste, a refusé, prenant la défense des paysans. « Au lieu de retirer des lois anti-paysans, on empêche les agriculteurs d’organiser des manifestations pacifiques. On utilise contre eux des canons à eau. Manifester pacifiquement est un droit constitutionnel », a t-il assuré sur les réseaux sociaux.

Des heures d’affrontements

Affrontements entre les paysans indiens et la police, à la frontière entre Delhi et l’Etat de Haryana, le 27 novembre.

Vendredi, après des heures d’affrontements, le gouvernement a finalement proposé de leur allouer un terrain, Sant Nirankari Park, dans le nord de Delhi, mais seulement une centaine de paysans a accepté de s’y rendre, parfois contraints par la police. Dimanche, le camp, une immense friche terreuse était presque vide. Des tentes ont été montées, l’électricité amenée, des cuisines installées, où des hommes préparent chapatis (petit pain) et daal de lentilles mais pour une poignée de convives.

Aux portes de Delhi, les paysans affirment qu’ils n’iront pas à Sant Nirankari. « Nous resterons là, nous n’irons pas dans cette prison ouverte », ont-ils prévenu lors d’une conférence de presse, conscients qu’ils imposent un rapport de force beaucoup plus important en bloquant les routes de la capitale. « Nous sommes des fermiers, pas des terroristes » annoncent des pancartes brandies par les hommes en colère.

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