[Société] Les complotistes, plus adeptes de l’insulte que du dialogue

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La crise sanitaire est venue flatter les bas instincts d’une frange de la population. Sur les réseaux sociaux, de petits groupes confidentiels fleurissent. Toute la journée, ces internautes échangent des informations (souvent bidons) sur le Covid-19 en s’appuyant sur des sources non officielles et/ou non vérifiées ou en détournant des documents officiels. Ces petits groupes diffusent ensuite des informations telles que « les Réunionnais seront parmi les premiers vaccinés de force » sans sourciller. 

N’est pas lanceur d’alerte qui veut

 

La Réunion n’a pas fait exception, depuis quelques mois, elle a aussi son groupe de complotistes… enfin, ils se définissent plutôt comme des « lanceurs d’alerte ». Ça, ils le martèlent régulièrement « nous sommes des lanceurs d’alerte, protégés par la loi 2016-1691 et l’article de loi 122-7 du code pénal ». 

Dans le premier texte de loi cité, un chapitre dédié aux lanceurs d’alerte. Il y est notamment expliqué ce qu’est, d’un point de vue légal, un lanceur d’alerte : « c’est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit, une violation grave et manifeste d’un engagement international régulièrement ratifié ou approuvé par la France, d’un acte unilatéral d’une organisation internationale pris sur le fondement d’un tel engagement, de la loi ou du règlement, ou une menace ou un préjudice graves pour l’intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance. »

« Lanceur d’alerte » est donc un statut spécifique encadré par des textes de loi bien précis. N’est pas lanceur d’alerte qui veut. Julian Assange, le fondateur et rédacteur en chef de Wikileaks avait fait des révélations accablantes sur la manière dont les États-Unis et leurs alliés ont mené la guerre en Irak et en Afghanistan avec des milliers de documents à l’appui. Edward Snowden, informaticien, ancien employé à la CIA a révélé l’existence de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques, là encore preuves à l’appui. Julian Assange et Edward Snowden sont des lanceurs d’alerte, cela ne fait aucun doute. 

 

En revanche, relayer de fausses informations sans fondement, ce n’est pas lancer une alerte, mais plus tomber dans le complotisme. Selon le Larousse, le compltisme est défini comme : « complotiste ; se dit de quelqu’un qui récuse la version communément admise d’un événement et cherche à démontrer que celui-ci résulte d’un complot fomenté par une minorité active ».

 

 

Peu enclins au dialogue

 

Nous avons voulu contacter les administrateurs d’un de ces groupes qui s’autoproclame lanceur d’alerte. Et là, impossible de dialoguer ou d’échanger, on tombe tout de suite dans l’insulte face à des personnes cachées derrière leurs ordinateurs qui croient détenir la vérité.

 

Cette page Facebook ouverte en septembre dernier compte moins de 4 000 abonnés. Elle diffuse allègrement un mix d’infox trouvées sur d’autres pages ou des sites obscurantistes.

 

On peut aussi y trouver des photos de personnes (reconnaissables) qui portent un masque accompagnés de légendes bien senties « ce type de personne idiote me fait vraiment c….. je ne sais pas vous, mais perso, je n’en peux plus de les voir ».  Les médias sont régulièrement qualifiés de « prostitués du pouvoir », « meRdias », « journalopes »…. Certains membres de la communauté scientifique sont portés aux nues – le professeur Raoult est devenu un martyr –  et d’autres descendus en flammes quand le discours ne plaît pas. Les personnes en désaccord avec leurs idées sont des « manipulateurs sataniques » affiliés à la Franc-maçonnerie. Et des sujets comme les dangers de la 5G, la vaccination obligatoire avec des phrases à l’affirmative telles que « les Réunionnais seront parmi les premiers vaccinés de force » reviennent régulièrement.

 

Paradoxalement, ces personnes se targuent de dénoncer la dictature de l’État, mais au final ne font que déverser leur colère et leur haine sur ceux qui n’embrassent pas leurs théories et leurs points de vue.

Au départ, à Clicanoo, on se disait qu’il aurait été intéressant d’avoir l’avis de ces personnes à contre-courant. On peut ne pas être d’accord mais notre travail de journaliste est de donner la parole à tout le monde. Même si certaines informations diffusées sont considérées comme complotistes ou erronées, l’intérêt est de comprendre ce qui motive ces personnes, de parler ouvertement avec elles et d’avoir leur point de vue.

 

C’est avec ces arguments que nous avons pris contact avec les administrateurs de la page, en privé sur Facebook. L”agression arrive rapidement, le premier « meRdia » est lâché. On ne rentre pas dans le jeu, on leur propose de s’appeler, une première approche, en off, pour discuter de vive voix. L’administrateur a l’air d’accord mais quelques minutes plus tard nous renvoie un message « Vous faites partie du JIR ? » accompagné d’une capture d’écran soulignant le fait que, comme la majorité des médias locaux et métropolitains, le JIR touche une subvention régionale. Le message suivant est explosif « quand on a clairement vendu son âme et que l’on est un toutou de l’État, je ne vois pas ce que nous aurons à nous dire. Vos tentatives d’interview dans le but de me discréditer ne fonctionnent pas. Je suis gradué en brain cognitive science du MIT aux USA, et j’ai eu la chance d’avoir Noam Chomsky comme professeur. Pas de chance pour vous ». Nous répétons qu’il n’est question de discréditer personne mais d’avoir leur point de vue, qu’insulter ne fait pas avancer le débat et que nous écrirons cet article sans avoir la contribution des fondateurs de cette page, ce qui est dommage. Et rappelons « et bien sûr, vous pourrez ensuite venir pleurer en disant que les médias sont corrompus ». 
 

 

De l’acharnement

 

Ensuite, tout a dérapé assez rapidement : « les journalistes sont vendus aux mondialistes ». La conversation privée est alors postée sur la page publique du groupe avec un long texte, où l’on est accusés d’avoir « menacé » les administrateurs car nous avons dit qu’un article serait publié, on est catalogués de « journalopes de la dictature », menacés d’un procès à Nuremberg. Oui, oui, un procès à Nuremberg, toujours dans la mesure ces complotistes. Le lendemain matin, un mail, d’autres insultes, menace de plainte… Du jusqu’au-boutisme crasse. 
 

Tout cela dépasse l’entendement. On s’est rendu compte que le dialogue avec les complotistes est impossible. Aveuglés par la haine, pétris de certitudes, adeptes de victimisation, ils (re)crachent encore et toujours les mêmes informations, non vérifiées, non officielles qu’ils présentent comme « la vérité » et des « informations factuelles ».

 

Ce comportement s’appelle de l’extrémisme, c’est le règne de la pensée unique et cela porte un nom : la dictature.

 

F.H.

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clicanoo

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