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Amy Harris/Shutterstock/SIPA / Amy Harris//SIPA
EnquêtePour les fidèles du président sortant, le président élu incarne le risque socialiste et menace autant les libertés que le modèle capitaliste. Une vision caricaturale révélatrice des angoisses de l’époque, en partie héritées de la guerre froide.
Le ton affable et le sourire cordial tranchent avec la brutalité du propos. « Avec Biden, vous pouvez dire au revoir à l’Amérique. Bienvenue au Venezuela ! » On pourrait croire à une boutade, mais Randy Gilbert ne plaisante pas. Sans doute force-t-il un tout petit peu le trait, mais ce républicain de Virginie, responsable local du Grand Old Party (GOP) dans le comté de Shenandoah, un bastion rural et conservateur, exprime une peur largement partagée dans les rangs républicains après la victoire du démocrate Joe Biden à la présidence le 3 novembre.
Tout au long de la campagne présidentielle, la crainte de voir les Etats-Unis devenir « un pays socialiste, gouverné par des marxistes et des communistes », a résonné comme un leitmotiv auprès d’électeurs convaincus qu’il leur fallait choisir entre « la liberté et la tyrannie ». Vivre le « cauchemar socialiste ou le rêve américain », comme l’a résumé le président sortant Donald Trump. Parmi d’autres arguments, ces accusations à l’emporte-pièce ont fourni le carburant nécessaire à une mobilisation inégalée chez les partisans républicains : M. Trump a obtenu plus de 73 millions de voix (contre près de 79 millions à son adversaire), un record.
Ces peurs, sincères ou guidées par l’opportunisme politique, s’expriment avec des mots simples ou des raisonnements confus. Mais elles constituent l’un des ciments de la base trumpiste, comme les milliers de manifestants pro-Trump, inquiets de tomber sous le joug d’un « gouvernement marxiste », l’ont encore démontré lors d’une marche organisée samedi 14 novembre à Washington.
« Le marxisme, c’est l’anticapitalisme »
Mais que craignent tant ces Américains, pourtant coutumiers des alternances politiques entre administrations républicaine et démocrate ? « Chez les électeurs de Trump, socialisme et marxisme font écho au rejet traditionnel par une partie de la population d’un gouvernement fédéral fort, qui contrôlerait leur vie et les priverait de leurs libertés », explique Thomas Schwartz, professeur d’histoire et de science politique à l’université Vanderbilt de Nashville (Tennessee).
Ils y associent aussi l’expansion de l’Etat-providence, synonyme d’impôts jugés indus, et les attaques contre les valeurs traditionnelles, famille, religion… « Si, en Europe, une distinction existe entre socialisme et marxisme, ici les deux mots tendent à décrire une même réalité ; le terme de marxisme en étant juste la version plus agressive et plus impopulaire, car accolé à l’URSS et à la guerre froide », précise l’universitaire.
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