« Morale et fiction sont deux notions distinctes »

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Un officier de police à New York, le 1er novembre 2020.

Elle est à la télévision ce que la petite robe noire est au vestiaire féminin : pratique, passe-partout, la série policière constitue un totem du petit écran, née avec lui et appréciée sur tous les continents pour son efficacité dramatique. Un épisode de série policière dite « procédurale », c’est en effet l’assurance d’un mystère, d’une enquête et d’un dénouement amené par une équipe de professionnels de la loi en moins d’une heure.

Plus rapidement assimilable que son équivalent littéraire, ce cocktail de fausses pistes, de sueur et de sang maintient régulièrement les téléspectateurs en haleine depuis des décennies, sans avoir à faire évoluer sa formule en profondeur, et – vertu suprême pour les chaînes privées – se prête volontiers aux coupures publicitaires. On comprend aisément, avec de tels attributs, que le genre se soit érigé en rendez-vous incontournable du médium télévisuel, jusqu’à incarner dans l’imaginaire collectif une certaine idée de l’institution qu’il met en scène, des équipes de terrain jusqu’aux hauts gradés.

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C’est pourtant ce lien entre les forces de l’ordre et leur représentation sérielle qui est aujourd’hui sous le feu des critiques aux Etats-Unis, où le racisme systémique et la répression brutale des manifestations consécutives ont éclaté à la face du monde en cette année électorale. Dans ce climat délétère, exacerbé par le locataire de la Maison Blanche qui martèle ses rappels à l’ordre sur Twitter en citant involontairement le titre original de la série New York, police judiciaire (« LAW AND ORDER ! »), c’est à une véritable crise de la représentation que nous assistons en direct : alors qu’elles se voulaient le reflet divertissant d’un corps de métier propice à la fiction, les séries policières sont aujourd’hui convoquées sur le banc des accusés. Qu’est-il arrivé pour que le miroir se brise ?

Les griefs sont nombreux. Enumérés dans un rapport de l’organisation américaine de défense des droits civils Color of Change en janvier, et repris par tout un pan de la critique outre-Atlantique, ils concernent, pêle-mêle : le fait que les manquements aux règlements commis par des personnages policiers soient régulièrement minimisés par leur hiérarchie ; la justification quasi systématique de l’usage de la force dans les séries ; le faible nombre de victimes noires dans les enquêtes montrées à l’écran ; sans compter l’unicité du point de vue qui se focalise sur les agents de la loi, au centre des intrigues épisode après épisode et saison après saison, fussent-ils borderline, violents, voire ouvertement racistes.

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