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Le 7 novembre, quatre jours après l’élection présidentielle aux Etats-Unis, les grands médias du pays − indépendamment de leur orientation partisane − annonçaient la victoire du ticket démocrate porté par Joe Biden et Kamala Harris.
Depuis, pourtant, le sortant, Donald Trump s’est refusé à concéder sa défaite, affirmant que le scrutin a été entaché de fraudes. Et, comme dans une réalité parallèle, ses ministres et ses conseillers les plus fidèles assurent préparer le terrain pour « un second mandat », bien que la plupart des experts s’accordent à dire que les procédures de contestation entamées n’ont guère de chances d’aboutir.
Si politiquement, pendant la période de transition, la légitimité du président est entamée – on utilise d’ailleurs l’expression « lame duck president » (« président canard boiteux ») −, celui-ci n’en conserve pas moins les mêmes pouvoirs que durant son mandat et peut donc profiter du laps de temps qu’il lui reste pour adopter une série de mesures. Les dirigeants battus ou parvenus à la fin d’un second mandat s’abstiennent en général de le faire ; ce qui n’est pas le cas du républicain, qui semble déjà avoir décidé de compliquer la tâche de son successeur.
Les périodes de transitions présidentielles ont toujours été soumises à des contraintes de temps, rappelle ainsi la chaîne NBC : « En moins de trois mois, l’administration sortante et les fonctionnaires de carrière essaient de transmettre des années de renseignements, de savoir-faire, de planification et de travail à l’administration entrante, qui est simultanément en train d’identifier et d’embaucher des milliers de fonctionnaires. »
« La transition consiste essentiellement à essayer de s’assurer que, quel que soit le président, il est prêt à gouverner dès le premier jour », fait valoir Max Stier, président et directeur général du Partenariat pour le service public, organisme non partisan qui abrite le Centre pour la transition présidentielle.
Pour que cette dernière puisse s’amorcer, le chef de l’administration des services généraux (General Services Administration) doit formellement reconnaître la nouvelle administration en signant une lettre de « constatation » − un processus non controversé depuis l’adoption de la loi sur la transition présidentielle de 1963. Celle-ci déclenche le déblocage de millions de dollars de fonds et permet à l’équipe entrante d’avoir accès aux fonctionnaires actuels du gouvernement. Or à ce jour, Emily W. Murphy, qui est à la tête de cette administration, n’a pas encore reconnu la victoire de Joe Biden, rappelle le New York Times.
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Sur la politique étrangère
Dans ce domaine, résume ainsi un fonctionnaire de l’administration Trump à CNN :
« L’objectif [d’ici l’investiture du président élu, fin janvier] est d’allumer tellement de feux qu’il sera difficile pour l’administration Biden de tous les éteindre. »
Retrait des troupes. Concrétisant sa promesse de 2016 de mettre un terme aux « guerres sans fin » des Etats-Unis, Donald Trump a ordonné, le 17 novembre, l’accélération du retrait des troupes américaines déployées au Moyen-Orient et en Asie centrale. Au 15 janvier, quelque deux mille militaires auront été rapatriés d’Aghanistan et près de cinq cents autres d’Irak, pour ne laisser que 2 500 soldats dans chaque pays. Une décision vivement critiquée par les alliés des Etats-Unis dans ces régions, mais aussi au sein même du pays, où nombre de responsables militaires et élus de tout bord mettent en garde sur les craintes d’y voir des groupes extrémistes se renforcer.
Donald Trump pourrait également retirer la quasi-totalité des soldats américains présents en Somalie pour aider l’armée locale à lutter contre les insurgés islamistes Chababs, affiliés à Al Qaida. Si cette mission ne reçoit pas beaucoup d’attention aux Etats-Unis, elle est considérée comme un pilier des efforts menés dans le monde par le Pentagone pour venir à bout de la nébuleuse djihadiste.
Iran. Le New York Times a révélé, le 16 novembre, que Donald Trump avait sondé plusieurs de ses collaborateurs sur la possibilité de mener, « dans les prochaines semaines », une action contre un site nucléaire iranien. Selon le quotidien, ces derniers l’en ont dissuadé, au vu du risque que cela dégénère rapidement en un conflit plus vaste. En attendant, Washington compte imposer de nouvelles sanctions contre Téhéran, dont les plus draconiennes visent la Fondation des déshérités et la Fondation Mostazafan.
Le président élu, Joe Biden, a dit vouloir un changement de cap par rapport à la politique de « pression maximale » du gouvernement actuel à l’encontre de la République islamique. L’Iran a signalé, le 18 novembre, sa disposition à revenir « automatiquement » au respect intégral de ses engagements pris dans le cadre du traité de Vienne de 2015, si la future administration lève les sanctions imposées depuis 2018 qui ont plongé le pays dans une violente récession.
Israël. Le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, s’est rendu, le 19 novembre, dans une colonie israélienne en Cisjordanie, avant un déplacement sur le plateau du Golan. Cette visite, la première pour un représentant de la diplomatie américaine, et qualifiée de « provocatrice » par le quotidien britannique The Guardian, marque une rupture majeure avec les politiques passées des Etats-Unis à l’encontre de l’Etat hébreu. Ce déplacement « fait fi de façon flagrante du droit international », a fustigé le porte-parole du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui a appelé « la communauté internationale à prendre ses responsabilités et à mettre en pratique ses résolutions ».
Alors que l’administration Trump a ignoré l’expansion des colonies pendant son mandat, Joe Biden n’a pas manqué de critiquer ces dernières, notamment lors d’une visite en Israël alors qu’il était vice-président en 2010.
Vente d’armes. Au cours du mois de novembre, l’administration Trump a autorisé une vente de cinquante chasseurs furtifs F-35, de drones et de munitions aux Emirats arabes unis, pour un montant total de 23 milliards de dollars (19,4 milliards d’euros). Une initiative sur laquelle l’équipe de Joe Biden a émis de vives réserves, estimant que cela pourrait modifier l’équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient et déclencher une nouvelle course à l’armement dans la région.
Chine. Donald Trump a décidé d’interdire aux Américains d’investir dans des entreprises chinoises accusées par son gouvernement de soutenir les activités militaires de Pékin. L’interdiction serait effective à compter du 11 janvier, soit neuf jours avant son départ de la Maison Blanche et l’arrivée de son successeur. Les Américains détenant des participations et autres intérêts financiers dans une liste de trente et une sociétés visées ont jusqu’en novembre 2021 pour les céder. Les sociétés visées sont des entreprises publiques et privées dans l’aéronautique, le transport maritime, la construction, les communications et les nouvelles technologiques notamment. Elles sont cotées sur les places financières chinoises, à la Bourse de Hongkong et à Wall Street par le biais d’instruments financiers ou de filiales.
Les Etats-Unis demeurent le pays le plus touché au monde par l’épidémie, tant en nombre de cas de contaminations qu’en nombre de décès, et la tendance est à la dégradation depuis début novembre.
Si Donald Trump a promis, la semaine dernière, qu’un vaccin commencerait à être administré aux Américains « d’ici quelques semaines », la lutte contre le Covid-19 est compliquée par son refus de reconnaître sa défaite à la présidentielle, bloquant notamment l’allocation de fonds fédéraux et l’accès à d’importantes informations de la future administration. Le président élu et son équipe ne sont actuellement même pas autorisés à consulter le Dr Anthony Fauci, l’immunologiste chargé de conseiller la Maison Blanche sur la crise sanitaire.
« Davantage d’Américains risquent de mourir », a alerté le président élu Joe Biden. « Les choses vont empirer avant de s’améliorer », a-t-il dit, en exhortant l’équipe du républicain à informer son équipe de ses plans de vaccination.
Une étude du Centre pour la transition présidentielle du Partenariat pour le service public a ainsi mis en garde sur le fait qu’une transition bâclée pourrait nuire à la capacité de M. Biden de pourvoir quelque 1 200 postes administratifs nécessitant la confirmation du Sénat, y compris les postes clés du cabinet et des sous-cabinets en première ligne de la lutte contre la pandémie.
Donald Trump a échoué à faire adopter au Congrès un nouveau plan de soutien à l’économie, frappée par la crise sanitaire. Or, plusieurs des mesures de protection qui ont été prises au cours des derniers mois arrivent à échéance en décembre. Le républicain a en outre signé un report temporaire des taxes sur les salaires. Or, faute de mesure complémentaire pour rendre ce délai permanent ou effacer tout bonnement l’ardoise, M. Biden devra trouver une solution pour que leur remboursement ne passe pas pour une augmentation de la fiscalité, lorsque ce report arrivera à son terme, en 2021.
Joe Biden a encore plaidé, le 16 novembre, pour une adoption rapide par le Congrès d’un plan de « soutien immédiat » à l’économie. Mais le vote d’un tel dispositif, que le démocrate souhaite d’une taille comparable à celui adopté en urgence au printemps (plus de 2 200 milliards de dollars), pourrait se heurter au veto du Sénat.
Pour la chaîne CNN, le président sortant tend à son successeur une « grenade économique ».
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Sur le plan démocratique
« [Les citoyens américains] sont les témoins d’une incroyable irresponsabilité, de messages incroyablement préjudiciables envoyés au reste du monde sur le fonctionnement de la démocratie », a déploré, vendredi 20 novembre, Joe Biden.
Au-delà de ses accusations répétées de fraudes électorales lors du scrutin du 3 novembre, lancées sans aucune preuve, le président sortant a procédé à une série de limogeages de responsables ayant mis en doute ses allégations ou s’étant écarté de sa ligne. Dernier en date : Chris Krebs, le directeur de l’Agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), accusé d’avoir effectué un communiqué « très inexact » en défendant l’intégrité de l’élection présidentielle.
Avant lui, le secrétaire à la défense, Mark Esper, plusieurs conseillers du Pentagone, le vice-président de l’Agence américaine pour le développement international, deux responsables de la sécurité intérieure, un climatologue et le chef de l’agence de sauvegarde des armes nucléaires ont déjà été remerciés.
« Il est pathétique, mais tristement prévisible, que le maintien et la protection de nos processus démocratiques soient une cause de licenciement », s’est ainsi désolé le chef démocrate de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, Adam Schiff.
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Sur la sécurité intérieure
Tenu à l’écart du briefing officiel des services de renseignement, lors duquel le président élu est traditionnellement convié, Joe Biden a organisé, le 17 novembre, une réunion virtuelle avec plusieurs experts du renseignement, de la défense et de la diplomatie.
Seulement, insiste l’agence Associated press, aucun de ces derniers n’étant actuellement affilié au gouvernement, il est fort possible que le démocrate ne dispose des informations les plus récentes sur les menaces qui pèsent sur les Etats-Unis. La vice-présidente élue, Kamala Harris, en tant que membre de la commission des renseignements du Sénat, a pour sa part pu bénéficier d’une mise au point plus formelle, mais là encore, elle ne dispose que d’informations relativement limitées.
La sécurité nationale est l’une des principales raisons pour lesquelles des transitions en douceur sont si cruciales, argue Barbara Perry, directrice des études présidentielles au Miller Center de l’Université de Virginie, citée par la radio publique NPR. La Commission du 11-Septembre avait ainsi estimé que la brièveté de la période de transition entre l’administration de Bill Clinton et celle de George W. Bush, en 2000 − amputée d’une trentaine de jours en raison des contestations sur les résultats en Floride − avait eu des conséquences sur les attentats terroristes de 2001. « S’il y avait eu une transition plus longue et plus de coopération, il y aurait peut-être eu une meilleure réponse [à cette menace], ou peut-être même pas d’attaque », a fait valoir l’ancien chef de cabinet de George W. Bush, Andy Card, sur CNBC.
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