« Hong Kong, l’insoumise », un livre sur le destin unique de ce territoire rétrocédé à la Chine

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Livre. Les fondateurs de la colonie britannique voulaient en faire une vitrine pour répandre la civilisation occidentale en Chine ; cent soixante-dix-neuf ans plus tard, la Chine, qui l’a récupérée en son sein en 1997, est en train sous Xi Jinping d’en achever la reconquête politique : Hongkong a connu un destin unique, entre Orient et Occident, que François Bougon, ex-journaliste au Monde désormais à Mediapart, retrace avec force détails dans Hong Kong, l’insoumise. De la perle de l’Orient à l’emprise chinoise.

C’est en 1841, en pleine guerre de l’opium avec l’Empire des Qing, que les Britanniques créent une place forte sur l’île de Hongkong. L’objectif est de faire de Canton, en amont sur la rivière des Perles, une tête de pont pour le commerce avec la Chine – mais ce rôle incombera in fine à Hongkong, qui se dotera d’un hinterland, les Nouveaux Territoires, loués à la Chine pour quatre-vingt-dix-neuf ans en 1898.

Une étonnante dynamique va dès lors animer ce confetti, peuplé à 90 % de Chinois, pour la plupart immigrés d’autres régions de l’Empire, parfois en fuite, et souvent en quête d’un avenir meilleur, dirigés par une arrogante puissance européenne, pour en faire une place commerciale, financière, mais aussi culturelle de premier ordre.

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Les tensions entre les Anglais et les couches les plus basses de la population connaissent des accès réguliers de fièvre – comme lors des mouvements de boycottage des produits britanniques dans les années 1920. Le nouveau gouvernement nationaliste issu de la révolution chinoise se met pour la première fois à tester la détermination des Anglais – il s’agit, déjà, de moderniser la Chine et de laver les humiliations du passé –, avant de se convertir à la realpolitik, à la suite de la montée de la menace japonaise et de dissensions avec le mouvement communiste naissant.

Dans cette toute nouvelle République chinoise qui se délite, Hongkong va largement bénéficier du déclin de Shanghaï, dont les industriels, écrivains et producteurs de cinéma émigrent en masse dans les années 1930. Le territoire devient une plaque tournante de l’effort de guerre, où l’on croise espions, marchands d’armes. L’écrivain Ernest Hemingway y débarque en avril 1941, lors d’un voyage en Chine avec sa nouvelle épouse, reporter de guerre.

Propagande et colonialisme

En décembre de cette année-là, cent ans après les Anglais, l’invasion japonaise du territoire va prétendre ouvrir l’ère de « l’Asie aux Asiatiques », comme le veut la propagande militariste nippone. Les Blancs sont envoyés dans des camps. Les tycoons hongkongais, qui ont constitué des fortunes considérables sous les Anglais, sont les premiers à collaborer – mais la population chinoise paiera un lourd tribut à l’occupation japonaise. Les Britanniques se sont rendu compte que « ne jamais avoir pris en compte la population chinoise a précipité leur défaite face aux Japonais », rappelle l’auteur.

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