En Belgique, le folklore étudiant en suspens

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Le 20 novembre 2017, lors de la « Saint-V » à Bruxelles.

En ces temps de Covid-19 en Belgique, les campus se vident. Depuis le 24 octobre, tout l’enseignement supérieur est passé en « code rouge ». Les cours doivent donc se tenir impérativement à distance, sauf rares exceptions lorsque des travaux pratiques doivent avoir lieu physiquement – comme l’apprentissage de certaines manipulations physiques en médecine ou en filière artistique.

D’habitude, aux mois d’octobre et de novembre, les villes universitaires de Belgique sont soumises au rythme effréné des baptêmes étudiants, ces « guindailles » plus que séculaires, qui font office de rite d’initiation pour les nouveaux venus. Et qui sont souvent au cœur de polémiques pour les dérives et abus auxquels elles donnent lieu.

La vie folklorique est généralement ponctuée de cortèges et de parades, à l’instar de la célèbre « Saint-V », le 20 novembre à Bruxelles, où le défilé des étudiants succède à des commémorations officielles. La Saint-V, c’est un hommage à Théodore Verhaegen, franc-maçon et anticlérical, qui fonda l’Université libre de Bruxelles (ULB) en 1834, « c’est le point d’orgue du folklore étudiant bruxellois depuis le XIXe siècle, explique Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’ULB. C’est un cortège qui marque la présence des étudiants dans la ville ». Cette année, il n’aura pas lieu.

« C’est une des premières fois de l’histoire que tout le folklore étudiant est annulé, regrette Fanny Segers, 23 ans, en faculté de philosophie et sciences sociales, responsable du folklore à l’Association des cercles étudiants (ACE) de l’Université libre de Bruxelles. C’est un moment symbolique fort pour l’ULB et les étudiants. Nous espérons pouvoir reporter la “bleusaille” au deuxième quadrimestre. C’est important que cela ne se perde pas. » Dans la même logique, Julien Bolland, président de l’Association générale des étudiants liégeois (AGEL), s’inquiète « pour la continuité du folklore étudiant si les baptêmes n’ont pas lieu cette année ». Si ce folklore est peu connu en France, il est l’objet de débats récurrents outre-Quiévrain.

Des chants et des couvre-chefs

« Bleu, gueule en terre ! » Ce cri, caractéristique des baptêmes étudiants, bien souvent résonne, à l’automne, et symbolise toute l’ambiguïté du folklore estudiantin belge. Lorsqu’un « comitard » hurle ces quelques mots au « bleu », le jeune étudiant s’agenouille, tête vers l’asphalte, bras en arrière, et profère des insanités, souvent contre lui-même. « Mais tout ça n’est qu’un jeu de rôle, qui se déroule sur un mode humoristique », affirme Nicolas Dourt, président des cercles étudiants de l’Université catholique de Louvain. Les baptêmes étudiants, pièce centrale du folklore, visent à introniser les nouveaux venus. Ils se déroulent en général de manière volontaire, comme le confirme la faible participation à ces rituels – de 10 % à 20 % des étudiants.

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