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Tribune. Pourquoi Donald Trump et ses partisans ont-ils prétendu que les seuls « votes légaux » seraient ceux des électeurs qui se présentaient physiquement dans les bureaux de vote, alors que les votes par correspondance seraient « illégaux » ? Par crainte d’un raz-de-marée démocrate, amplifié par la crise du Covid-19. Ce raz-de-marée démocrate n’a pas eu lieu, mais la généralisation du vote par correspondance, déjà présent en 2016 à plus petite échelle, a manifestement facilité la mobilisation du vote démocrate et la victoire de Joe Biden.
Cette victoire, accompagnée de succès inattendus dans la Sun Belt (en Arizona) et le Deep South (en Géorgie) présage un changement profond de politique : la remise en cause d’une certaine « tyrannie de la minorité », selon l’heureuse expression de Bruce Cain, professeur de science politique à l’université Stanford. Cette tyrannie repose sur deux éléments-clés. D’une part, un collège de grands électeurs favorisant les petits Etats, surreprésentés. D’autre part, des techniques de suppression des suffrages, visant tout particulièrement les Africains-Américains, peu à peu dépossédés du droit de vote au lendemain de la période de Reconstruction [qui signe, de 1865 à 1877, la fin du régime esclavagiste et le retour des Etats du Sud dans l’union].
Et même après l’acquisition tardive du Voting Rights Act de 1965, les minorités ethniques restaient sous-représentées, par le biais de nouvelles techniques de dépossession du vote fondées sur le redécoupage des districts électoraux, l’exigence de pièces d’identité, ou l’interdiction du droit de vote aux anciens détenus qui ont purgé leur peine mais n’ont pas encore acquitté leurs amendes (soit environ 770 000 Afro-Américains en Floride, en 2016).
Trump et l’Amérique de la nostalgie
En proclamant la prétendue illégalité du vote par correspondance (pourtant ratifié par les législatures de 43 Etats), Trump a cherché à perfectionner encore un peu plus les dispositifs de suppression du vote, au détriment de ses adversaires politiques. Il lui fallait à tout prix conforter une certaine idéologie national-populiste, destinée à maintenir au pouvoir le plus longtemps possible une minorité blanche, suprémaciste, peu éduquée, plus masculine que féminine et nettement plus âgée que la moyenne de la population.
Les partisans de Trump restent séduits par l’image projetée par le président sortant : celle d’un croisé de l’Amérique blanche, chrétienne, patriotique et xénophobe. Or, cette Amérique de la nostalgie et du ressentiment est aujourd’hui en perte de vitesse. Elle fait face, désormais, à une nouvelle Amérique de la diversité, marquée par la montée en nombre des jeunes nés après 1990 (la « génération Z« ) et des « ethniques » de toutes conditions et de toutes religions, si bien incarnés par Kamala Harris, la future vice-présidente –, avec l’exception notable des hispaniques de Floride, solidement ancrés au sein du Parti républicain pour de vieilles raisons historiques : la hantise du socialisme de Castro.
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