[Société] Les déchets métalliques empoisonnent le lagon

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ENVIRONNEMENT. Selon une récente étude, des centaines de kilos d’objets métalliques traînent dans les lagons réunionnais. Des échafaudages, du plomb, des morceaux de rails… Un triste butin qui se retrouve dans le corps des organismes vivants.

Équipé de son détecteur de métaux et de son bateau pneumatique, le biologiste Patrick Durville a sillonné les lagons de l’Hermitage-la Saline, de Saint-Leu et de l’Étang-Salé aux mois d’août et septembre. Il en est ressorti avec 245 kilos de déchets métalliques en tout genre. Ce chiffre n’est qu’indicatif. “Si je faisais le même travail aujourd’hui, je ressortirai certainement avec le même volume de déchets”, précise le scientifique.
Celui-ci a mené son étude dans le cadre d’un appel à projets du ministère de la Transition écologique qui s’intéresse à la réduction des impacts des déchets marins. Si beaucoup de projets ont déjà été consacrés aux plastiques, jamais aucun ne s’est penché sur les déchets métalliques présents dans le lagon.

 

 

35 kilos de plomb

 

Cette étude est une plongée dans l’histoire des usages du lagon. Patrick Durville a ainsi retrouvé un wagonnet appartenant à l’époque du ti’train, des rails de la même période mais aussi des dizaines de kilos de plomb et de bougies automobiles, témoignage d’une histoire quasiment révolue. “Les plombs étaient utilisés par les pêcheurs lorsque la pêche au lancer ou les filets maillants étaient autorisés dans la Réserve. Les bougies automobiles faisaient également office de plomb.” Au total, 35 kilos de plomb ont été retrouvés.
Mais, il n’y a pas que les déchets anciens. Certes, parmi les trois kilos de pièces de monnaie récupérés, beaucoup sont des francs. Mais il y a aussi des échafaudages, des piquets utilisés par les pêcheurs de zourit ou par les scientifiques pour marquer une zone d’étude et emportés par la houle, des vannes, des objets en cuivre, en aluminium… “La Deal (direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement, NDLR) m’avait proposé d’identifier les zones les plus impactées. Mais, en réalité, c’est tout le lagon qui est touché”, constate Patrick Durville.
Celui-ci n’a pas fouillé en profondeur le lagon. La plupart des objets ont été trouvés à moins de 10 centimètres sous le sable. C’est à l’Étang-Salé qu’il a trouvé le plus de déchets, sans doute en raison de l’usage du lagon comme abri-côtier.
Tous ces objets ne sont pas sans conséquence sur la santé de la faune et de la flore sous-marine. “Ils sont considérés comme des métaux lourds, donc toxiques. Avec le temps, ils se désagrègent en une multitude de substances qui se dispersent dans l’eau de mer et qui sont ingérées par les organismes vivants. Ces substances inhibent la photosynthèse des plantes, provoquent des mal-formations et perturbent le système hormonal des poissons”, affirme Patrick Durville dans une liste non exhaustive.
Soutenu par la Réserve naturelle marine, celui-ci souhaite désormais poursuivre le travail. De lourds objets, comme une buse en béton armé, n’ont pu être retirés. Une vaste campagne d’élimination des déchets métalliques, devenus pointus et coupant avec le temps, serait particulièrement pertinente. Contrairement aux campagnes de nettoyage des sites terrestres, dont les déchets reviennent immédiatement, un tel nettoyage aurait le mérite d’éliminer pour de nombreuses années ces déchets.

J.-Ph.L.

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