Victoria ­Bahdanovitch, symbole d’une jeunesse qui défie le pouvoir biélorusse

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L’artiste et militante Victoria Bahdanovitch dénonçant les services de sécurité, le jour de son arrestation à Minsk, le samedi 26 septembre, lors de la Marche des femmes.

Ce sont les heures les plus dangereuses. Lorsque les groupes se séparent, que les gens rentrent chez eux, qu’ils traversent les cours d’immeubles et les grandes avenues de Minsk, la capitale de la Biélorussie. C’est un dimanche de la fin octobre, il fait déjà nuit. La manifestation qui a rassemblé des dizaines de milliers de personnes contre Alexandre Loukachenko, le président au pouvoir frauduleusement réélu le 9 août dernier (80,1 % des voix, selon les décomptes officiels), vient de s’achever.

Victoria Bahdanovitch traverse un parc avec un bouquet de bleuets dans le creux de ses bras. Elle a peur, court avec ses amis et observe le mouvement des vans banalisés des forces spéciales antiémeutes, les OMON. « J’imaginais avec mes amis que si je me faisais arrêter ce soir-là, en arrivant au poste de police avec mes fleurs, tous les flics diraient : “Oh ! Bahdanovitch ! Tu es de retour !” »

« J’ai l’impression que c’est au moment des élections que les gens ont réalisé que notre président est un idiot. » Victoria Bahdanovitch

Victoria est une jeune Biélorusse de 20 ans, elle est photographe, dessinatrice, et étudie à l’Université européenne des sciences humaines, à Minsk. Elle a de grands yeux bleus, rigole souvent, s’exprime avec de grands gestes, parle parfaitement anglais. Au départ, la révolution, elle n’y croyait pas. « Tout le monde était très énervé après les arrestations des autres candidats à l’élection présidentielle, raconte la jeune fille que l’on retrouve dans un café. Moi, je leur disais : “Les gars, ça ne date pas de maintenant, ça fait des années que c’est comme ça”. »

Victoria n’a jamais été une opposante politique, même si des membres de sa famille ont connu de près le système carcéral du pays. « Pendant longtemps, raconte-t-elle, le mot d’ordre, c’était “O.K., tout va bien, on a la paix et l’accès aux universités”. J’ai l’impression que c’est au moment des élections que les gens ont réalisé que notre président est un idiot. »

Son implication dans la mobilisation tient à une amitié. Pour Victoria, tout a basculé le jour où son ami, Vladislav, a été arrêté. Pour avoir manifesté, le garçon passera huit jours dans la prison d’Okrestina, lieu dans lequel ont été commis de nombreux actes de torture. Elle qui méprisait les marches de protestation ne loupe plus un seul rendez-vous dans la capitale. Artiste, elle se déguise, détourne les tenues entièrement noires des forces spéciales antiémeutes encagoulées. Elle ne porte que du blanc et sur son dos est inscrit « PhérOMON ». « Je ne pouvais rien faire pour mon ami, j’ai mis toute ma frustration dans le mouvement », résume la jeune fille.

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