« Gardons-nous de lire le résultat de la présidentielle américaine avec une grille de lecture française »

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Tribune. L’élection présidentielle aux Etats-Unis est marquée par une intensité dont témoigne, à elle seule, la participation exceptionnelle, qui a atteint 145 millions de votants (15 millions de plus qu’en 2016). L’avance de Joe Biden dans le vote populaire est nette, mais elle ne doit pas occulter le fait que les électeurs de Donald Trump se sont fortement mobilisés, en raison de l’enjeu du scrutin.

Selon le think tank More in Common, plus de 80 % des citoyens considéraient cette élection comme « la plus importante de leur vie ». C’est donc à raison que l’on décrit une Amérique profondément polarisée. On se tromperait cependant en y voyant la réplique des clivages qui nous sont familiers en Europe et en France, et notamment le clivage « ouverts/fermés », ou « gagnants/perdants de la mondialisation » qui a pu servir de clef de lecture – parfois réductrice – des élections présidentielles et européennes en France.

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Des similitudes existent avec les polarisations que nous observons en France, et notamment l’accentuation du clivage selon le degré d’urbanisation. Le contraste entre le vote des villes et le vote périurbain et rural (Biden l’emporte avec 60 % dans les villes de plus de 50 000 habitants, Trump domine avec 54 % le vote des petites villes et des campagnes) nous est familier. Cela ne doit pas conduire à lire le résultat de la présidentielle américaine avec une grille de lecture française.

L’électorat de Trump, pas un corps social aigri ou malheureux

La forte dimension ethnique du vote y demeure une spécificité. Le clivage de genre montre la persistance d’une nette domination démocrate dans le vote des femmes depuis les années 1990. Biden emporte 56 % de l’électorat féminin mais fait jeu égal avec Trump (48 % contre 49 %) chez les hommes. Un tel clivage n’existe pas en France, ce qui invite à se méfier de toute projection mécanique, et notamment celle qui consisterait, en ayant les fractures françaises en tête, à faire du vote Trump l’expression de la colère d’un groupe social déclassé et frustré cherchant dans un leader antisystème une forme de revanche.

Certes, les difficultés de Joe Biden à reconquérir les Etats clefs de la « rust belt » autrement que d’un cheveu confirment l’existence dans les soutiens du président sortant d’un électorat ouvrier inquiet. Mais la moitié de l’Amérique qui a voté pour Donald Trump est loin de se résumer à ce profil. 70 % des électeurs de Donald Trump déclarent un revenu supérieur à 50 000 dollars (ils représentent moins de 60 % de l’électorat Biden), et le candidat républicain est nettement devancé chez les plus bas revenus.

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