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Le président turc Recep Tayyip Erdogan a-t-il délibérément sacrifié son propre gendre, Berat Albayrak, pour apaiser les dieux de l’économie et la nouvelle administration américaine ? Ou espérait-il que celui-ci tiendrait bon à la tête du ministère du Trésor et des finances en dépit du désaveu de sa politique économique et de camouflets cinglants à son autorité ?
L’attitude des deux hommes, au cours des dernières 48 heures, laisse subsister le doute. C’est sur le réseau social Instagram que Berat Albayrak a déclaré dimanche 8 novembre au soir qu’il renonçait à ses fonctions « en raison de problèmes de santé ». « A partir de maintenant, je consacrerai mon temps à ma mère, mon père, ma femme et mes enfants », a poursuivi le politicien de 42 ans, longtemps décrit comme le successeur possible de M. Erdogan, laissant entendre qu’il mettait ici un point final à sa carrière politique. Aucun communiqué officiel n’est venu confirmer l’information. Il a fallu attendre les premiers messages de soutien de ses proches, plusieurs heures plus tard, pour confirmer la réalité de sa démission de ce super-ministère dont il avait pris la tête en juillet 2018, devenant ainsi le deuxième homme le plus puissant de l’exécutif, derrière son beau-père.
Cette apparente improvisation s’est accompagnée d’un silence total de la présidence durant vingt-sept heures. Lundi, à 22 heures, le ministère de la communication a finalement annoncé que la demande du ministre « d’être libéré de ses fonctions a été acceptée ». Plus tard dans la nuit, un décret présidentiel a confié le Trésor et les finances à Lütfi Elvan, 58 ans, qui a été successivement ministre des transports (2013-2015), vice-premier ministre chargé des réformes et des investissements (2015-2016) et ministre du développement (2016-2018).
Crise monétaire
Le limogeage par M. Erdogan, tard vendredi, du gouverneur de la Banque centrale de Turquie (BCT), Murat Uysal, pourrait être à l’origine du départ de M. Albayrak. M. Uysal était en effet un proche du jeune ministre, qui entretient en revanche des relations exécrables avec son remplaçant, Naci Agbal, ex-ministre des finances promu responsable de la stratégie et du budget au sein de la garde rapprochée du président. « Berat Albayrak a pu être blessé par le fait que, désormais, les décisions relatives à l’économie seront transmises directement à la Banque centrale, sans passer par lui », commentait lundi l’analyste politique Fehmi Koru sur son blog.
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