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AnalyseUn mouvement d’ampleur inédite conteste la fortune, le style de vie mais aussi l’absolutisme du roi Rama X. En exigeant qu’il se conforme aux limites d’une monarchie constitutionnelle, les manifestants bousculent le trône thaïlandais.
Depuis l’été, les rues de Bangkok voient défiler des dizaines de milliers de manifestants. Ils exigent non seulement la démission du gouvernement issu d’une junte militaire et la réécriture de l’actuelle Constitution, jugée non démocratique, mais aussi, et peut-être surtout, une « réforme » de l’institution monarchique. Cette dernière exigence marque un tournant dans l’histoire récente de la Thaïlande, pays où les souverains sont des personnalités quasi intouchables.
Les figures-clés de la monarchie – le roi, la reine, le prince héritier, le régent – sont protégées par le redoutable et désormais très décrié article 112 du code pénal, qui permet d’embastiller, pour une durée maximale de quinze ans, toute personne coupable de crime de lèse-majesté. Même si cette loi n’est plus appliquée depuis quelques années, la parole « libérée » des manifestants aurait déjà pu valoir à ces derniers bien des années de prison.
Le roi Maha Vajiralongkorn Bodindradebayavarangkun, 68 ans, connu sous son nom dynastique de Rama X, est une personnalité clivante, qu’un nombre significatif de ses sujets regardent – c’est une litote – avec une certaine perplexité. Outre ses pouvoirs, jugés exorbitants par les partisans de la mouvance prodémocratique, les comportements parfois provocateurs de Sa Majesté, qui passe l’essentiel de son temps en Allemagne et à qui beaucoup reprochent de ne pas s’être préoccupé du sort de ses sujets depuis le début de la pandémie de Covid-19, cristallisent une contestation d’ampleur inédite au sein de la jeunesse et des campus universitaires.
Rama X est actuellement en Thaïlande. Il devrait y rester jusqu’à l’année prochaine, battant ses records de durée de séjour dans son pays. Il fait peu de doute que sa décision de s’installer dans son palais de Bangkok pour plusieurs mois est la conséquence directe de ce mouvement qui ébranle les fondations du royaume et inquiète les cercles de la monarchie.
Le roi, l’armée et le clergé
La royauté est la clé de voûte d’un système qui repose sur l’alliance entre le roi, l’armée et le clergé bouddhiste. Cette structure assure la pérennité d’une oligarchie qui a la mainmise sur une économie dominée par plusieurs grandes familles sino-thaïlandaises. « La monarchie et l’armée sont en symbiose depuis très longtemps, cette dernière ayant besoin de la première pour asseoir sa légitimité », remarque Matthew Wheeler, spécialiste de la politique thaïlandaise et analyste pour l’Asie du Sud-Est à l’International Crisis Group, centre de recherches spécialisé dans la prévention des conflits.
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