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Tribune. Les cartes présentées ici sont doublement spécifiques. D’abord, elles ont été réalisées sur les données des 3 143 comtés (ou équivalents) des Etats-Unis. Cela permet de saisir la diversité des situations locales. Ensuite, à côté de la carte euclidienne classique (qui apparaît en petit format), le cartogramme, sur lequel chaque comté a une surface proportionnelle à sa population, permet d’attribuer leur poids réel à tous les électeurs et de donner ainsi sa place au monde urbain, peu visible sur les cartes classiques.
Le paysage qui apparaît alors est spectaculaire. Cette géographie expose deux mondes que tout sépare et qui se trouvent, plus encore qu’en 2016, face à face. Le phénomène est comparable à ce qu’on observe en Europe, mais avec encore plus de netteté. Aux Etats-Unis, depuis 2000, les différences de localisation entre grandes et petites villes et entre centre, banlieue (suburbs), périurbain (exurbs) et campagne − ce qui est appelé « gradients d’urbanité » − jouent un rôle croissant dans la distribution des votes entre républicains et démocrates.
Il ne faut donc pas attribuer cette évolution à la seule personnalité de Donald Trump. La force de son « système », c’est d’avoir pu, encore mieux que d’autres, par sa posture et sa rhétorique, redéfinir l’électorat républicain dans un sens identitaire, en fédérant la droite conservatrice et ceux qui ne voient dans le monde d’aujourd’hui qu’une menace radicale à leur existence.
Radicalisation des antinomies
Or cette évolution, c’est la géographie des habitants qui l’exprime le plus simplement et le plus fortement. Tout laisse penser, des deux côtés de l’Atlantique, qu’habiter en ville constitue un choix de vie majeur qui en dit long sur ce que l’on est et ce que l’on veut. Dans l’élection de 2020, la couleur politique d’un Etat dans son ensemble dépend, pour l’essentiel, de la présence et du poids en son sein d’une ou de plusieurs métropoles.
Même dans les Etats « rouges » (traditionnellement acquis aux républicains), les grandes villes donnent des majorités nettes aux démocrates. Ainsi, au Texas, Houston, Dallas, Austin et San Antonio ont rejeté Trump. Dans les cinq Etats du cœur du « Sud profond », qui semblait, vu de loin, une grande tache rouge uniforme sur la carte, les plus grandes villes, Atlanta (Géorgie), La Nouvelle-Orléans (Louisiane), Birmingham (Alabama), Charleston (Caroline du Sud) et Jackson (Mississippi) ont voté Biden. C’est clairement l’agglomération d’Atlanta, avec des scores impressionnants en faveur de Biden, qui compte dans la dynamique politique de la Géorgie.
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