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SAINT-DENIS. Hier soir, le policier saint-andréen, qui était à la tête d’une plantation de zamal à Sainte-Rose, a été mis en examen puis placé en détention provisoire. Son principal client, qui exportait l’or vert sur Maurice, a subi le même sort.
Les grandes lignes du juteux trafic de zamal démantelé par les gendarmes de la compagnie de Saint-Benoît sont stupéfiantes. En 2018, Stéphane Onésio, gardien de la paix de 44 ans et membre du collectif Fonctionnaires ultramarins, obtient sa mutation dans son île natale. Une priorité pour laquelle il a milité activement à travers ledit collectif. Affecté au commissariat de Saint-André il y a seulement deux ans, le policier n’aura pas attendu longtemps pour franchir la ligne rouge.
Cela fait plus d’un an, en effet, qu’il est suspecté d’avoir pris part à une filière d’exportation de zamal vers l’île sœur où l’herbe de cannabis s’arrache à prix d’or. Il rencontre pour ce faire un certain David Sautron, 26 ans. Domicilié à Sainte-Suzanne, ce dernier est connu pour avoir été précédemment mêlé à une affaire de stupéfiants. Les deux hommes font affaire.
La distribution des rôles prévoit que le policier se lancera dans la production de cannabis. Il investit même dans une boxe de séchage avant de livrer son gros client. David Sautron lui achète le zamal pour environ 5 euros le gramme. Pour ne pas prendre de risque, les plants du policier poussent à l’arrière de sa maison et l’herbe sèche tranquillement à l’abri de la boxe et donc des regards. Pour communiquer avec son ami, le gardien de la paix utilise un téléphone “de guerre” compliqué à retracer. Une méthode de voyou éprouvée que les policiers connaissent par cœur.
ENQUÊTE À MAURICE
Plusieurs livraisons sont opérées pour un poids total qui friserait la quinzaine de kilos. Ce qui fait environ 75 000 euros dans la poche de Stéphane Onésio qui aime bien se fringuer par exemple. Les perquisitions confirment, elles aussi, que le trafic était dense.
Chez le policier, les gendarmes ont arraché 80 plants et découvert un peu plus de trois kilos d’herbe séchée. Idem chez son client de Sainte-Suzanne pour l’herbe qui partait par kilos à l’export sur Maurice. Là-bas, les cours sont très élevés en raison d’une demande soutenue, de la rareté des plantations et de l’ultra sévérité des autorités locales en matière de trafic de produits stupéfiants. Tout le monde s’y retrouvait donc.
Hier soir, le policier-cannabiculteur et son exportateur de client ont été mis en examen pour trafic de stupéfiants avant d’être écroués. Fait rare en matière de trafic de stupéfiants : les débats devant le juge des libertés et de la détention se sont déroulés à huis clos. L’enquête va se poursuivre sous commission rogatoire de la juge d’instruction. Des investigations complémentaires devraient être menées pour chercher à identifier le réseau que les deux hommes alimentaient dans l’île sœur. Un travail qui devra passer par une coopération avec l’unité de police spécialisée dans la lutte contre le trafic de drogue à Maurice.
ÉRIC LAINÉ
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