sur Facebook, les pro-républicains organisent une contre-offensive à Biden

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« Et si Trump perdait réellement, que faisons-nous ? », s’interroge un membre du groupe Facebook « Stop the Steal », ce 5 novembre. « La guerre », lui répond quelqu’un. « Il ne perdra pas », « Des manifs », enchaînent d’autres commentateurs.

320 000 membres en moins de deux jours. C’est le nombre impressionnant de profils Facebook qui se sont rassemblés dans un groupe nommé « Stop the Steal » (« arrêtez ce vol »), l’un des mots d’ordres des sympathisants de Donald Trump, contestant la sincérité du vote lors de l’élection qui s’est tenue le 3 novembre.

Dans ce groupe Facebook américain, créé le 4 novembre, des milliers de messages étaient lisibles jeudi 5 novembre, commentant les résultats du vote aux Etats-Unis et dénonçant des fraudes plus ou moins baroques qui auraient été montées au bénéfice du Parti démocrate et du candidat Joe Biden. Elles s’appuient sur la ligne portée par le président en fonction Donald Trump, qui a affirmé avoir remporté la présidentielle le soir du vote, et dont l’équipe de campagne a déposé des recours juridiques dans certains Etats où Joe Biden a été donné vainqueur.

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Résolument complotiste, l’ambiance dans le groupe Facebook est alimentée par des images portant des messages simples, s’inquiétant pour l’Amérique et souhaitant la victoire de Trump. Des vidéos non sourcées sont censées démontrer l’existence d’un complot contre le candidat à sa réélection, et l’on y partage aussi de nombreux liens vers divers sites de la droite de la droite, ou censées prouver que des bulletins de vote pour le candidat Trump ont été détruits. Certains évoquent le fait que la pandémie liée au coronavirus serait une création de Joe Biden et de ses soutiens. Fox News, considérée comme une chaîne trop à gauche depuis qu’elle a attribué l’Arizona à Joe Biden, n’y est pas la bienvenue

Exemples d’images publiées dans le groupe Facebook « Stop the Steal », évoquant des fraudes massives ou une supposée « corruption » de Joe Biden.

D’après nos constatations, de nombreux messages postés dans ce groupe sont en infraction vis-à-vis des nombreuses règles habituelles de modération de Facebook (notamment celles en lien avec les élections de 2020, censées réduire la désinformation sur le scrutin). Les administrateurs de « Stop The Steal » anticipent déjà une censure de la part du réseau social, et invitent leurs membres à se rendre sur un site permettant de récolter leurs coordonnées afin de pouvoir « communiquer directement » avec eux.

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Des cadres républicains à la manœuvre

S’il donne l’impression, à première vue, d’être l’œuvre de citoyens américains ordinaires convaincus que l’élection présidentielle est en train de leur échapper, ce groupe est piloté en réalité par des réseaux structurés très proches du Parti républicain. Comme l’a noté le site d’information Mother Jones, le site permettant de recueillir les coordonnées des sympathisants de « Stop the Steal » a été enregistré au nom d’une entreprise de conseil en communication et de création de sites Web qui compte parmi ses clients de nombreux organismes et candidats conservateurs. Elle a travaillé ces derniers mois à plusieurs sites Web anti-Biden ou pro-Trump.

Le principal administrateur du groupe est la page « Women for America First », une organisation de droite du même nom issue du mouvement du Tea Party qui s’est récemment mobilisée pour la confirmation de la juge ultraconservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême. Il y a quelques mois, comme le note encore Mother Jones, ce groupe, qui travaille depuis 2010 avec de nombreux hommes et femmes politiques républicains, avait manifesté contre la procédure d’impeachement ouverte contre Donald Trump. D’autres administrateurs du groupe sont issus du Tea Party.

Par ailleurs, un autre des administrateurs de « Stop The Steal » fait partie d’un cabinet de conseil en communication proche des républicains qui affiche sur les réseaux sociaux, depuis des semaines, son soutien à Donald Trump. Ajouté au groupe ce 5 novembre, il a posté ces dernières heures des selfies depuis le bureau Ovale de la Maison Blanche. Un autre administrateur est le fondateur d’une start-up de communication et de conseils sur les réseaux sociaux qui, sur son compte Twitter fort de plus de 280 000 abonnés, relaie de nombreuses informations fausses sur le décompte des votes. Plusieurs de ses messages ont été partiellement masqués, pour cette raison, par Twitter ces derniers jours.

Des projets de manifestation dans tous les Etats disputés

Ce groupe Facebook n’est que l’une des multiples initiatives lancées, en ordre dispersé, par plusieurs figures républicaines et populistes pour tenter de peser sur la fin du dépouillement. Plusieurs « influenceurs » républicains se démènent depuis le vote du 3 novembre pour monter des manifestations dans les principales villes des Etats où le résultat est encore disputé. En Arizona, où l’avance de Joe Biden s’est amenuisée au cours de la nuit du 4 au 5 novembre en France, l’organisation Turning Point Action, fondée par le militant Charlie Kirk (850 000 abonnés sur Facebook, 1,8 millions sur Twitter), organise ainsi vendredi une manifestation directement devant le centre de dépouillement de Phoenix.

Turning Point Action, association sœur de l’influente Turning Point USA, a absorbé ces dernières années plusieurs organisations pro-Trump, dont Students for Trump. Mi-septembre, elle a été au centre d’une importante controverse, après des révélations de la presse américaine montrant que l’organisation avait monté une opération de désinformation : elle rémunérait en effet de jeunes Américains pour qu’ils publient, sur les réseaux sociaux, des messages anti-démocrates.

Page appelant à une manifestation « Stop the Steal » organisée le 7 novembre à Washington.

D’autres manifestations sont aussi prévues en Pennsylvanie, où l’influenceur conservateur Scott Presler (850 000 abonnés Twitter, 150 000 sur Facebook) demande à ses soutiens de se rendre sur les marches du capitole de l’Etat à Harrisburg. « Amenez vos pancartes Stop the Steal, et soyez prêts à rester aussi longtemps que possible », écrit-il. Conspirationniste, figure gay pro-Trump, M. Presler s’était fait remarquer en 2017 en organisant des « marches contre la charia » auxquelles participaient des membres du groupuscule Proud Boys et des figures du mouvement suprémaciste blanc.

Dans le Michigan, le principal appel à manifester émane de Brandon Straka, créateur d’un important groupe Facebook, « Walkaway Campaign » (500 000 membres), qui se présente comme un centre pour les « démocrates repentis » passés du côté conservateur. Le groupe, qui est également lié à une association du même nom, a été à plusieurs reprises suspecté d’avoir recours à des méthodes déloyales pour « gonfler » artificiellement son nombre de membres – y compris avec des outils automatisés soupçonnés d’être liés à des opérations de propagande russe.

C’est un point commun de toutes ces organisations qui appellent, deux jours après le vote, à manifester dans les Etats américains disputés : les soupçons « d’astroturfing », la pratique consistant à faire croire qu’un mouvement est actif, et mené par des citoyens ordinaires, quand il est en réalité géré par une campagne organisée ou un nombre réduit de personnes. Pour l’instant, les manifestations « Stop the Steal » n’ont, semble-t-il, pas rassemblé des foules – mais la donne pourrait changer au fur et à mesure que les résultats arrivent, et que les accusations non prouvées de fraudes massives continuent d’être brandies par l’état-major républicain, et par Donald Trump.

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