A Berlin, un mémorial pour les victimes polonaises du nazisme

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LETTRE DE BERLIN

Le Mémorial de l’Holocauste, à Berlin, le 27 janvier.

L’information n’a pas fait les grands titres de l’actualité. Mais elle est venue rappeler que le débat politique, en Allemagne, n’est pas totalement monopolisé par le Covid-19. Vendredi 30 octobre, deux jours après l’annonce, par la chancelière Angela Merkel, d’une nouvelle série de restrictions pour lutter contre la pandémie, le Bundestag a ainsi donné son feu vert à la construction d’un nouveau mémorial destiné à honorer, au cœur de Berlin, les victimes polonaises du nazisme.

L’idée remonte à 2017. Cette année-là, plusieurs personnalités lancent un appel en faveur de la création d’un monument visant à « combler le vide mémoriel entourant l’occupation de la Pologne par l’Allemagne », selon l’expression d’un de ses promoteurs, l’historien Dieter Bingen, alors directeur de l’Institut allemand pour la Pologne (Deutsches Polen-Institut). Plusieurs dirigeants politiques de premier plan soutiennent bientôt l’initiative, parmi lesquels le conservateur Wolfgang Schäuble (CDU), président du Bundestag, et le social-démocrate Heiko Maas (SPD), ministre des affaires étrangères.

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Le projet, cependant, ne fait pas l’unanimité. Des historiens, mais aussi plusieurs députés CDU et SPD membres de la majorité parlementaire de Mme Merkel, se disent réservés à l’idée d’un monument honorant les seules victimes polonaises, préférant à la place un « lieu de mémoire postnational », consacré à l’occupation allemande en Europe dans son ensemble, et non à celle de la seule Pologne.

« Aucun pays plus que la Pologne n’a payé un si lourd tribut à l’extermination de masse pratiquée dans les camps allemands », extrait de l’appel de 2017

Mais les avocats du projet ne rendent pas les armes. A leurs yeux, la Pologne occupe en effet une place spécifique dans l’histoire du nazisme. Parce que c’est avec l’invasion de celle-ci par l’Allemagne, le 1er septembre 1939, qu’a commencé la seconde guerre mondiale. Mais aussi pour la raison suivante, exposée dans l’appel lancé en 2017 : « Des millions de juifs sont morts dans les camps d’extermination allemands situés sur le sol polonais, parmi lesquels trois millions de juifs polonais. Trois autres millions de Polonais non juifs ont été tués par les Allemands. (…) Aucun pays plus que la Pologne n’a payé un si lourd tribut à l’extermination de masse pratiquée dans les camps allemands. (…) Ce pays est la première victime de guerre de la politique raciste de l’Allemagne nazie. Or, cela n’est rappelé nulle part dans l’espace public à Berlin. »

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