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Il y a les soirs d’élection et les glissements de terrain idéologiques, les seconds précédant souvent les premiers. Quel que soit le résultat du scrutin, la campagne traduit une remise à l’heure des pendules américaines à propos de la place et du rôle de l’Etat fédéral que les républicains ont longtemps voulu réduire à sa plus simple expression. Ce sera net en cas de victoire de Joe Biden, mais le paradoxe est qu’une réélection de Donald Trump ne la contredirait pas.
Le premier responsable est en effet un horloger malgré lui. Dans son discours d’investiture à Cleveland, le 21 juillet 2016, Donald Trump n’avait pas cité une seule fois celui qui était jusqu’alors l’icône républicaine par excellence, Ronald Reagan. Ni lui ni aucun autre. Le milliardaire avait montré ainsi qu’il ne serait tenu par aucun héritage. Devant lui, dans le public, trois hommes avaient alors pu mesurer la portée de leur échec. Des quadragénaires longtemps prometteurs, issus tous les trois du Wisconsin qui allait contribuer à la surprise de novembre et que le trumpisme a broyés sans le moindre état d’âme : Reince Priebus, Scott Walker et Paul Ryan.
Le premier a été le plus proche collaborateur du président l’espace de cinq mois, avant son limogeage en juillet 2017. Le second quadragénaire, le gouverneur Scott Walker, a été emporté par la vague démocrate des élections de mi-mandat, en novembre 2018. Le troisième, Paul Ryan, a quitté la politique après cette déroute.
Chèques versés aux Américains
Tous s’étaient forgé une colonne vertébrale idéologique à la lecture d’Ayn Rand, l’écrivaine chantre d’un Etat minimal, à l’instar des républicains rétifs à l’héritage du New Deal de Franklin D. Roosevelt et de la Great Society de Lyndon Johnson. Mais Donald Trump a rapidement fait comprendre qu’il ne s’agissait pas de son bréviaire de prédilection. Il n’a manifesté aucune hostilité à l’égard de l’Etat-providence dès lors qu’il en était à sa tête, insistant notamment pour que les chèques versés aux Américains pendant l’épidémie portent sa signature. Le creusement du déficit fédéral par temps de croissance, jusqu’au printemps 2020, ne lui a jamais posé le moindre problème.
Autant Donald Trump s’est montré horloger par accident, autant le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders l’a été à dessein en promouvant cette idée. Après la crise financière de 2008, le gouvernement fédéral dirigé par le démocrate Barack Obama s’était porté massivement au secours d’une économie sinistrée. Il rompait dans l’urgence avec une troisième voie démocrate forgée par Bill Clinton au cours de la décennie précédente que ses critiques de gauche considéraient comme un reaganisme honteux. « L’ère du big government est terminée », assurait alors le président à la veille de sa réélection, en 1996. Mais Barack Obama s’était gardé d’aller au-delà de l’Obamacare face à une opinion américaine encore rétive devant une intervention plus grande de l’Etat.
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