Au Bangladesh, le Hefazat mobilise ses troupes contre la France

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Au moins 50 000 personnes se sont rassemblées à Dacca pour pour protester contre les caricatures de Mahomet, le 2 novembre.

Parmi les pays d’Asie où enfle la colère de militants emmenés par des groupes islamistes, le Bangladesh est le seul pour l’instant à rassembler des foules importantes. Non sans raison : la lutte contre le blasphème y est le principal cheval de bataille des intégristes. Au moins 50 000 personnes ont convergé, lundi 2 novembre dans la matinée, autour de la grande mosquée Baitul Mukarram, dans la capitale Dacca, à l’appel d’un des principaux groupes islamistes, le Hefazat-e-Islam, pour protester contre « la diffamation du Prophète Mahomet » et appeler au boycottage des produits français.

Les manifestants étaient déjà sortis en masse dans la rue la semaine dernière dans ce pays de 160 millions d’habitants à 90 % musulman. Brûlant des portraits du président Emmanuel Macron, ils ont été empêchés par les forces de l’ordre de s’approcher de l’ambassade de France mais, l’un des chefs du Hefazat-e-Islam a lancé un ultimatum de vingt-quatre heures au gouvernement pour qu’il ferme la représentation française au Bangladesh. « La prochaine fois, nous ne nous arrêterons pas là. Nous irons à l’ambassade et la détruirons si nos demandes ne sont pas satisfaites. Emmanuel Macron devrait demander pardon. Nous ne rentrerons pas chez nous tant que le gouvernement n’en fera pas la demande », a menacé son secrétaire général, Junaid Babunagari.

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Ce dernier exige également que la première ministre, Sheikh Hasina, rompe tout lien diplomatique avec la France. La virulence de ce professeur de hadith, le recueil des paroles du Prophète, s’explique d’autant plus qu’il est en pleine ascension depuis qu’il a émergé victorieux de la lutte de pouvoir qui vit le fondateur centenaire du mouvement, Shah Ahmad Shafi, en expulser son fils soupçonné de népotisme, avant de mourir le 18 septembre à un âge canonique.

Défi pour le gouvernement bangladais

L’ultimatum du Hefazat présente un défi pour le gouvernement bangladais qui joue souvent les équilibristes face aux islamistes et peine à endiguer l’influence grandissante de ce mouvement d’enseignants et d’étudiants des madrasas inspirés par le déobandisme. Le Hefazat a émergé à Chittagong, la deuxième ville du pays dans le Sud-Est, au début des années 2010 comme un groupe de pression redoutable en faveur de l’islam rigoriste et contre la mixité homme et femme, alors même que le parti au pouvoir, la Ligue Awami de Sheikh Hasina, s’efforçait de casser toute opposition politique islamiste.

En mai 2013, ses prédicateurs organisèrent une manifestation gigantesque à Dacca, qui fut brutalement réprimée mais où ils appelèrent à la peine de mort contre les « blogueurs athées », des intellectuels et des militants qui réclamaient alors davantage de sécularisme dans la société lors de manifestations dites de la place Shabbagh, à Dacca trois mois plus tôt. Durant les trois ans qui suivirent, une cinquantaine de « blogueurs libres-penseurs », mais aussi de journalistes ou de membres de la communauté LGBT, furent sauvagement assassinés au sabre ou à la machette par des justiciers autoproclamés d’Allah, se réclamant pour certains d’Al-Qaida puis de l’organisation Etat islamique. Parmi eux, un professeur qui voulait interdire le voile intégral à l’université, des blogueurs qui avaient soi-disant « moqué » le Prophète…

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