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Quand Boris Johnson avait décrété le premier confinement – le 23 mars, avec une semaine de retard sur la plupart des autres pays européens –, près d’un Britannique sur deux avait une bonne opinion de lui (46 % selon l’institut YouGov). Il disposait en outre d’une majorité conservatrice docile au Parlement, comblée par la « réalisation » du Brexit, survenue un mois et demi plus tôt, le 31 janvier.
La donne a bien changé pour le premier ministre britannique, qui aborde un reconfinement de l’Angleterre dans une position nettement plus fragile : 59 % des Britanniques interrogés par l’institut de sondage YouGov estiment qu’il dirige « mal » le pays, alors que les rebellions au sein de son propre camp se succèdent à un rythme désormais soutenu. Il paie sa très mauvaise gestion de la première vague (plus de 41 000 décès directs dus au coronavirus) et une accumulation de ratés – notamment celui du système de traçage des cas contacts.
En annonçant dans la précipitation, samedi 31 octobre, un nouveau reconfinement dur d’un mois à partir du 5 novembre (seuls les écoles, les magasins essentiels et les universités restent ouverts), Boris Johnson a opéré un énième et spectaculaire rétropédalage qui risque d’entamer un peu plus sa crédibilité. Depuis la mi-septembre, il résistait aux appels pressants du SAGE, le comité scientifique conseillant Downing Street, déjà partisan d’un reconfinement national. Ce dernier aurait des « conséquences financières désastreuses » pour le pays, affirmait alors le premier ministre, « je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour l’éviter ».
Révolte historique de maires
Le 12 octobre, il annonçait un système de restrictions à trois vitesses pour l’Angleterre. Ne seraient partiellement reconfinées que les zones à incidence forte du virus – en l’occurrence, le nord du pays. Un reconfinement national serait « tellement dommageable pour notre économie qu’il hypothéquerait notre capacité à long terme à financer notre système de santé et d’autres services publics cruciaux », insistait Boris Johnson. Cette approche régionale a suscité une révolte historique de maires (à Manchester, Sheffield, Liverpool) estimant leur région injustement traitée par Londres, et entraîné la formation d’un « miniparti dans le parti », après la fronde de députés conservateurs du nord du pays contre leur premier ministre.
Du capital politique brûlé en pure perte : ces derniers jours, Boris Johnson s’est fait brutalement rattraper par les chiffres. « Le virus va plus vite que les scénarios de nos scientifiques. (…) Nous risquons des milliers de morts par jour, des pics pires qu’en avril [sans des mesures radicales] », a t-il reconnu samedi pour justifier le reconfinement, alors que le seuil du million de contaminations était atteint et que la moyenne des décès quotidiens du Covid-19 sur une semaine s’établissait à plus de 200.
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