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Zistwar fantom
Une année, l'agence où je travaillais avait décidé de changer de local pour aller s'installer dans un bâtiment se trouvant à Floréal. Quelques personnes de l'équipe sont allées visiter le nouvel emplacement, puis ils ont laissé les électriciens s'occuper des câbles pour les ordinateurs et l'internet.
Entretemps, nous avons continué à travailler dans l'ancien bureau se trouvant à Moka en attendant que les lieux soient prêts. Un jour, un des techniciens est passé au bureau et on en a profité pour lui demander comment avançait le travail, afin de savoir quand on allait pouvoir bouger. Il nous a alors dit: "Mo pa supposé dirr zot sa, selma laba pa korek ditou. Dan zot place mo pa ti pou bouzé moi."
On a voulu savoir pourquoi et il a dit: "Bureau laba la, li enn la maison hanté sa. Souvent pé arriv bann kiksoz kan nou pé travay laba."
Tout le monde a voulu savoir quelles étaient ces choses qui se passaient. Il nous a alors raconté: "Enn zour kan mo fini instal bann computer, enn coup tout teigne emplass. San mo touss nanyé. Apré sa, souvent kan pé travay tann bann tapage. Enn deux bann travayèr dan lacour oussi inn trouve enn dimounn habillé en blanc pé circuler dan couloir."
En l'écoutant parler, on se rendait compte qu'il ne plaisantait pas, il semblait vraiment traumatisé par son expérience. La nouvelle a bien vite fait le tour et tout le monde en parlait.
Finalement nous avons déménagé et commencé à occuper nos nouveaux bureaux. L'ambiance n'était pas au top mais on se disait que c'était normal car il nous faudrait un certain temps pour nous habituer à notre nouvel espace. Toutefois, comme rien d'étrange ne se passait, on a commencé à ne plus porter attention au soi-disant fantôme qui habitait les lieux.
Quelques temps après, avec les garçons, nous avons un jour fait une promenade dans la cour après les heures du bureau pour voir ce qu'il y avait autour et nous sommes tombés sur une espèce de construction ressemblant à une sépulture et nous avons quitté les lieux en quatrième vitesse. J'ai demandé à un collègue à qui appartenait cette tombe et il m'a dit que c'était la tombe de l'ancien propriétaire des lieux. A partir de là, les gens ont commencé à dire qu'il y avait bien un fantôme dans le bâtiment. Cette rumeur a enflé, à telle point que le patron a un jour eu à faire un meeting pour demander aux gens d'arrêter de faire circuler des rumeurs car certaines personnes commençaient à avoir peur et surtout qu'il n'y avait pas de fantômes. Il a ajouté : « Si quelqu'un parle de fantôme, il aura affaire à moi. » Un silence s'est installé dans le bureau, j'en ai profité pour glisser une blague : "Les fantômes sont comme les bonus, il y a des gens qui disent les avoir vus, mais on n'a jamais eu de preuves."
Honnêtement je ne savais pas quoi penser de cette histoire, et dans le doute, je faisais des blagues. Le soir, en quittant les bureaux, je disais au revoir à mes collègues qui étaient encore à leurs places: "Au revoir Anil, au revoir Sanjay, au revoir Sharon, au revoir Previn, au revoir Felix, au revoir Vincent…," et arrivé devant la porte, je me retournais pour dire: "Au revoir Mr Le Fantôme."
Le travail avait repris son cours et on n'avait pas trop de temps à perdre avec le fantôme qui ne se manifestait pas. Quelques collègues se permettaient même de le provoquer en disant: "Kot li fantôme la, dirr li vini. Mo pa peur li moi."
Un jour, après le travail j'ai rencontré un ami qui s'appelle Fred qui travaillaient à Port Louis. Il m'a demandé comment cela se passait dans le nouveau bureau, je lui en ai parlé, en faisant mention du fantôme qui hantait les lieux. A ce moment, il m'a dit" Hey to koné, kot moi oussi mo pé gagne mem problem. Bann zafer bizarre pé passé."
Surpris, je lui ai demandé plus d'infos. Il m'a raconté : "Parfois asoir kan mo pé travay bureau, nek enn coup nek tann tou robinet ouvert, dilo pé couler pé aller mem."
Intrigué, je lui ai demandé: "Bé kiété ça?" Il m'a dit: "Ziska lèr pa ressi koné. Pa zis sa. Déor oussi enn lèr, nek tann enn tapaz. Mo inn sorti déor, tapaz la pé vinn ver moi, selma pa trouve nanyer."
J'avais des frissons rien qu'à l'entendre. En plus, cela m'a fait me rappeler que depuis quelques temps, moi aussi j'entendais un bruit à la même heure le soir, comme un bruit contre la vitre de notre porte en aluminium mais jamais je n'arrivais à savoir ce que c'était.
Suite à ça, j'ai commencé à me dire que peut-être que cette histoire de fantôme n'est pas aussi fausse qu'on pensait. Quelques jours plus tard au bureau, un designer est venu me dire qu'il allait rester tard au bureau pour compléter un projet pour le lendemain. On travaillait en équipe à l’agence, donc si le designer allait travailler tard, je devais rester avec lui pour discuter des idées et écrire les textes. J'aurais pu le faire tôt le lendemain, mais étant donné les circonstances, j’ai compris qu’il valait mieux qu’il ne reste pas seul. Je lui dit: "Ok, mo pou reste avek toi. Pou bizin ferr dir ki nou pou reste tard pou nou gagne laclé bureau." J'ai ajouté: "Selma to sirr bizin reste tard ?" Il m'a dit oui. J'ai insisté: To net net sirr?" Il a répondu: "Oui, mo sirr."
Plus tard, un autre type, un dessinateur qui travaillait aussi sur le projet, m'a dit que lui aussi allait rester tard. Je me suis dit que c'est bon, plus on est nombreux, plus on se sentira en sécurité.
Le reste de la journée, l'ambiance est restée comme les autres jours, puis à la tombée de la nuit, c'est devenu subitement lugubre. Un à un, les autres membres de l'équipe ont commencé à partir. Certains nous disaient: "Mo koné zot pé reste tard. Si mo ti kapav mo ti pou reste avek zot, selma mo éna enn diner." Plus tard, en descendant les escaliers, je suis tombé sur le service client qui m’a glissé un dossier dans les mains : "Voilà le brief pour le projet. Désolé, je suis en retard, je dois partir." Je lui ai dit : "Viens on va discuter dans le bureau." Elle m’a répondu : "Non, je suis pressée. Si tu as des questions, tu m'appelles." Et elle est partie en quatrième.
Finalement nous nous sommes retrouvés à 3 dans le bureau dans cette grande cour. A un moment, le dessinateur nous a dit qu'il allait faire des photocopies dans les bureaux au bas dans la cour et il est sorti. Je suis resté avec le designer et nous avons discuté du projet, finalisé des idées et chacun s'est mis à travailler de son côté. Tout à coup, lorsque j'ai levé la tête, j'ai réalisé qu'il faisait nuit. J’ai demandé au designer où était le dessinateur, il m’a répondu que ce dernier n'est pas revenu. J'ai un choc. Cela faisait une bonne heure qu'il était parti faire des photocopies. J’ai pris le téléphone et je l'ai appelé sur son portable, il m’a répondu. Je lui ai dit: "Kot toi? Tou sa létan la to pé ferr photocopies mem?" Il m’a dit: "Mo inn fini, selma laporte inn bloquer mo pa pé kapav rentré." Je lui dis: "La porte bloqué, to reste déor mem? Attann emplass mo pou vinn ouvert la."
Ce coup-ci, j'ai hésité entre laisser le designer seul dans le bureau et laisser le dessinateur seul dehors dans le noir. J’ai réalisé que le dessinateur était plus en danger, donc j’ai pris les clés et je suis sorti pour ouvrir la grande porte au dessinateur et nous sommes remontés jusqu'à bureau. Une fois arrivé, je vois le dessinateur ramasser ses affaires pour partir. Il m’a dit : "Mo pé aller, mo ti éna zis sa bann photcopies la pou ferr." Je ne comprennais plus rien : "To inn resté zis pou ferr photocopies ? Pa ti kapav attann demain ça ?"
Il est parti et on s’est retrouvé à deux, comme dans le livre d’Agatha Christie. On travaillait chacun dans son coin dans le grand studio. De temps à autre, on entendait des bruits bizarres, des portes qui se tapaient, des cliquetis. J'essayais de rester rationnel et réalisais qu'il y un nombre incroyable de bruits dans un bureau dont on ne fait pas attention pendant la journée mais qui le soir devenait alarmant. On a terminé notre travail et monté les artworks, j’ai fait la vérification des textes et finalement tout était prêt pour la présentation le lendemain. Il était 1:30 du matin et le type a appelé un taxi pour rentrer. On est sorti dans la cour, il faisait noir et on ne voyait plus rien. Le chauffeur a dû allumer ses phares pour éclairer le chemin pour nous permettre d’avancer.
Je suis rentré à la maison sain et sauf. Le lendemain matin, lorsque je suis arrivé au bureau, les autres collègues sont venus nous voir tour à tour pour nous demander comment ça a été, nous étions devenus des héros. Je profitais pour leur dire : "Mr Le Fantôme ti vini, li finn dirr ferr zot enn ti bonzour."
Quelques temps après, mon frère qui était à l’étranger est revenu à Maurice après avoir terminé ses études. Le premier soir, on est resté dans le salon pour voir un match de football tout en parlant un peu. A un moment, nous avons entendu un bruit sec contre la porte. Il s'est tourné vers moi et m'a demandé: " Kinn ferr sa tapage la?"
Je lui ai dit que depuis quelques temps, j'entendais ce bruit mais je n'arrivais jamais su ce que c'était. Nous avons ouvert la porte, regardé dehors mais nous n'avons rien trouvé. Le lendemain, encore une fois, à la même heure, il y a eu le même bruit et cette fois mon frère était vraiment troublé. Nous avons cherché, fait un tour dans la cour, tapé contre la vitre, mais il n'y avait aucune explication. Le lendemain, en rentrant à la maison, mon frère m'a dit avec un grand sourire: "Mo inn ressi koné ki ferr sa tapage la. Au fait, li simple. Vitre la reste dan soleil toute la journée, asoir kan koumans ferr frais, li contracté." C'était une explication qui tenait debout.
Pendant le weekend, j'ai rencontré mon ami Fred et je lui ai dit que j'avais une explication pour la porte qui faisait des bruits. Il m'a lui aussi dit que le mystère de son fantôme a également été résolu. J'étais curieux de savoir comment. Il m'a dit: "Au fait, lajournée pa gagne dilo kot nou. Asoir kan zot largue dilo, zot largue li fort, tou robinet déclenché ensam."
J'ai insisté: "Bé sa tapage to tandé déor la selma to pa trouve nanyé la?" Il a souri et m'a dit: "To mem to pa pou croire, explication la telma simple. Dan lacour ena enn tas zarbre. Zot feuille tombé enn lajournée ek asoir bann rat passe emba sa ferr tapage selma to pa trouve zot."
L'explication était en effet extrêmement simple et tout à fait crédible.
Quelques temps après un monsieur est passé au bureau. Lorsqu'il partait, quelqu'un dans l'équipe a dit que c'est lui le fameux propriétaire de la maison ; il était venu voir le bureau pour des réparations. C’était lui le supposé décédé dont la tombe été censé être dans la cour et dont le fantôme qui était censé hanter le bureau, sauf qu’il était bel et bien vivant.
Texte original, écrit et raconté par Nanda Pavaday
© tizistwarnoupays
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