trois femmes fortes contre les hommes forts »

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La Roumaine Laura Codruta Kövesi, 47 ans, est la chef du futur parquet européen anti-corruption.

Elles n’ont pas la notoriété des « hommes forts » qui incarnent aux yeux de beaucoup d’Européens la phase actuelle du post-communisme, cette zone grise de la démocratie illibérale popularisée par Viktor Orban en Hongrie et Jaroslaw Kaczynski en Pologne, mais elles sont le meilleur contre-exemple de la dérive autoritaire qui menace leur région.

Trois femmes, la démocratie chevillée au corps, refusent la fatalité de cette tendance. Elles ont pris les commandes et tissent leur toile. Leur force à elles, elles l’ont mise au service de l’Etat de droit.

Ces trois femmes – Zuzana Čaputova, 47 ans, présidente de Slovaquie, la Roumaine Laura Codruta Kövesi, 47 ans aussi, chef du futur parquet européen anti-corruption, et la Tchèque Vera Jourova, 56 ans, vice-présidente de la Commission européenne et commissaire chargée des valeurs et de la transparence – ne sont pas personnellement liées, mais elles ont beaucoup de choses en commun.

Zuzana Čaputova veut « changer le système »

Elles ont grandi sous le communisme et ont fait l’expérience du non-droit, plus tard, dans un cadre démocratique. Elles jouent à fond la carte européenne, dont elles entendent utiliser les instruments de droit et de justice. Elles sont représentatives d’une nouvelle génération de femmes d’Europe centrale issues de la société civile, qui tiennent tête aux leaders populistes. Et elles sont populaires. Trois femmes fortes contre les hommes forts.

Avocate spécialisée dans les affaires d’environnement, Zuzana Čaputova est venue presque naturellement à la lutte anti-corruption, par la force des choses, dans une Slovaquie où oligarques et mafia faisaient régner la loi du plus fort.

L’assassinat du jeune journaliste d’investigation Jan Kuciak, en février 2018, et de sa compagne Martina Kusnirova a tout fait basculer, et Zuzana Čaputova avec : l’indignation l’a fait descendre dans la rue, aux côtés de dizaines de milliers de Slovaques, puis a provoqué la chute du gouvernement. Un an plus tard, elle était en campagne pour l’élection présidentielle, qu’elle a remportée avec 58 % des voix.

Lire aussi Slovaquie : l’avocate libérale Zuzana Caputova remporte la présidentielle

Elle a promis de « changer le système » et, dans un entretien au Monde, considère « le fonctionnement de l’institution judiciaire comme capital ». Ça tombe bien, la Constitution lui donne des prérogatives en la matière. Depuis dix-huit mois, à Bratislava, la blonde Zuzana Čaputova, mère divorcée de deux adolescentes, s’est installée dans ce rôle présidentiel auquel elle n’était pas destinée et ne manque pas une occasion de rappeler ce pourquoi elle a été élue, à l’occasion de visites officielles à ses pairs d’Europe centrale (rarement sur la même ligne qu’elle), de discours publics, ou des nominations auxquelles elle procède.

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