Dans l’Ontario, le premier ministre Doug Ford a abandonné les habits de « Trump canadien » pour lutter contre le Covid-19

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Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, à Calgary (Alberta), au Canada,  le 8 juillet 2019.

LETTRE DE MONTRÉAL

Face aux nouvelles restrictions qu’il s’apprêtait à annoncer début octobre pour faire face à la seconde vague de Covid-19, le premier ministre de l’Ontario a usé de son habituel franc-parler ; « c’est une situation merdique », a-t-il confessé publiquement. Si Doug Ford a conservé comme marque de fabrique son langage brut de décoffrage, pour le reste, l’homme est quasi méconnaissable : la pandémie aura marqué l’année zéro de sa transformation radicale. Il y a un Ford antevirus, et un Ford postvirus.

Raconter le Doug Ford d’avant le Covid-19, c’est retracer le parcours d’un riche homme d’affaires, héritier d’une grande imprimerie familiale, entré en politique dans l’ombre de son frère cadet, Rob Ford – avec qui il partage un même physique de taureau – ex-maire de Toronto, surnommé le « crack mayor » pour son implication dans un scandale de consommation de drogue.

Après une tentative ratée pour prendre la succession de son frère, atteint d’un cancer, à la mairie, Doug Ford est élu premier ministre conservateur de la province en juin 2018. Sa campagne au ton très populiste – avec la promesse essentielle de produire de « la bière à un dollar pour tous » –, sa posture de défenseur des « petites gens » et ses coups de sang réguliers contre les médias lui valent vite de la part de ses opposants et des commentateurs politiques le surnom de « Donald Trump canadien ».

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Mais en quelques mois à Queen’s Park, le Matignon local, ses coupes claires dans les budgets sociaux, son activisme probusiness et ses façons brutales de gérer toute opposition provoquent un effondrement de sa popularité. Lors des élections fédérales de l’automne 2019, les conservateurs échouent de peu à renverser Justin Trudeau, car à Toronto notamment, Doug Ford fait figure d’épouvantail auprès des électeurs.

Métamorphose

Post-Covid, le premier ministre de l’Ontario ne se ressemble plus. On le disait diviseur, agressif, emporté, le voilà devenu calme, bienveillant, rassembleur. En quelques jours, au printemps, Doug Ford prend la mesure de la catastrophe sanitaire qui s’abat : en bon chef d’entreprise, il décroche lui-même son téléphone pour joindre les industriels nationaux et internationaux susceptibles de l’aider à s’approvisionner en moyens de protection sanitaire.

Il donne de sa personne pour prendre livraison des 90 000 masques offerts par une entreprise locale, condamne publiquement ceux qui profitent de la situation pour augmenter inconsidérément les prix – « c’est dégueulasse », tonne-t-il –, se dit « très déçu par le président Trump » lorsque ce dernier tente d’empêcher le fabricant américain 3M de livrer des masques commandés par l’Ontario, en rappelant opportunément qu’un millier de travailleurs de la santé ontariens traversent chaque jour la frontière pour aller aider les soignants débordés dans l’Etat américain du Michigan.

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